La première gorgée de thé

A propos de The Crown (Netflix) dont la troisième saison est disponible depuis le 17 novembre.

En cette période de fin de d’année, vous avez sans doute vu fleurir des sélections et autre top 10 regroupant des florilèges de séries. Cette année a ceci de particulier qu’elle marque également la fin des années 2010, doublant de facto l’avalanche de recommandations…
Loin de moi l’idée de dénigrer les confrères, j’y trouve moi-même de judicieux conseils (à commencer par Fleabag que je n’ai inexplicablement pas encore vue). En ce qui me concerne, j’ai toujours eu un mal fou à déterminer mes préférences, et ce pour plusieurs raisons. Comment mesurer objectivement une série vue récemment avec un autre titre qui date du début de l’année et dont j’ai forcément un souvenir partiel (j’ai une mémoire courte) ? J’aurais sûrement et injustement oublié Fosse/Verdon (FX/Canal+) par exemple. Peut-on comparer une série alors qu’elle est en cours de diffusion avec un titre qui a livré une conclusion (ne serait-ce que pour une saison) ? Citons For All Mankind (Apple) dont la saison vient de s’achever et Stumptown (NBC) qui est en cours. Et puis, surtout, vu l’avalanche actuelle, le débit toujours plus conséquent de titres à découvrir, on est jamais vraiment à l’abri d’une surprise de dernière minute. Souvenez-vous de l’arrivée de The OA en toute fin de 2016 que Netflix avait sorti de sa manche !

Et puisqu’il est question de Netflix, parlons-en ! je ne vais pas évoquer ici la subtilité des gémissements d’Henry Cavill dans The Witcher… mais bien les tourments d’Olivia Colman, tasse de thé à la main.
On vous en a sans doute déjà parlé. La série vous a peut être même déjà été recommandée par ce proche dont vous savez pourtant pertinemment qu’il n’entretient pas le moindre intérêt pour le destin de la famille royale. Et si vous sirotez déjà la série, je ne vous apprendrais pas grand chose ici. Seulement voilà, The Crown est un délice, une madeleine finement préparée, moyennant grosses finances bien sûr, mais c’est ici pour la juste cause de l’art, du souffle d’un récit historique toujours pertinent.

Through her eyes, you can see the entire second half of the 20th century.

Peter Morgan (créateur) – Source

L’histoire, voilà le nerf de la guerre ! The Crown s’appuie fondamentalement sur des séquences historiques et s’en sert admirablement pour décliner la psyché de ses personnages. Il est moins question d’une chronique people vintage que d’une somme d’épisodes géopolitiques sensibles jalonnés par une réflexion constante sur le statut des royaux face à toutes les composantes de la société.

Après deux saisons de bons et loyaux services, la fantastique Claire Foy laisse la place à la non moins fantastique Olivia Colman pour interpréter le rôle d’Elisabeth II. Ce choix de changer les rôles principaux pour accompagner leur vieillissement est une source de débat animé autour de la théière ! Tout le monde s’accorde quand même pour reconnaître que le talent d’interprétation reste admirable.

Remarquez que je parle un peu plus haut d’épisode. Vous me direz quoi de plus normal dans une chronique où il est question de séries. Oui, mais la structure de The Crown dédouble la signification du mot, chaque volet pouvant se séparer de plusieurs années. Et finalement, le choix du changement d’acteurs vient prolonger cette approche qui se nourrit précisément de la discontinuité.

On imagine alors que cette spécificité pourrait conduire Netflix à la diffuser différemment. Pourquoi ne pas envisager effectivement une diffusion hebdomadaire pour la série de Peter Morgan ? Après tout, sa popularité est désormais déjà bien installée. Cela montrerait encore un peu plus le vecteur de liberté du diffuseur. Cela donnerait surtout une toute autre visibilité à chacun des épisodes de la série. Car on le dit encore bien trop peu : la mise à disposition à coup de saison entière écrase la singularité de l’épisode. Elle empêche de discerner précisément la variation et incite plutôt à résumer par une tendance moyenne qui ne rend pas service à une série dès lors qu’elle fonctionne en séquences distinctes.

Vous l’avez compris, je déguste The Crown à un rythme hebdomadaire. Je laisse chaque épisode s’imprégner et infuser dans mon subconscient. Je me laisse surtout le temps d’encaisser chaque événement (comme cet épisode à Aberfan, Pays de Galles par exemple). Netflix vous laisse le choix mais certains pontes de la firme au ‘N’ doivent quand même se gratter la tête en se disant qu’ils ont peut être matière à créer ces fameuses discussions du lundi matin, près de la machine à café/thé…

Dans le sort de New Amsterdam

À propos de New Amsterdam (NBC) diffusée actuellement sur TF1 le mercredi soir.

Je me suis rendu dans un hôpital, il y a une dizaine de jours. Je ne vous dirais pas lequel. Je ne vous dirai pas pour quelle raison (rien de bien grave…). L’endroit est assez spécial. L’architecture d’un autre temps a sans doute mal vieilli. Le lieu donne l’impression qu’il n’est pas là pour faciliter ses occupants, qu’il leur impose de lutter pour exercer leur métier. les personnels soignants, d’entretiens, les administratifs, tous semblent devoir composer avec un environnement qu’ils subissent. Cela rend leur performance (absolument impeccable en ce qui nous concerne) encore un peu plus extraordinaire et ce dans un contexte de plus en plus délétère.(1)
Le sujet de santé publique est vital (à tous les sens de l’adjectif) et offre par conséquent un enjeu dramatique de choix.

On parle beaucoup de la guerre du streaming, des nouveaux arrivants (Apple et Disney notamment) qui tentent de se mesurer à Netflix. On aurait tort d’en oublier les diffuseurs « traditionnels ». Les networks ont livré une belle rentrée et TF1 nous montre depuis quelques semaines une série médicale intéressante, lancée la saison précédente et nommée New Amsterdam.

Je vous entends déjà me répondre : « ils sont déjà fourni en blouses blanches sur TF1». C’est vrai qu’avec House, Grey’s Anatomy, The Good Doctor (prochainement The Resident) et j’en passe, c’est un peu les spécialistes. Et Pourtant New Amsterdam propose un regard différent. Je n’irai pas jusqu’à vous affirmer qu’elle révolutionne le genre. Le genre en a vu d’autres. Il compte d’illustres références comme Urgences ou bien encore St Elsewhere (2) pour ne citer que ces deux là. Alors, quel est ce regard ?

Pour bien comprendre, il faut évoquer le matériau à l’origine de cette série. Son créateur, David Schulner s’est inspiré des mémoires du docteur Eric Manheimer. (3) Ce dernier y raconte avoir été bombardé chef du médical à l’hôpital Bellevue de New York, le plus ancien établissement public du pays. Il y explique en substance son expérience et sa volonté optimiste de redéfinir le système en assumant même très franchement une certaine naïveté.

one of the things I did was I started walking around with a notebook and taking notes on everything I saw.

