Tous les chemins mènent à Sioux Falls, Fargo s02e07 (récap.)

(FX) s02e07 “Did you do this? No, you did it!”
Saison 1 et 2 (en cours) à voir chez nous sur Netflix –
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Après ce septième volet, nous entrons dans la dernière ligne droite de cette saison (les 3 derniers épisodes). Et si l’anthologie nous offre l’assurance d’une fin, nous savons désormais que la série comptera une troisième saison. Les paris sur un éventuel lien – tout comme Solverson reliait les deux premières – sont ouverts !
Mais l’annonce de ce troisième opus n’est pas sans incertitudes. Noah Hawley est désormais très choyé par FX. A tel point qu’il a désormais deux autres adaptations à superviser pour la chaîne. La conversion de Legion (Marvel comics) et celle du Berceau du chat écrit par Kurt Vonnegut (en 1963).
En attendant, Sioux Falls se rapproche…

Attention, vous n’avez pas vu ledit épisode ? Passez donc votre chemin car le commentaire détaillé ci-dessous en révèle tout le contenu !

Third hole. L’épisode démarre en fanfare ! Bear et son nouveau bras droit Ricky (Ryan O’Nan) arrose un trio de personnes inconnues mais dont on devine rapidement qu’elles sont liées aux cartel de Kansas City. Les Gerhardt exercent ici leur revanche après le raid Milligan qui a coûté la vie à Otto, le chef de famille. Alors qu’elle enterre son mari et son plus jeune fils (enfin juste sa boucle de ceinture), Floyd n’est pas ravi de constater que la famille ne fait plus corps. Bear est resté en retrait, Dodd n’a toujours pas donné signe de vie et Simone détale sans demander son reste.

Different roads, same destination. On croit alors penser que le sort s’acharne sur les Gerhardt. Floyd est embarqué au poste de police et les faits ne plaident pas en faveur de sa famille. Mais Floyd fait acte de contrition devant Hank et le chef Gibson de la police de Fargo (le toujours excellent Terry Kinney). Elle balance sournoisement tout ce qu’elle sait sur ses ennemis de l’état voisins en échange d’une “paix” très théorique. en voilà une garde à vue qui fait bien les affaires du clan ! A ce stade, je suis près à parier que Floyd survivra à cette saison car elle survole les débats de bout en bout.

I’m done lying down for men. Simone retourne voir son amant Milligan une nouvelle fois. On se demande à quoi elle pense alors qu’elle vient d’échapper à une fusillade orchestrée par ce même Mike. Ce dernier lui réserve d’ailleurs un accueil glacial mais Lou, accompagné d’un Ben Schmidt toujours aussi fébrile, arrivent à la rescousse.
La fille de Dodd croit retrouver sa liberté en massant le service trois pièces de Schmidt mais c’est pour mieux tomber entre les griffes plâtrées de son oncle. Bear a définitivement rangé le peu d’innocence qu’il possédait au placard et guide sa nièce vers son destin au milieu d’une forêt reculée. La scène n’est que suggestive et l’on pourrait croire qu’elle en réchappe mais l’actrice a confirmé que c’était la fin de son personnage.

The Breakfast King of Loyola. Loin du tumulte, Betsy Solverson se fait tout de même des frayeurs. Elle découvre un première fois la présence de Karl Weathers (et son acolyte Sonny) chez elle, dans sa cuisine, avec Noreen. Le duo est venu protéger la maison Solverson à la demande de Lou en son absence. Et puis, ensuite, elle découvre avec sa stupéfaction l’étrange hobby de son père pour les signe cabalistiques en se rendant chez lui pour nourrir le chat. Je ne serai pas surpris que sa “passion” soit liée à la disparition de sa femme…

Today’s your lucky day. Après le départ de Lou, Milligan reçoit une toute autre visite. Le syndicat, mécontent de ses résultats à Fargo, envoie quelqu’un pour le remplacer, un certain “Undertaker”, tout un programme. Quand le “croque-mort” apparaît à l’écran, on constate avec délice qu’il est aussi accompagné d’une paire de jumeaux, d’origines asiatiques en l’occurrence. Mais Milligan a plus d’un tour dans sa manche et le croque-mort ainsi que ses sbires trépassent.
L’épisode se termine par un coup de fil. Ed annonce détenir un certain Dodd Gerhardt dans son coffre de voiture à un Mike médusé. Lorsqu’Ed raccroche on découvre qu’il se trouve à – tiens, tiens, comme par hasard – Sioux Falls ! Le dénouement approche…

