Hatufim s01e10 « la révélation »

(Israël) 10 épisodes déjà diffusés sur Arte (coffret dvd disponible à la vente)
hatufim s01e10

La saison 1 d’Hatufim s’est donc achevée hier soir sur Arte ! Ironie du programme télévisuel, elle faisait ainsi un chassé-croisé avec Homeland dont la saison 2 débutait sur Canal+.
Dans mon premier post sur la série israélienne, je m’étais efforcé de bien faire la distinction entre les deux fausses jumelles. Après avoir vu les dix épisodes, le décalage est encore plus flagrant même si les passerelles existent (voir à ce sujet l’excellent rapprochement signé Manuel Raynaud).

Mais concentrons nous sur Hatufim ! Avec le récit de ces trois familles, elle aborde de manière frontale la question du retour de captivité et ces conséquences. Les ex-prisonniers vont bien avoir droit à une série d’interrogatoires sous la houlette d’un responsable des renseignements très méfiant mais le propos principal n’est pas là. Même les séquences de flashbacks dans les geôles sont (très souvent) utilisées pour créer le contraste avec les difficultés de réadaptation à la vie normale.

C’est d’ailleurs ce point de vue de presque étranger à la société contemporaine israélienne que j’ai trouvé captivant. Après 17 ans d’absence, le moins que l’on puisse dire c’est que de nombreuses choses ont changé pour eux et ce regard qu’ils portent fascine le sériphile ouvert d’esprit qui ignore tout de la vie actuelle en Israël.

La dimension familiale se révèle pourtant à double tranchant ! Après trois premiers épisodes au rythme enlevé, le milieu de saison se perd dans des trames dignes d’un banal Soap Opera. Les tensions psychologiques se résument à de petits conflits amoureux. Il est difficile de pointer une ou plusieurs situations en particulier mais il semble que la série se cherche pendant trois ou quatre épisodes.
Le final, sans être flamboyant, trouve un peu de recul et réinstalle des éléments de thriller bienvenus.

Suivant la même courbe, la mise en scène est inégale aussi. Gideon Raff a beau être crédité à la réalisation de tous les épisodes, les deux premiers et les deux derniers épisodes abhorrent une photographie bien plus inspirée que les autres épisodes.
La différence est flagrante lors des extérieurs qui sont à la limite du surexposé en milieu de saison alors qu’ils sont chatoyants et mordorés au début et à la fin.

351982--hatufim-saison-1-620x0-1Malgré ces défauts, on ne saurait trop remercier Arte de nous proposer avec Hatufim un thriller vraiment dépaysant et significativement meilleur que ce que l’on pourrait faire en France sur le même registre…

Visuels : Hatufim / Arte

7 réflexions sur “Hatufim s01e10 « la révélation »

  1. En total désaccord avec vous. Le hasard a voulu que contrairement à de nombreux télespectateurs français je vois d’abord Hatufim avant Homeland, et pour moi il n’y a pas photo; la série israélienne l’emporte sur sa cadette américaine. Non pas que Homeland soit dépourvu de qualité bien sûr, mais au vu de la première saison et uniquement de celle-là Hatufim se révèle supérieure.
    On fait une grave erreur si on juge les deux séries uniquement sous l’angle du thriller car il est évident qu’ Hatufim ne boxe pas dans la même catégorie et se concentre sur le drame familial. Aussi reprocher à cette série de sombrer dans le soap est-il un non-sens par rapport à ce que veut dire la série et à son projet. Pourtant cela n’empêche pas Hatufim d’être prenante et de ménager le suspense avec notamment une fin de saison ébouriffante.
    Je vais même rompre un tabou en affirmant qu’aujourd’hui la meilleure série au monde n’est pas anglo-saxonne mais israelienne et elle s’appelle Hatufim.

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    1. Merci pour ce commentaire dithyrambique sur la série ! Je me réjouis toujours de voir un passionné défendre la ou les séries qu’il aime.
      Vous séparez avec justesse les deux séries et j’espère que vous aurez remarqué que c’est ce que j’écris un peu plus haut (sinon, c’est sans doute qu’il me reste encore beaucoup de progrès à faire avec ma prose ;o)
      Nous ne sommes donc pas totalement en désaccord…

      Je tiens à préciser que je ne suis pas un grand fan d’Homeland. J’apprécie la série pour laquelle je ne suis d’ailleurs pas à jour, mais je ne la porte pas aux nues. Il se trouve qu’elle jouit d’une tendance favorable. Bien soutenue par Canal+, c’est un peu la série qu’il est de bon ton de se vanter d’avoir kiffée en société ! En réaction, certains sériephiles se sont emparés d’Hatufim, sûrement car la série est indiscutablement de qualité, mais aussi en raison d’une certaine paternité avec Homeland qui leur permet l’affirmation d’une différence un peu facile avec le mouvement général.