Eric Manheimer (Source)

Schulner y voit un angle pertinent alors que l’enjeu des soins de santé est devenu central aux Etats-Unis depuis la dernière élection présidentielle et la remise en question systématique par le clan Trump de l’Obamacare. (4)

Il déploie son drama médical avec un médecin qui reprend le parcours de Manheimer. Max Goodwin (interprété par Ryan Eggold) se fait volontairement page blanche et n’hésite pas à se séparer d’un département complet de chirurgie en raison de leur taux désastreux d’infection et de mortalité post-opératoire. Il se présente à tous les personnels de l’hôpital en déclamant haut et fort un « How can I help? » contagieux. A chaque étage, il remet en question chaque action au regard du soin apporté au patient et de son efficacité.

Au fil des épisodes, les thématiques (immigration, opioïdes, santé carcérale car l’hôpital soigne les prisonniers,…) se succèdent et se confrontent à la réalité sociale d’un établissement public au quotidien. Très rapidement, la volonté de remise en question de Goodwin est confrontée à sa propre perception de la maladie pour compléter la réflexion sur sa démarche.

L’idéalisme de certains cas n’échappe pas à une simplification contestable. (5) Mais, dans l’ensemble, New Amsterdam offre ce pas de côté qui permet de réfléchir aux enjeux hospitalier et d’envisager tous les points de vue dans une narration qui n’est pas uniquement propre au contexte américain.
La vision de multiples séries médicales avait forcément altéré mon regard sur l’univers. L’approche de New Amsterdam le fait de manière encore un peu plus significative !

Pour aller plus loin, je vous recommande le numéro du podcast Serial Causeurs consacré à la série pour un tour d’horizon exhaustif !

Notes :
1 : Je parle ici d’une série américaine mais la réalité du quotidien hospitalier français possède sa référence sérielle. Il s’agit d’Hippocrate à voir chez Canal+ et c’est une réussite à tous les niveaux.
2 : L’occasion de dire que Hôpital St Elsewhere mériterait une rediffusion en bonne et due forme. Un titre emblématique des années 80 produit par MTM que j’aimerais découvrir comme il faut.
3 : Il y un beau portrait de Manheimer dans le New York Times à lire par ici.
4 : L’Affordable Care Act bien décrit dans ce papier de Franceinfo.
5 : le cas d’un enfant surmédicalisé qui trouve presque miraculeusement le salut en arrêtant brutalement ses multiples traitements pose question.

Prise d’expression par la comédie

à propos de Broad City visible chez nous sur Comedy Central.

C’est toujours un peu spécial — en bien, en mal ou quelque part entre les deux d’ailleurs — d’assister à la fin d’une série. Souvent, on mesure son impact lorsqu’elle crée ainsi un vide incommensurable et que ses interprètes sont durablement marqué.e.s par le rôle qu’ils ou elles y tenaient. C’est précisément le cas de Broad City starring Abbi Jacobson et Ilana Glazer, parfaitement étincelantes (Yas Kweens !), dans l’exercice d’une comédie aussi jubilatoire que socialement consciente.

Pour Abbi et Ilana, l’aventure a débuté en février 2010, alors sous forme d’une websérie, et se termine donc en ce mois de mars après 5 saisons d’un format qu’elles auront complètement façonné, repoussant constamment les limites d’une créativité débordante.
Si vous êtes famil.ier.ière de mes chroniques ici présentes, vous n’ignorez sans doute pas ce que représente à mes yeux (ainsi qu’à mes oreilles) les aventures de ce duo dont j’évoquais les débuts (déjà) débordants de liberté.
C’est donc avec une certaine émotion qu’il faut se résoudre à les voir nous quitter et ce alors même qu’elles ont enfin une diffusion française en bonne et due forme sur la déclinaison française de Comedy Central (après avoir connue des programmations un tantinet tardives sur MTV).

épisode 4.04 (Mushrooms) animé par Mike Perry (lequel s’occupe également du générique).

Difficile de dégager un résumé de l’oeuvre en tant que telle. J’y vois plutôt une somme de coups de force, d’espièglerie et autres installations créatives impromptues.
Il y a bien sûr la juste tonalité sociale et résolument positive pour décrire le parcours de ces deux jeunes femmes dans le dédale de New York. Il y a surtout ce caractère revendicatif et assumé d’exprimer ses idéaux. Un féminisme constant, la force du melting pot (les formidables Arturo Castro et Hannibal Buress), des choix politiques (la présence d’Hillary Clinton) ou bien encore la fluidité sexuelle (notamment pour cette dernière saison).

Une sincérité poignante

J’ai suivi cette ultime saison en lisant l’essai d’Abbi Jacobson intitulé I Might Regret This ou plutôt en l’écoutant (via Audible). Vous me répondrez que le choix est sûrement regrettable d’autant plus que, tout comme dans la série, Abbi est illustratrice et parsème son ouvrage de plusieurs dessins. Oui, mais voilà, figurez vous que c’est Abbi, elle même, qui lit son texte et entendre sa voix, en particulier ses intonations caractéristiques (« I mean, Come… On »), est un réel plaisir.
On y mesure combien elle, et sa compère Ilana, se sont investies dans leur série et Abbi de se livrer avec une sincérité émouvante, délivrant ainsi ses expériences de vie, lesquelles se faufilent dans une série fondamentalement biographique.

On y apprend notamment que Broad City était d’abord dans les mains de la chaîne FX, qui ne voulait pas qu’Abbi et Ilana y conservent leur propres prénoms, et qui refusera finalement de la produire au motif que leur projet était trop « girly » !
Abbi ne tarit pas d’éloges à l’endroit d’Amy Poehler (Parks and Recreation, Saturday Night Live) avec qui elles partagent un début de carrière dans l’improvisation. Poehler est la productrice qui leur a ouvert des portes et, sans qui, Broad City n’existerait pas.

Son témoignage est aussi une délicieuse collection d’anecdotes comme lorsqu’elle compare l’ampleur des petits déjeuners disponibles chez les Networks (du gargantuesque chez Netflix au simple verre d’eau chez HBO).

Une amitié inspirante

L’histoire d’Abby et d’Ilana (dans la série comme dans la vie), c’est l’histoire d’une fabuleuse amitié. Une amitié aussi exubérante qu’inspirante. Le ciment reliant deux jeunes femmes qui l’élève au dessus de tout pour en faire leur force.
La spécificité de Broad City s’exprimait de la sorte et se traduisait aussi par un partage d’intimité fort. Une succession de scènes qui pouvaient parfois sembler incongrues (je pense en particulier aux désagréments vécus sur et autour du trône des toilettes) mais dont le partage renforçait un lien d’amitié indéniable.

Cette intimité permettait par là même au duo d’exercer une affirmation totale du corps féminin. Broad City dépassait ainsi les seuls enjeux sexuels (qu’elle ne se privait pas d’exposer également) pour évoquer pleinement une vie contemporaine sans se cacher.