Split-screen. Cet épisode est sensiblement plus long (près d’une heure) que les autres et les nombreux rebondissements qui le jalonnent l’estampillent comme l’un des plus beaux de la saison. Il est intéressant de noter que Noah Hawley mène décidément bien sa barque en nous laissant dans l’expectative – durant tout l’épisode ou presque – en ce qui concerne les destins de Peggy, Ed, Hanzee et Dodd.
Formellement, l’usage du partage d’écran perd un peu de son efficacité lorsqu’il est utilisé ici pour ramener des anciennes séquences (Rye). Par contre, la photographie est toujours splendide avec une mention spéciale pour la forêt engloutissant Bear et Simone. Vivement la suite !

Observations diverses :

  • Le “Sometimes there’s a man…” énoncé par Mike Milligan est une belle référence au Big Lebowski des Frères Coen. La virée dans les bois de Simone et Bear évoque également Miller’s Crossing.
  • Toujours dans les références à la filmographie des Coen mais cette fois-ci sur un registre musical, le titre « O Death » (Backwater Gospel/Jen Titus) était déjà présent dans O Brother Where art thou. Le titre « Just Dropped In » (White Denim) est une reprise qui était quant à elle chanté par Kenny Rodgers dans The Big Lebowski. Et “Danny Boy” (Lisa Hannigan) était présent dans Miller’s Crossing avec la voix de Frank Patterson.
  • Le titre de cet épisode est un petit peu moins estampillé absurde cette semaine mais non moins évocateur ! Lorsque les nazis occupaient la France, l’un d’entre eux aurait demandé à Picasso en contemplant son oeuvre intitulé Guernica :”C’est vous qui avez fait ça ?” et le peintre aurait répondu :’Non, c’est vous qui l’avez fait !”.

 

Et un peu de lecture :

Visuels : Fargo / FXP / MGM
Musique : Jethro Tull « Locomotive Breath » (1971) et White Denim “Just Dropped In (To See What Condition My Condition Was In)” (2015)

Rhinocérite, Fargo s02e06 (récap.)

(FX) s02e06 “Rhinoceros”
Saison 1 et 2 (en cours) à voir chez nous sur Netflix
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Depuis le troisième épisode, je ne cesse de revenir sur l’oeuvre d’Albert Camus et sa philosophie de l’absurde. Cet épisode propose à nouveau une référence de choix dans ce domaine avec Rhinocéros (titre de l’épisode), une pièce de théâtre écrite par Eugène Ionesco. Mais ce n’est pas tout – comme vous pourrez le lire ci-dessous – il y est aussi question d’un poème de Lewis Caroll.
Cette abondance de références littéraires variées constitue un petit délice supplémentaire pour le sériephile qui prolonge ainsi son immersion dans l’oeuvre en découvrant ou redécouvrant des textes ainsi associés. On se souvient de la fièvre qui avait accompagné la saison 1 de True Detective alors qu’elle recourait déjà à ce procédé (Le Roi en Jaune notamment) et cela devrait alimenter un peu plus le jeu des comparaisons entre deux séries qui on fait le choix de l’anthologie.

Attention, vous n’irez pas plus loin dans la lecture de ce récapitulatif si vous n’avez pas vu ledit épisode ! Car ce serait absurde… même si tout à fait dans le thème de cette saison.

You’re a little touched, aren’t ya? Ed est donc embarqué au poste de police par Lou Solverson, au grand dam d’une Peggy pour le moins anxieuse. Hank reste auprès d’elle et tente de la ramener vers le bon côté de la force mais Peggy ne l’entend pas de cette oreille. Pourtant, Hank lui fait bien comprendre qu’il va livrer sa voiture aux experts, non pas ceux de CSI – dont Ted Danson fait partie du cast – mais ceux des Twin Cities (Minneapolis-St Paul). Il faut croire que Peggy n’a pas abandonné l’idée d’aller à son séminaire du côté de Sioux Falls !

You split this family apart! L’ambiance est également très électrique chez les Gerhardt. Bear apprend que Dodd a envoyé son fils au casse pipe et commence à le travaillez au corps. Heureusement pour l’aîné, Hanzee pointe son arme sur l’assaillant et Dodd ne trouve rien de mieux que de se faire justice avec sa ceinture avant que Floyd n’interrompe l’échange. Elle leur rappelle que Charlie est en garde à vue à Luverne et qu’ils ont donc bien mieux à faire que de s’entretuer.
Une fois débarrassée de ses encombrants rejetons, Floyd prend le temps de rassurer Simone car elle a bien perçu le malaise de sa petite fille, lequel l’a conduit à prévenir Milligan du déplacement de son père à Luverne.