      Je pense avoir découvert Hatufim avec objectivité. Certaines de mes connaissances considèrent de manière générale qu’il est impératif de voir le remake après l’original. Je pense pour ma part que je suis à même de faire la part des choses mais, il est vrai qu’à choisir, si j’avais les deux en mains, j’aurais commencé par l’israélienne.

      Pour revenir à Hatufim plus précisément, je pense qu’elle aurait gagné à être condensée ! Il y a sûrement deux ou trois épisodes en trop en milieu de saison.
      Quand je parle de Soap, j’assume pleinement ! Après trois épisodes, les événements familiaux qui concernent les ex-prisonniers n’ont plus la dimension exceptionnelle due à leur retour de captivité, et sont par conséquent plus triviaux. Voilà maintenant, ce n’est que mon avis !

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      1. Bonsoir et merci pour cette réponse très rapide. Effectivement c’est toujours un plaisir de pouvoir échanger sur des séries des commentaires approfondis qui ne se limitent pas à un traditionnel j’aime ou j’aime pas et qui avancent des arguments.
        Mes excuses pour le ton un peu vif, mais quand on aime vraiment on défend avec ardeur. Pour ce qui est de Homeland, comme je viens juste de découvrir votre site je n’avais pas lu votre critique. Je vais tâcher de me rattraper. Mais si j’admets tout à fait vos arguments il n’empêche que je ne suis toujours pas d’accord avec vous. Hatufim impose un rythme qui n’a rien à voir avec les séries traditionnelles, on y prend son temps et évidemment ça peut rebuter. Sauf que pour être en empathie totale avec des personnages, les comprendre, il faut bien leur laisser le temps de vivre, ET, dans le cas de ces kidnappés, de se réintégrer. Or on se doute bien qu’après dix-sept ans de captivité, le retour à la vie normale, s ‘il peut jamais advenir d’ailleurs, ne va pas se faire du jour au lendemain, d’où la nécessité d’accompagner Nimrod et Uri au plus près de leur vie quotidienne.
        Et je trouve, contrairement à vous que l’épisode quatre « Lettres de maman » est magnifique d’émotion grâce en particulier à un acteur Ishai Golan, stupéfiant dans l’expression de la fragilité. Et pourtant, dans le même temps cet épisode n’oublie pas d’introduire la figure d’une espionne. C’est bien là que réside selon moi le talent d’ Hatufim, dans cette capacité supérieure à mêler l’intime; le drame familial et le spectaculaire; ce possible retournement et les omissions des deux héros.
        En fait je pense qu’ Hatufim a raison de montrer le quotidien, le trivial, pour reprendre votre expression et ne pas donner que dans le spectaculaire. Là réside selon moi la faiblesse de Homeland qui ne prend pas le temps suffisant pour laisser respirer ses personnages pour les rendre plus sensibles, et du coup, plus émouvants. A vouloir à tout prix accrocher le spectateur par des twists incessants, on finit par lasser et, revers de la médaille, par moins surprendre.
        Pour que nous nous retrouvions malgré tout sur une note commune et pour ne pas paraître trop manichéen vis-à-vis d’une série que j’adore, j’accepte de bonne grâce un reproche formulé dans un article des Inrocks qui pointait parfois dans Hatufim un excès de pathos. Mais de là à parler de soap, non mille fois non, le qualificatif me paraîtra toujours excessif. Vous ai-je convaincu ? Quelque chose me dit que non mais au moins aurais-je essayé, et si vous revoyez une nouvelle fois la série avec un autre regard, alors je considèrerais avoir réussi.

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  2. Sur le rythme lent, je ne peux qu’être d’accord avec vous ! La série qui me plaît le plus actuellement se nomme Rectify et fonctionne sur un registre contemplatif d’une lenteur encore plus marquée.
    Le passage avec les lettres est très émouvant mais par contre, je suis plus critique sur l’espionne. Tout ce qui la concerne est très téléphoné et sert manifestement de seul prétexte au maintient de Haim dans l’intrigue…
    l’excès de pathos dans une intrigue familiale, c’est un peu du Soap, non ? ;o)

    Je pense qu’on est d’accord sur l’essentiel. Hatufim est une grande série avec un idée de départ passionnante et un casting qui fait la différence. Lui avoir trouvé des défauts ne m’empêche pas d’en faire toute la pub qu’elle mérite autour de moi !

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