I don’t know if I know who I am without you.
Ilana

Jacobson et Glazer ont signé un contrat chez Comedy Central. Elles confie chez TV Line avoir trois projets en cours de développement mais elle n’envisagent pas pour l’instant d’y apparaitre en tant qu’actrice. On surveillera donc avec attention leurs prochaines créations même si leurs absences à l’écran va forcément entériner ce vide que j’évoquais un peu plus haut.
Alors bien sûr, on peut se tourner vers d’autres séries comme High Maintenance, par exemple, pour l’intraveineuse d’ambiance new-yorkaise, mais rien ne s’approche vraiment de la liberté du duo. Abbi et Ilana me manque déjà…

Visuel : Abbi Jacobson et Ilana Glazer © Cara Howe / Comedy Central

De l’importance du thème

Comme chaque année au moment de noël, je vous propose mon point de vue — accompagné de la playlist qui va bien — sur l’état de la bande son originale sérielle au regard de l’année écoulée. Quantitativement, on est dans la continuité d’une année précédente qui, pour sa part, se signalait par un bond exceptionnel. Mais la vivacité et l’amplitude de ce cru 2018 fascinent. Et ce dernier de proclamer une liberté qui me pousse à questionner la nécessité des carcans du thème central.

Fade in

Mais commençons par les réjouissances. Voici donc cette playlist* soigneusement assemblée par mes soins. Bonne écoute :


Une somme de 68 titres donc, très hétéroclite, où ne domine pas forcément le genre classique d’ailleurs. Vous devriez y reconnaître quelques habitués comme Cristobal Tapia de Veer (Utopia) ou l’infatigable Jeff Russo (Fargo). Vous constaterez surtout qu’une bonne partie des compositeurs représentés sont des artistes multi-instrumentistes que la large palette de talents semble convaincre pour accompagner un contenu sériel souvent très vaste. Mais cela suppose d’assumer un choix créatif qui repose sur la variation. Hors peut-on justement affirmer que le pluralisme musical fait une bande son pertinente ?

La préférence au motif

Fixer un thème, soit imposer un cadre ou un faisceau de règles pour définir une direction musicale gouvernant ensemble ou partie d’une bande son, constitue à priori le moyen le plus simple d’instaurer une ambiance musicale rémanente. L’exercice de la série s’est souvent appuyé sur ce marqueur, surtout dès lors que le facteur répétitif a son importance. La/le sériephile vous le dira : la variation dans la sérialité créé toute la saveur du rendez-vous mais dans ce cadre précis, la composition originale a très souvent vocation à servir de support immuable. Et puis, avouons le, lorsque vous avez une pépite de Quincy Jones (Ironside / L’homme de Fer) pour ouvrir votre épisode, ne pas décliner à partir de cette icône instantanée serait absurde.

Mais la création musicale, c’est aussi l’expression d’une direction artistique. L’essor du soin apporté à la confection formelle d’une série se signale aussi par des choix forts en matière de musique. Cela peut se traduire par la cohabitation de compositions très distinctes, parfois dans le but de caractériser un unique personnage. l’intérêt du choix d’un artiste multi-instrumentiste devient alors fondamentale.
Puis, en grossissant encore un peu plus la loupe, on s’aperçoit que la continuité peut ne concerner qu’un détail sonore, ou motif. Une pièce simple, ici l’usage d’un instrument spécifique, là un petit enchainement caractéristique de batterie. L’usage du motif peut sembler très subtil sur le papier mais, en pratique, il peut s’avérer parfaitement significatif. Citons par exemple le jeu de percussions développé par Jeff Russo dans Fargo pour accompagner Numbers et Wrench, dont la spécificité un brin cocasse est reconnaissable immédiatement.

Thème et motif ne s’opposent pas nécessairement et constituent les fondamentaux de la création musicale depuis toujours. La liberté de leurs usages pour accompagner le format sériel contemporain signalent néanmoins toute la vitalité de leur support. Démonstration concrète avec deux bandes son que j’ai particulièrement affectionné cette année.

Trust par James Lavelle

Lakeshore Records

Trust est une série de Simon Beaufoy en partie réalisée par Danny Boyle qui raconte les frasques de la famille Getty dans les années 70. A partir de l’enlèvement du petit fils de la famille « dirigée » par le patriarche, riche magnat du pétrole, le récit se déploie en circonvolutions et détours improbables tous plus surprenants les uns que les autres. L’une des toutes meilleures séries de l’année ! Avec une certaine forme de logique, l’attelage anglais a confié le soin de confectionner la bande originale à un compatriote : le londonien James Lavelle.

Lavelle est une pointure de la scène électronique, notamment fondateur du label Mo’Wax (Portishead, Tricky) et membre principal du collectif Unkle. Avec Trust, par la force des choses, il épouse les moult univers de la série tout en souscrivant à l’utilisation du thème à direction des personnages. Une partie d’entre eux obtiennent ainsi leur propre morceau, assorti éventuellement d’une ou deux variations. L’ensemble représente un travail admirable de continuité en épousant la géographie très variée de la série.
En écoute sur Deezer ou Spotify.

Ad Vitam par HiTnRuN

Editions Musicales François 1er & Hypertunes

Au sein d’un cru sériel français convaincant en 2018 (notamment en fin d’année), Ad Vitam était une proposition ambitieuse de Thomas Cailley et Sébastien Mounier. L’hypothèse selon laquelle l’humanité a trouvé comment vaincre la mort et, se faisant, dénigre sa jeunesse. Un récit d’anticipation pertinent et soigné qu’une remarquable bande son soulignait avec constance. Un travail signé HiTnRuN (à ne pas confondre avec l’album de Prince).

Le trio (Lionel Flairs, Benoit Rault, Philippe Deshaies), déjà conviés sur Les Combattants du même Thomas Cailley, signe ici un Score à dominante électronique où c’est moins la persistance du thème qui prévaut mais l’usage de motifs comme ce principe de rythmique qui revient sur plusieurs titres après avoir été introduit sur le morceau d’ouverture. L’importance du design sonore participe pleinement à la construction formelle, d’autant plus qu’il s’agit ici d’anticipation. Le travail des HiTnRuN est parfaitement brillant pour être indissociable des six épisodes de la série (dont j’espère, au passage, qu’elle pourra continuer).
En écoute sur Deezer ou Spotify.

Fade out

Que voilà une belle année musicale que l’on regardera/écoutera désormais dans le rétroviseur, mais pas systématiquement, puisque la beauté du format sériel est justement son caractère cyclique. N’hésitez pas à partager en commentaire vos coups de cœur de l’année.


* : l’essentiel de cette sélection est daté de cette année. les publications de ces soundtracks ne sont néanmoins pas toujours synchrones avec leurs séries associées. Le score de la saison 1 de The Sinner a seulement été rendu disponible cette année, bien que c’est la saison 2 que nous avons pu découvrir cette année, par exemple.