I could fill out a steamer trunk with the amount of stupid I think you are. Dodd, Hanzee et d’autres sbires du clan Gerhardt arrive chez les Blumquist mais, contre toute attente, l’affrontement n’a pas vraiment lieu. Hank est mis KO par Hanzee et Peggy parvient à se débarrasser de Dodd avec sa propre batte/taser, après en avoir assommé un autre avec un lavabo ! Une seule victime est à déplorer et c’est un homme de main de Dodd, abattu justement par ce dernier.

Out of my way, tool of the state! Au poste de Police, Ed ne lâche rien et comme il a vu l’Homme de fer à la télé, il veut son avocat. Sauf que le seul avocat de Luverne n’est autre que Karl Weathers et qu’à cette heure avancée de la soirée, il est très légèrement en état d’ébriété, selon ses propres dires.
Il va pourtant avoir l’occasion de dessaouler rapidement car Bear, accompagné de l’autre moitié des sbires du clan Gerhardt, menacent d’attaquer le poste de police si Charlie n’est pas libéré. Lou imagine alors un plan désespéré : il envoie Karl calmer les Gerhardt pendant qu’il opère une extraction discrète d’Ed par l’arrière.
Si Karl parvient à convaincre le Bear de rebrousser chemin, le reste de cet épisode n’est qu’un vaste cliffhanger. Qu’est-il arrivé à Peggy après qu’elle ait neutralisé Dodd ? Ed échappe à la vigilance de Lou et il ne fait pas de doute qu’il sera retrouvé mais par qui ? par Hank et son gendre ou bien par Hanzee ? Enfin, y aura-t-il des survivants au raid de Milligan sur la propriété des Gerhardt ? Floyd et Simone ont-elles survécu ?

Ce sixième volet pourrait être qualifié de transition dans le sens où il évite soigneusement toute forme d’affrontement, que l’on sait pourtant inéluctable. Qu’y a-t-il derrière ce mécanisme implacable qui va conduire à un bain de sang ? C’est en substance le message que véhicule l’allusion derrière le titre de cet épisode. Comme précisé en introduction, Rhinocéros est une pièce de théâtre écrite par Ionesco. Elle fait partie, au même titre qu’En attendant Godot de Beckett (sous entendue derrière le titre du premier épisode), d’un répertoire de l’absurde. Toutefois, là où Beckett affectionne le vide pour s’exprimer, Ionesco opte pour l’inverse, à savoir l’excès, et il dénonce ainsi la pensée unique et irréfléchie du plus grand nombre (la « rhinocérisation »).
Au regard de cette distinction, on distingue deux types de personnages dans Fargo. Ceux qui envisage leur seule existence et ceux, bien plus rares, qui se soucient des autres. La série ne donnera très certainement pas raison à un camp plutôt qu’à un autre. Elle sera certainement équitable dans l’absurdité de son funeste dénouement. Mais Noah Hawley ne se prive pas pour autant de reprendre et d’amplifier un propos sociologique fécond.

 

Observations diverses :

  • Cet épisode se termine avec une reprise de “Man of Constant Sorrow” interprétée par les Blitzen Trapper. C’est une référence explicite au “Brother, Where art thou.” des frères Coen qui contenait ce classique folk.
  • Lorsque Milligan lui demande quel message elle souhaite transmettre à son père, Simone répond : “Kiss my grits”. C’est une référence à Alice, une sitcom diffusée sur CBS de 1976 à 85.
  • Ainsi, la déclamation de Milligan qui reprends le poème du Jaberwocky de Lewis Carroll fait directement écho à cette référence puisque le poème est extrait d’un roman qui succède à Alice aux pays des merveilles (du même Carroll).
  • Enfin, Lou s’exclame : « This kind of thing didn’t work in Westerns, and it’s not gonna work tonight. » C’est très certainement une référence au Rio Bravo d’Howard Hawks avec John Wayne.

 

Et un peu de lecture :

  • Un seul entretien cette semaine mais pas des moindres puisqu’il s’agit de Jean Smart (Floyd) pour le compte de Monsters and Critics. Elle y assurait (il y a quelques jours) qu’une saison 3 était en cours d’écriture. La nouvelle vient justement d’être officiellement confirmée !

Visuels : Fargo / FXP / MGM

Destins contraires, Fargo s02e05 (récap.)

