Prise d’expression par la comédie

à propos de Broad City visible chez nous sur Comedy Central.

C’est toujours un peu spécial — en bien, en mal ou quelque part entre les deux d’ailleurs — d’assister à la fin d’une série. Souvent, on mesure son impact lorsqu’elle crée ainsi un vide incommensurable et que ses interprètes sont durablement marqué.e.s par le rôle qu’ils ou elles y tenaient. C’est précisément le cas de Broad City starring Abbi Jacobson et Ilana Glazer, parfaitement étincelantes (Yas Kweens !), dans l’exercice d’une comédie aussi jubilatoire que socialement consciente.

Pour Abbi et Ilana, l’aventure a débuté en février 2010, alors sous forme d’une websérie, et se termine donc en ce mois de mars après 5 saisons d’un format qu’elles auront complètement façonné, repoussant constamment les limites d’une créativité débordante.
Si vous êtes famil.ier.ière de mes chroniques ici présentes, vous n’ignorez sans doute pas ce que représente à mes yeux (ainsi qu’à mes oreilles) les aventures de ce duo dont j’évoquais les débuts (déjà) débordants de liberté.
C’est donc avec une certaine émotion qu’il faut se résoudre à les voir nous quitter et ce alors même qu’elles ont enfin une diffusion française en bonne et due forme sur la déclinaison française de Comedy Central (après avoir connue des programmations un tantinet tardives sur MTV).

épisode 4.04 (Mushrooms) animé par Mike Perry (lequel s’occupe également du générique).

Difficile de dégager un résumé de l’oeuvre en tant que telle. J’y vois plutôt une somme de coups de force, d’espièglerie et autres installations créatives impromptues.
Il y a bien sûr la juste tonalité sociale et résolument positive pour décrire le parcours de ces deux jeunes femmes dans le dédale de New York. Il y a surtout ce caractère revendicatif et assumé d’exprimer ses idéaux. Un féminisme constant, la force du melting pot (les formidables Arturo Castro et Hannibal Buress), des choix politiques (la présence d’Hillary Clinton) ou bien encore la fluidité sexuelle (notamment pour cette dernière saison).

Une sincérité poignante

J’ai suivi cette ultime saison en lisant l’essai d’Abbi Jacobson intitulé I Might Regret This ou plutôt en l’écoutant (via Audible). Vous me répondrez que le choix est sûrement regrettable d’autant plus que, tout comme dans la série, Abbi est illustratrice et parsème son ouvrage de plusieurs dessins. Oui, mais voilà, figurez vous que c’est Abbi, elle même, qui lit son texte et entendre sa voix, en particulier ses intonations caractéristiques (« I mean, Come… On »), est un réel plaisir.
On y mesure combien elle, et sa compère Ilana, se sont investies dans leur série et Abbi de se livrer avec une sincérité émouvante, délivrant ainsi ses expériences de vie, lesquelles se faufilent dans une série fondamentalement biographique.

On y apprend notamment que Broad City était d’abord dans les mains de la chaîne FX, qui ne voulait pas qu’Abbi et Ilana y conservent leur propres prénoms, et qui refusera finalement de la produire au motif que leur projet était trop « girly » !
Abbi ne tarit pas d’éloges à l’endroit d’Amy Poehler (Parks and Recreation, Saturday Night Live) avec qui elles partagent un début de carrière dans l’improvisation. Poehler est la productrice qui leur a ouvert des portes et, sans qui, Broad City n’existerait pas.

Son témoignage est aussi une délicieuse collection d’anecdotes comme lorsqu’elle compare l’ampleur des petits déjeuners disponibles chez les Networks (du gargantuesque chez Netflix au simple verre d’eau chez HBO).

Une amitié inspirante

L’histoire d’Abby et d’Ilana (dans la série comme dans la vie), c’est l’histoire d’une fabuleuse amitié. Une amitié aussi exubérante qu’inspirante. Le ciment reliant deux jeunes femmes qui l’élève au dessus de tout pour en faire leur force.
La spécificité de Broad City s’exprimait de la sorte et se traduisait aussi par un partage d’intimité fort. Une succession de scènes qui pouvaient parfois sembler incongrues (je pense en particulier aux désagréments vécus sur et autour du trône des toilettes) mais dont le partage renforçait un lien d’amitié indéniable.

Cette intimité permettait par là même au duo d’exercer une affirmation totale du corps féminin. Broad City dépassait ainsi les seuls enjeux sexuels (qu’elle ne se privait pas d’exposer également) pour évoquer pleinement une vie contemporaine sans se cacher.

I don’t know if I know who I am without you.
Ilana

Jacobson et Glazer ont signé un contrat chez Comedy Central. Elles confie chez TV Line avoir trois projets en cours de développement mais elle n’envisagent pas pour l’instant d’y apparaitre en tant qu’actrice. On surveillera donc avec attention leurs prochaines créations même si leurs absences à l’écran va forcément entériner ce vide que j’évoquais un peu plus haut.
Alors bien sûr, on peut se tourner vers d’autres séries comme High Maintenance, par exemple, pour l’intraveineuse d’ambiance new-yorkaise, mais rien ne s’approche vraiment de la liberté du duo. Abbi et Ilana me manque déjà…

Visuel : Abbi Jacobson et Ilana Glazer © Cara Howe / Comedy Central

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