Visuel : Trust / Leo Norbert Butz (Gordon Getty) © Oliver Upton/FX

Le souffle de l’histoire

Au sujet de Victor Hugo, Ennemi d’État, minisérie en quatre parties diffusée sur France 2 (Replay) les 5 et 6 novembre.

En ce jour du 11 novembre, il y a une forme de logique à évoquer le format historique. Je ne vais toutefois pas vous parler de la grande guerre mais plutôt de Victor Hugo, à l’honneur¹ cette semaine. Alors oui, France 2 n’a pas habillé son Hugo comme Canal+ habillait avec opulence le roi soleil dans Versailles, ils ne boxent définitivement pas dans la même catégorie. Mais ce que cette minisérie nous dit du personnage et de l’évolution de ses convictions en font un fabuleux précipité d’histoire !

De l’importance de son sujet

Je dois l’avouer : le rôle historique de l’auteur m’échappait. La pertinence de cette minisérie trouve donc immédiatement son intérêt. On a tendance à compartimenter ses références et j’avais grossièrement rangé l’auteur des Misérables au rayon hommes de lettres. Il est question du roman dans Victor Hugo, Ennemi d’État mais, comme le titre l’indique, l’essentiel va tourner autour de son rôle politique. Et là, à la lecture de ce dernier adjectif, votre œil se dilate ! Vous vous dites : « Quoi ?! une série historique… au contenu politique ?! sur France 2 ?! » Oui, mais ce n’est pas tout. Figurez-vous que l’intrigue se concentre sur trois petites années de la vie de l’écrivain.

C’est tout à l’honneur des auteurs (Sophie Hiet et Jean-Marc Moutout, lequel réalise également ces épisodes) ainsi que de leur productrice (Iris Bucher) que d’avoir restreint ces quatre épisodes à cette période précise de la vie d’Hugo. On échappe ainsi au syndrome du biopic qui se perd dans un survol sans substance de l’enfance au trépas.

Les auteurs signalent ici la force de leur sujet et font prévaloir une ambition courageuse en ne se laissant pas éblouir par le clinquant de l’un de nos plus grands auteurs classiques.

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Le fait historique

En 1848, Victor Hugo est élu député et siège à l’assemblée dans laquelle il défend le parti de l’ordre, tout un programme. La Seconde République cherche, bien entendu, à s’éloigner de la monarchie mais son parti reste très royaliste et conservateur. Il contribue notamment, fin 48, à la mise en place d’un président en la personne de Louis-Napoléon Bonaparte.

Mais en décembre 1951, le même Bonaparte (le fils donc, dit « le petit ») fomente un coup d’état, le mandat de quatre ans du président qu’il est ne lui suffisant plus. Le Second Empire sera proclamé l’année suivante. Entre temps, Victor Hugo est devenu un farouche opposant. Il s’assoit à gauche dans l’hémicycle et défend avec ferveur le suffrage universel ou bien encore l’éducation laïque. Comment expliquer ce changement de position ? C’est tout l’objet de cette minisérie qui ce faisant, à travers l’évolution d’Hugo, décrit une période charnière de l’histoire de l’état.

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Là où le bât blesse

L’amateur de récit historique que je suis est comblé. Mais le surplus de difficulté quant à la production d’une telle reconstitution apparaît ici de manière flagrante. Le défi qui consiste à créer l’illusion d’un Paris circa 1850 est une gageure de taille et Victor Hugo, Ennemi d’État s’y confronte de plein fouet.

Les extérieurs ont été tourné en Dordogne² mais ils font la part belle à quelques ruelles pavées bien étroites. Elles ont leur charme mais tout cela donne le sentiment d’escarmouches de quartier. Les décors conviennent à leur époque mais tout ceci manque cruellement d’ampleur pour appuyer le propos.

Les intérieurs, par contre, sont plus convaincants. Les séquences à l’assemblée sont tout simplement puissantes. Les discours d’Hugo au perchoir m’ont fait une forte impression et pas seulement parce qu’ils gardent la saveur d’une actualité saisissante. J’avais la chair de poule en l’écoutant dire :

Voyez, Messieurs, comme ce qui est profondément juste est toujours en même temps profondément politique : le suffrage universel, en donnant un bulletin à ceux qui souffrent, leur ôte le fusil. En leur donnant la puissance, il leur donne le calme. Tout ce qui grandit l’homme l’apaise.

Le suffrage universel dit à tous, et je ne connais pas de plus admirable formule de la paix publique : Soyez tranquilles, vous êtes souverains. (Source)

La performance de Yannick Choirat, dans le rôle titre, est remarquable. Il insuffle à la fois la fragilité et l’aplomb d’un personnage qui n’hésitait pas à remettre en question ses certitudes. Un personnage de contraste qui s’employait également au romanesque dans sa vie amoureuse et familiale, sans y faire preuve d’une très grande maîtrise d’ailleurs.

Des enjeux contemporains

On découvre alors le Victor Hugo volage, malhonnête avec sa femme et ses conquêtes. Et la minisérie d’évoquer l’émancipation de la femme, notamment par le combat qu’elles mènent alors pour obtenir le statut du divorce, personnifié ici par Léonie d’Aunet (Erika Sainte).

Les dynamiques politiques sont étrangement proches de notre contexte contemporain. Les échanges à l’assemblée sont furieusement actuels comme ce député conservateur qui explique que l’électeur ne peut être un « vagabond ».

Il est intéressant aussi de voir comment Bonaparte neutralise la presse d’opposition, dont le journal l’Evénement de Victor Hugo, qui vaudra à ses fils la prison. Sans aller aux mêmes issues, cette défiance vis à vis de la contradiction d’idée évoque de manière assez claire l’attitude de certains dirigeants actuels dont ce monsieur orange aux cheveux fous (inutile de le nommer) !

Cette Victor Hugo, Ennemi d’État n’est par parfaite mais elle fait figure d’exemple à suivre. Elle exprime l’histoire avec justesse et marque les esprits d’aujourd’hui. On lui fera peut être le procès d’être formellement ampoulée (bien qu’une belle et moderne bande son³ l’accompagne), elle n’en garde pas moins l’opiniâtreté de son personnage.


1 : Le service public proposait en effet un dispositif qui, en plus de cette minisérie, comprenait notamment un documentaire consacré à l’auteur sur France 5 ainsi qu’une adaptation de Torquemada sur France Culture, pièce de théâtre publiée à titre posthume en 1886.

2 : Iris Bucher (productrice et créatrice) évoque plus précisément Bergerac et Périgueux dans un entretien pour Allociné.

3 : la bande son signée Etienne Forget peut s’écouter sur Spotify.

Visuels : Victor Hugo © Denis Manin / Quad Télévision / Point du jour / FTV

Extension du domaine de la musique, retour sur la bande son sérielle en 2017

Il y a une certaine logique à affirmer que l’essor de l’offre sérielle s’accompagne par un bond aussi quantitatif que qualitatif dans l’exercice de sa bande son originale. Au delà de ce constat, 2017 restera comme l’année de la diversification des horizons musicaux et l’émergence d’une tendance de fond : l’ouverture au Sound Design.

C’est un rituel auquel je ne pouvais pas déroger ! Chaque Noël, je tente ici de partager quelques titres de musique employés dans les séries qui ont marqué l’année écoulée. Après tout, quoi de mieux que de se replonger dans l’univers sonore qui nous passionne à une époque où vous avez peut être été comblé d’un nouveau gadget à même d’émettre de la musique !

Voici donc ma sélection 2017, uniquement restreinte au champ de la composition originale cette année (vous verrez que l’échantillon est déjà très complet). A noter que chaque titre affiche une date de sortie correspondant à l’année en cours sans pour autant que les séries en question soient forcément toutes de 2017 (vous me pardonnerez ce petit écart).

A l’écoute, vous ne pouvez que constatez avec moi toute l’étendue de la diversité des genre musicaux. L’accompagnement produit par un orchestre classique reste dominant, mais l’électronique s’impose rapidement. Surtout, il n’est désormais plus rare de trouver des Scores dominé par le Blues (Outsiders par le Ben Miller Band par exemple) ou des cordes plus latines (telles que le travail de Pedro Bromfman pour Narcos).

L’ère digitale

La bande son sérielle a toujours existé ! Les compositeurs qui officient pour le format sont toutefois longtemps restés dans l’ombre de leur confrères du septième art (bien qu’ils fassent rigoureusement le même travail, et parfois dans des proportions bien plus intenses que pour un simple long métrage). Il y a bien sûr des exceptions ; citons Angelo Badalamenti (qui revenait d’ailleurs cette année pour le retour de Twin Peaks). Mais ils sont bien peu.

Le format a donc très logiquement préféré célébrer ses sorciers sélecteurs de musique, les Music Supervisors (citons d’emblée Alexandra Patsavas avec The O.C.). Cet apport présente, il est vrai, l’avantage d’être plus rapide à implémenter que de faire appel à une source de musique qu’il faut créer de toute pièce.

Mais aujourd’hui, si la supervision musicale garde ses lettres de noblesse, les arrangements originaux font partie intégrante du caractère créatif d’un oeuvre sérielle. Il est même inconcevable, dès lors qu’il s’agit d’un projet d’importance, de procéder sans faire appel à un compositeur (certain le font encore comme Big Little Lies cette année mais ils font figure d’exception).

A partir de là, le grand bouleversement du secteur concerne les facilités de distribution. Editer une bande son de série est devenu commun et les services de streaming permettent de les propager plus facilement vers leur public (qui reste encore majoritairement restreint, avouons-le, dès lors qu’on s’éloigne des cadors comme le Game of Thrones de Ramin Djawadi). Pour autant, chaque effort de composition ne se traduit pas une sortie en bonne et due forme ; on attend toujours les superbes balades de Stephen Malkmus pour Flaked (Netflix) par exemple et à bon entendeur !

Certains artistes profitent toutefois de ces nouveaux supports pour se faire connaître. C’est notamment le cas du prolifique Jeff Russo, soutenu par Lakeshore Records, et récompensé d’un Emmy bien mérité cette année pour son travail sur Fargo.

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Dean Hurley © Will Renton

Vers le Sound Design

Ce que vous remarquerez peut être grâce à la playlist ci-dessus, c’est l’essor d’une bande son qui explore d’autres horizons et devient également un champ d’expérimentations sonores. Toute se passe comme si elle cherchait à intégrer cet autre secteur du département son d’une production audiovisuelle et qu’on appelle prosaïquement le bruitage ! On ne peut pas dire qu’il existe une frontière à proprement parler entre la bande son et les effets sonores. Rappelons qu’historiquement, les compositions cherchaient justement à se rapprocher du son d’ambiance (en l’absence de moyens techniques pour simuler/reproduire le son), notamment lors des débuts du cinéma.

Dans le cas spécifique du format sériel, cette évolution de la bande son vers un travail d’ambiance plus que vers une démarche musicale est relativement récente et profondément significative !

« David Fincher wanted a backing track that didn’t sound like music”

(Jason Hill, compositeur de Mindhunter)

Véritable prolongement d’une recherche formelle novatrice, le design sonore participe pleinement à l’expression du caractère créatif d’une oeuvre. Pour Mindhunter, David Fincher a refait appel à Jason Hill — avec qui il avait travaillé sur Gone Girl — et ce dernier explique avoir capté les sons de résonance émis par des verres de vins plus ou moins remplis pour assembler les sonorités qu’il souhaitait.

L’une des principales évolutions du retour de Twin Peaks concernait également cet aspect. Alors que les saisons originales reposaient massivement sur le travail de Badalamenti, The Return impose un retour flagrant du silence savamment perturbé par des saillies sonores très riches, de la simple virgule aux larges séquences en passant par ses strates denses désormais si caractéristiques et évoquant les tressaillements d’un champ électrique. Ces arrangements sont à mettre au crédit de Dean Hurley (son Anthology Resource: Vol. 1 qui compile une partie de ses morceaux pour The Return, fait partie de la sélection ci-dessus). Bien qu’il prétende que ces accompagnements soient de l’ordre du subliminal, il suffit de les réécouter in-situ pour mesurer combien ils sont vecteurs de l’ambiance en cette saison 3.

Du reste ces nouveaux épisodes de Twin Peaks constituent un accomplissement tout aussi important dans sa texture sonore que d’un point de vue strictement visuel. Si ce n’est pas déjà fait, vous auriez tout intérêt à re/découvrir la série muni.e d’un casque ; l’immersion en est décuplée !

Les travaux de Hill et Hurley s’éloignent sensiblement d’une démarche purement musicale mais leur écoute hors contexte demeure, à mon sens, saisissante. La recherche d’une aspérité ou d’une modulation précise en constitue le nerf de la guerre !

2018 sera-t-il dans la continuité de ce cru exceptionnel ? Tout laisse à penser que l’expansion du format va encore se poursuivre. Les mastodontes Disney et Apple se profilent à l’horizon…

En attendant, bonne écoute à toutes et à tous.

Visuel d’ouverture : Logan Browning (Samantha White) / Dear White People © Adam Rose / Netflix

Enquête autocentrée, Search Party

Saison 1 (10 ép.) rediffusée dès le 5 mars sur OCS
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Alors que Girls (HBO) touche à sa fin, la tentation sera grande de lui trouver des héritières. Peu importe qu’on lui reconnaisse effectivement l’évocation de « la voix d’une génération » ou bien que l’on ne puisse pas supporter les frasques de Lena Dunham (sa créatrice et interprète principale). Il faut reconnaitre à Girls d’avoir imposé un regard moderne et pertinent sur le parcours de jeunes femmes à la fois singulières et touchantes de vérité. J’aurais sûrement l’occasion de revenir sur ces six saisons hautes en couleurs (vous l’avez compris, je suis team Lena), mais en attendant, laissez moi revenir sur une potentielle cousine justement.

Search Party se plaît, elle aussi, à mettre en scène une brochette de jeunes gens très conscients de leur propre nombril. Tout comme Girls, son approche frontale désarçonne avant d’exercer une juste fascination. Hormis cela et le cadre newyorkais, les deux séries empruntent des chemins différents mais la filiation est là. Search Party est l’une des plus belles nouveautés de 2016.

Ecrin musical total
L’accompagnement original est signé Brian H. Kim. Faites plaisir à vos oreilles et mettez vous dans l’ambiance en cliquant ci-dessous :

Search Party bénéficie de l’une des bande son les plus cohérente qu’il m’ait été donné d’entendre. Il y a cet assemblage électronique de Kim tout d’abord qui fonctionnent en volutes mystérieuses et parfaitement adaptées au récit. Puis, dans un deuxième temps, Brienne Rose vient y glisser une ponctuation idéale en supervision musicale. Le choix du titre « générique » (« Purity Ring » par Odebear) avait été imposé par les créateurs mais, à partir de ce point de départ, Rose trouve un équilibre délicat entre cette un aréopage de pop expressive et une palette d’émotion très variée (Cuushe, Black Coast, Viigo…). La symbiose entre les apports de Rose et Kim est assez sidérant de continuité ; on enchaîne de l’un à l’autre avec une facilité rare.

Le mystère Chantal
Notre héroïne se nomme Dory ! Un jour elle découvre dans son quartier le portrait sur une affichette d’une de ses anciennes camarades de classe, nommée quant à elle Chantal Witherbottom (oui, les créateurs se sont amusé avec les noms de leurs personnages). L’affichette choque profondément Dory. Elle lui apprend que Chantal à Disparu.
Lorsque Dory évoque cette tragédie à ses amis, ces derniers font mine de s’en émouvoir avant d’oublier la nouvelle prestement. Contre toute attente, l’intérêt de Dory pour le mystère Chantal ne va pas s’estomper, bien au contraire…

Une création indie
Search Party est une création d’un duo relativement novice. Sarah-Violet Bliss et Charles Rogers s’étaient surtout fait connaître en 2014 avec un long métrage indépendant (Fort Tilden). Mais avant de développer Search Party, ils ont eu une première expérience sérielle en participant au reboot de Wet Hot American Summer (Netflix) sous la houlette de Michael Showalter. Ce dernier avait été leur professeur à NYU quelques années plus tôt et avait été marqué par ces deux anciens étudiants. Et lorsque Bliss & Rogers commencèrent à écrire Search Party, leur parrain se mua naturellement en producteur.
Mais le parcours de leur série se signale aussi dans sa genèse. Avant de trouver un diffuseur prêt à commander la série (TBS), le projet a été développé de manière foncièrement indépendante par lilly Burns pour le compte de Jax Media. La structure, déjà responsable de quelques pépites (Inside Amy Schumer, Difficult People, Broad City) a financé indépendammant le pilote qui allait convaincre TBS.

À la croisée des genres
Il ne vous faudra que très peu d’épisode pour mesurer à nouveau combien le format court fait montre d’une vitalité extraordinaire. Le récit fonctionne comme une enquête tragi-comique qui, a elle-seule, vaut déjà largement le détour. Mais elle est doublée d’une satire douce amère malmenant ces générations « hipster » et/ou « millenial » – je vous laisse choisir l’adjectif –. L’interprétation est tout simplement brillante avec un duo Alia Shawkat (Dory) / John Reynolds (Drew) très impressionnant, quelque soit le registre. Enfin la mise en scène est précise est inspirée, sans fioritures, et rappelle distinctement High Maintenance.

Bref, vous ne pouvez passer à côté de Search Party. Je ne vous cache pas que la perspective d’une saison 2 (déjà prévue) me remplit d’allégresse !

Visuels : Macall Polay (Photos) TM and © Turner Entertainment Networks. A Time Warner Company. All rights reserved.

La fuite ou l’emprise ?

Que nous réserve 2017 ? Outre le fait que la production continue de s’étendre en valeur absolue (principalement sous l’action des Netflix, Amazon et consorts), il est toujours délicat de prévoir la teneur d’un cru à venir tant les interprétations vacillent au gré de nos propres perceptions. Petit tour d’horizon en bandes annonces et images.

C’est un peu l’explication fourre-tout outre Atlantique : ils serait nécessaire de tout juger au regard de l’alternance politique à venir (et la prise de pouvoir d’un certain Donald Trump). Il est vrai que l’issue « inattendue » de cette élection aura ses conséquences ; The Good Fight – le spin-off de The Good Wife – avait notamment prévue une victoire de Clinton et s’est vue ainsi contrainte de revoir ses plans. Toutefois, l’analyse passée au crible de ce spectre approximatif ne fonctionnera pas de manière satisfaisante, comme le démontre déjà la récupération imparfaite de la dystopie proposée par le retour The Man in the High Castle (Amazon).

A l’opposé de cette recherche d’une éventuelle emprise mais là encore lié aux événements géopolitiques, l’autre tendance latente reposerait sur les épaules de « l’Escapism » ou la volonté de fuir une réalité « décevante ». Nul doute que nous devrions voir ou lire à nouveau pléthore d’éclairés en sociologie – plus ou moins convaincants – avides de nous expliquer que la consommation chronophage de séries et leurs univers toujours plus « déconnectés du réel » sont nocifs.

Reste néanmoins que l’amatrice/l’amateur de séries – qu’il/elle soit profane ou aguerri(e) – sera gâté(e) en 2017 ! Tout simplement parce que le choix se développe. L’arrivée, sous nos latitudes, d’Amazon Prime Vidéo – même sur une jambe – va dans ce sens. Sans préjuger d’un niveau de qualité générale, il y en aura pour tous les goûts. Petit aperçu :

Legion (FX) à partir du 8 février

Alors qu’il reviendra également aux commandes de l’excellente Fargo (pour une saison 3) en 2017, Noah Hawley nous proposera d’ici là l’une des plus belles attentes de l’année : l’adaptation d’un comics marvel nommé Legion. L’occasion de retrouver notamment Dan Stevens (Downton Abbey) :


The Good Figth (CBS All Access) à partir du 19 février

Je l’évoquais plus haut, The Good Wife aura droit à un spinoff au titre – qui a dû être très compliqué à trouver – de The Good Fight ! Ce sera l’occasion de renouer avec Christine Baranski qui reprendra ici son rôle de Diane Lockhart. Michelle et Robert King sont bien sûr aux manettes et on espère qu’ils convaincront après l’arrêt de la pourtant délicieuse BrainDead :


Sun Records (CMT) à partir du 23 février

On découvre progressivement CMT (Country Music Television), cette chaîne du câble basique, notamment parce qu’elle a pris sous son aile le prolongement de Nashville (abandonnée par ABC). Avec Sun Records, elle tente de miser sur l’adaptation d’une comédie musicale (Million Dollar Quartet) qui s’intéresse au fameux label de Memphis, celui là même qui réunissait le temps d’un disque Elvis Presley, Johnny Cash, Carl Perkins et Jerry Lee Lewis, rien que ça !


Twin Peaks (Showtime)

Voici donc revenir Twin Peaks, vint-cinq ans après le film – le très fraîchement accueilli Fire Walk With Me – et quelques années de plus pour les deux saisons originales diffusées sur ABC. On en sait peu de choses si ce n’est qu’il s’agira d’une suite, qu’une bonne partie des acteurs (encore vivants) seront là et que ces nouveaux épisodes sont confectionnés par Mark Frost et David Lynch en personnes. Et puisqu’on parle du loup, le voici :


When We Rise (ABC) en février

Avec celle là, je triche un peu puisqu’il s’agit d’une minisérie de type docudrama. Dustin Lance Black (l’auteur de Milk) se propose de retracer plusieurs combats menés par la communauté LGBT, étalés sur plusieurs dizaines d’années. Le projet ambitieux est réalisé par des pointures comme Gus Van Sant ou Thomas Schlamme avec un casting qui comprend entre autres Whoopi Goldberg, Guy Pearce, Mary-Louise Parker, Michael K. Williams…


Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (Netflix) dès le 13 janvier

Netflix s’essaie à une déclinaison de cette série de romans à succès en littérature jeunesse. Ce sera notamment l’occasion de retrouver Neil Patrick Harris (How I Met Your Mother) dans un rôle qui semble lui aller comme un gant… ou une barbe si vous préférez :


Cardinal (CTV) à partir du 25 janvier

CTV décline une série très « nordic noir » en adaptant les débuts d’une brochette de romans policier que l’on doit à l’auteur canadien Giles Blunt. On y retrouvera en particulier l’actrice Karine Vanasse :


Big Little Lies (HBO) à partir du 19 février

Après Goliath chez Amazon récemment, David E. Kelley ne s’arrête plus puisqu’il adapte ici ce roman de l’australienne Liane Moriarty. Nous serons certainement nombreux à attendre cette minisérie rien que pour son casting détonnant (Reese Witherspoon, Nicole Kidman et Shailene Woodley) :


Jamestown (SKY)

Bill Gallagher (Lark Rise to Candleford, The Paradise) nous propose une série d’époque racontant l’histoire de colons s’implantant sur les rives du nouveau monde en 1619 ! C’est produit par Carnival Films (Dawnton Abbey) et le récit tournera autour de trois regards féminins :


Riverdale (CW et Netflix chez nous) à partir du 26 janvier

Greg Berlanti pour une adaptation de comics sur la CW ? Rien de bien nouveau, vous me direz ! Mais pas question d’un matériau d’origine Marvel ou DC, Riverdale est une série de l’écurie Archie Comics et promet un tout autre univers :


Star Trek: Discovery (CBS All Access) en mai

La saga Star Trek retrouve enfin le petit écran avec une nouvelle série ! Même s’il a depuis dû quitter le navire, Bryan Fuller est à l’origine d’un récit qui devrait donner un sérieux coup de jeune aux équipes affublés des légendaires pyjamas colorés. De quoi illuminer ce 2017 comme il faut !


The Handmaid’s Tale (Hulu) à partir du 26 avril

Voilà sûrement une dystopie qui agitera les chaumières. L’adaptation d’un roman de Margaret Atwood avec Elisabeth Moss dans le rôle principal. La réalisation a été confiée à la cinéaste indépendante Reed Morano !


 

Mais aussi :

I Love Dick (Amazon)

Après Transparent – déjà sur Amazon – Jill Solloway récidive avec un format court fascinant. Adaptée d’un roman éponyme de Chris Kraus, la série permet de confronter les délicieux Kathryn Hahn et Kevin Bacon. (le pilote – pas dispo malheureusement sur Prime Vidéo en France – est superbe ; vivement la suite !)

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Top of the Lake: China Girl (SundanceTV)

Tout comme Twin Peaks, je triche un peu là aussi puisqu’il s’agit d’une suite. Bien qu’elle avait été imaginée comme une minisérie, Top of the Lake revient avec toujours Jane Campion aux manettes. Elisabeth Moss retrouvera son rôle et sera notamment aux prises avec une certaine Nicole Kidman.

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Santa Clarita Diet (Netflix) dès le 3 février

Voilà une comédie qui promet. Réunir Drew Barrymore et Timothy Olyphant (Justified) s’annonçait déjà comme une réussite croustillante, du moins sur le papier. Mais Victor Fresco (Better Off Ted) leur a concocté une recette bien singulière puisqu’il serait question de cannibalisme…

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I’m Dying Up Here (Showtime)

C’est Jim Carrey qui produit cette comédie amère basée sur le livre de William Knoedelseder décrivant la scène du stand-up californien pas vraiment très rose circa 1970. C’est écrit par le très expérimenté Dave Flebotte.

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American Gods (Starz)

Concoctée par Bryan Fuller et Michael Green, cette adaptation du roman de Neil Gaiman s’annonce également comme l’une des plus grandes attentes de l’année. Un temps développée pour le compte de HBO, la série devrait arriver en avril.

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The Deuce (HBO)

Autre virée dans les année 70, The Deuce nous racontera l’émergence de la scène porno à New York. Outre la présence de Maggie Gyllenhaal et James Franco, ce sera surtout la possibilité de retrouver à l’œuvre David Simon (The Wire, Show Me a Hero) entouré de son fréquent compère George Pelecanos.

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Chère lectrice, cher lecteur, je te souhaite une excellente année !

Visuel d’ouverture : American Gods © Starz

2016, une grande année pour la bande originale sérielle

2016 fût à nouveau très riche en séries. On vient de l’apprendre, pour la seule production américaine, le chiffre s’élève à 455 ! De quoi donner le tournis, d’autant plus que l’ambition n’est pas automatiquement plus élevée. Il y a tout de même des motifs de satisfaction indiscutables et notamment en ce qui concerne mon cheval de bataille : le vaste développement de la bande son sérielle !

Voilà, je ne pouvais manquer à la tradition : en ce jour de Noël, je vous propose d’écouter mon habituelle playlist sérielle. Cette année, je me suis concentré sur la seule composition originale et vous pourrez constater que l’ensemble est non seulement de qualité mais surtout, il se distingue par une belle variété de genres :

Il serait tentant d’opposer l’essor de la composition originale face à un éventuel déclin de la supervision musicale. Outre le fait que la supervision se porte bien – merci pour elle –, les exemples ne manquent pas pour démontrer combien les deux sources musicales sont complémentaires.

L’exemple le plus saillant de l’année est très certainement Stranger Things. La série créée par les frères Duffer s’appuie très largement sur une ambiance musicale soignée afin de participer à l’établissement d’un décor – au sens large du terme – des années 80. Musique originale et emprunts existants s’enchevêtrent pour construire un accompagnement qui aura été pour une bonne part dans le succès de la série. La supervision embrasse complètement la période avec des artistes comme The Smiths, Modern English, Jefferson Airplane, l’obligatoire et regretté David Bowie, The Clash et même une mémorable entrée des Toto !

Autour de cela, les Duffer ont fait appel à un duo d’Austin (TX), membres de S U R V I V E, un quatuor électronique dominé par les volutes du synthétiseur. Leur création – qui ouvre justement ma playlist ci-dessus – administre des strates de sonorités superposées pour fixer idéalement la tension, le mystère et cet entêtant aspect rétro qui colle si bien à l’univers de la série.

Et ces deux artistes, Kyle Dixon et Michael Stein de préciser qu’ils sont intervenus en amont de la réalisation, alors que le projet en était à l’étape du casting. On ne peut produire une preuve plus incontestable du nouveau statut de la bande son originale sur le format. Alors que l’exercice consistait le plus souvent à boucher les trous sans prise de son, la conception d’une ambiance musicale propre à l’œuvre est devenu un enjeu à part entière. Alors bien sûr, il y a des contre exemples comme le travail d’Angelo Badalamenti qui faisait déjà des merveilles au tout débuts des années 90 pour le compte de Twin Peaks (et dont on attend avec impatience le retour dans les futur épisodes). Mais, de manière générale, l’accompagnement sonore original n’a jamais été une priorité pour la série jusqu’ici.

Précisons également que cette embellie n’est pas limitée outre atlantique. La rentrée dernière, j’avais la chance d’interroger Eloi Ragot pour le compte du Daily Mars. Lui aussi s’est vu confié la mission de créer l’univers sonore accompagnant La Trêve (pépite belge diffusée en cette rentrée sur France 2) à un stade précoce de la production.

Enfin, je voulais insister sur l’aspect hétéroclite du déploiement musical en général. On ose désormais tout en la matière, même l’anachronique (cf Cliff Martinez pour The Knick) et cela participe d’une ouverture d’esprit plus que nécessaire. Je me suis réjouis de redécouvrir Outkast en suivant Atlanta par exemple. A l’heure où de plus en plus d’algorithmes décident pour nous, il est heureux d’avoir encore la possibilité de la surprise !

Joyeux Noël à toutes et à tous !

Visuel d’entête : Atlanta (FX)

L’analogie du bambou* (High Maintenance)

Le samedi soir sur OCS City en US+24 –
High Maintenance - Yael Stone

Le format court étale toute sa vitalité en cette rentrée. Des cinéastes comme Joe Swanberg (Easy sur Netflix) ou Woody Allen (Crisis in six Scenes sur Amazon) s’y essaient avec plus ou moins de réussite. Atlanta, Better Things (FX) et Insecure (HBO) font également des débuts remarqués.
High Maintenance s’inscrit pleinement dans ce contexte. Mais si elle se distingue, c’est peut être parce qu’elle porte très haut la principale caractéristique de cette vague – qu’on ne plus qualifier par le trop réducteur dramedy – : une liberté de ton et de forme flamboyante !

C’est Christopher Bear (batteur de Grizzly Bear) qui compose la musique originale de ces nouveaux épisodes pour HBO. Toutefois High Maintenance fonctionne en grande partie avec une supervision musicale très intéressante signée Liz Fulton. Démonstration avec ce titre de l’anglais Hudson Scott :

Si les épisodes que nous découvrons en ce mois de septembre sont affublés du qualificatif de « saison 1 », High Maintenance existe néanmoins depuis fin 2012. C’est alors une websérie de Katja Blichfeld et Ben Sinclair (mariés depuis) qui fait une entrée remarquée sur Vimeo. Le couple signe rapidement un deal d’adaptation avec FX qui n’aboutira pas. Au terme de cette exclusivité, Vimeo qui lance alors une offre de contenus originaux, leur commande des épisodes supplémentaires. Ainsi High Maintenance passe du DIY à un statut intermédiaire qui va finalement servir de transition jusqu’à l’étape actuelle et la livraison d’une saison de six épisodes pour le compte d’HBO.

Des premiers épisodes – souvent inférieurs à 5 min. – jusqu’à ces nouveaux chapitres plus longs (autour de 30 min.), la série s’est transformée. Elle est devenue plus réfléchie sans subir une dilution en raison de l’étirement temporel.
Surtout, elle affiche une liberté structurelle sidérante. Le personnage commun à chaque épisode, un livreur d’herbe qui fait rire (« the guy »), apparaît plus ou moins longtemps dans une collection de récits parfaitement indépendants les uns des autres. L’ordre des épisodes est totalement inopérant et High Maintenance de se définir alors comme une véritable anthologie. Mais plus intéressant encore, le format d’une demi-heure donne l’impression d’offrir encore plus de marge de création à son duo de créateurs. Ils peuvent consacrer les deux premier tiers de l’épisode à une adolescente qui se cherche puis enchaîner sur un couple plus âgé en plein psychodrame sexuel. Une simple irruption du livreur faisant le lien.

Ce livreur justement – qui n’est autre que le même Ben Sinclair, co-créateur de la série – est un barbu qui se déplace à vélo, essentiellement à Brooklyn. Toutefois et malgré ces attributs hipsterisants, le principe de la série lui permet de louvoyer au sein d’une multitude de microcosmes sociaux-culturels qui élèvent significativement l’intérêt d’High Maintenance.
Du reste, il est intéressant de remarquer que Sinclair a fait ses études au Oberlin College comme une certaine Lena Dunham (Girls) ou bien encore Sarah-Violet Bliss (la très prometteuse Search Party). De là à conclure qu’une génération est en train de s’emparer de ce format pour y faire leurs armes en lieu et place du cinéma indépendant, il n’y a qu’un pas que nous serons très nombreux à franchir.

En attendant, n’hésitez pas à donner sa chance à High Maintenance, une série qui se permet dans son dernier épisode en date (« Grandpa ») d’adopter le point de vue d’un chien, lequel tombe amoureux d’une dog-sitter interprétée par l’excellente Yale Stone (Orange is the new Black). Indispensable !

Musique : Hudson Scott « Clay » (2016)
Visuels : David M. Russellʩ 2016 Home Box Office, Inc. All rights reserved. HBO ® and all related programs are the property of Home Box Office, Inc.


*: Ce titre fait référence à une analogie citée dans ce très beau portrait de Katja Blichfeld et Ben Sinclair paru dans le New York Times.

Pour aller plus loin dans la découverte du travail des deux créateurs de la série, je vous recommande vivement le Nerdist Writers Panel qui leur est consacré.

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