(FX) s02e05 “The Gift of the Magi”
saison 1 et saison 2 (en cours) à voir chez nous sur Netflix
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C’est avec un peu de retard que je reprends le fil de ces récapitulatifs pour Fargo. L’actualité n’en est pas la seule responsable. J’ai pris le temps, la semaine dernière, d’écrire une analyse consacrée à cette première partie de saison 2 que vous pouvez lire sur le Daily Mars.
Avec cet épisode, le destin s’acharne sur les Blumquist. On pourrait penser que l’on se rapproche trop vite de la fin mais cela ne fait surtout que relancer le caractère imprévisible d’une série décidément au dessus de la mêlée !

Attention, ce qui suit est un récapitulatif complet dudit épisode. Il suppose que vous l’ayez vu au préalable ! Vous êtes prévenus.

And where some saw a drowning man, I saw a life to save…
C’est enfin l’occasion de découvrir Ronald Reagan, interprété ici par Bruce Campbell (décidément très en vue actuellement puisque déjà à l’affiche d’Ash Vs. Evil Dead). Reagan était aux abonnés absents pour la séquence d’ouverture de cette saison mais il est bien là, cette fois-ci, et s’arrête à Luverne avec son bus de campagne.
Pendant ce temps, une bonne partie de la pègre de Kansas City s’arme jusqu’aux dents dans la toundra du Minnesota. Joe Bulo et ses sbires se sont entourés du garde chasse local afin de ne pas être surpris par le terrain. C’est pourtant ce dernier qui est le premier à tomber sous les balles des Gerhardt qui déciment leurs adversaires.

The Butcher of Luverne. Car les Gerhardt sont plus que jamais en guerre. Un peu plus tôt, Hanzee faisait son rapport et, sous l’insistance de Dodd, il annonce la mort de Rye à Floyd en désignant Ed comme responsable. L’indien est assez proche de la réalité mais il enjolive le rôle d’Ed de manière assez subtile. Le procédé est délicieux et symbolise bien la connivence d’une série qui aime intercaler des clins d’oeil ludiques de ce cet acabit.
Floyd veut donc la peau du “boucher” et Dodd n’hésite pas à envoyer Charlie, le fils handicapé de son frère, avec le tueur à gage de la famille pour refroidir Ed. Dodd a toutefois bien moins d’emprise sur sa propre fille, Simone, qui s’échappe pour retrouver Mike Milligan au son des Dramatics :

Just the tail of the snake. Chez les Blumquist, Peggy essaie de convaincre son mari qu’il est temps pour eux de fuir en Californie. Ed ne veut rien entendre et souhaite, plus que jamais, racheter la boutique de son patron. Peggy tente alors son va-tout en lui avouant que Constance (sa patronne) avait vu la voiture au pare brise éventré.
La scène se déroule dans la cave du couple. L’endroit est saturé de magasines féminins et il ne fait alors plus aucun doute que Peggy est sujette à des troubles du comportement. De multiples indices le laissait entendre auparavant mais l’évidence est désormais flagrante et c’est tout au crédit d’une série qui aura pris le temps de dévoiler la vraie nature de la jeune femme. Au passage Kirsten Dunst réalise de belles choses avec ce personnages instables qui n’a que peu de temps de parole au final.

Just gonna die anyway. A la boucherie, Ed cherche encore un moyen de réunir les fonds pour acheter la boutique. C’est à ce moment là qu’arrive Charlie. Le jeune Gerhardt est bien trop tendre pour tuer quelqu’un et ce d’autant plus qu’il n’est pas insensible aux charmes de Noreen. Il quitte la boutique avec un morceau de viande et va laisser un message à son père en annonçant qu’il se rangera à son avis en retournant à ses études.
Quand il retourne une seconde fois dans la boutique, rien ne se déroule comme prévu. Un incendie éclate, Ed et Noreen s’en sortent et l’assistant du boucher sauve Charlie des flammes (mais pas le tueur à gages).

I got a surprise for ya. Pendant qu’Ed luttait pour survivre, Peggy était prête à partir et à planter son mari là. Pourtant, contre toute attente, elle décide sur un coup de tête – décidément une habitude chez elle – de vendre sa voiture pour qu’Ed puisse racheter l’affaire de son patron. Seulement voilà, Ed se présente à elle profondément bouleversé et subitement prêt à partir pour la Californie. La boutique réduite en cendres, le chèque de Peggy ne fait plus le même effet !

L’ironie est cinglante et renvoie à nouveau avec force vers la doctrine de l’absurde que j’évoquais avec l’épisode 3. Mais plus surprenant encore est la défaite pour le moins franche du syndicat du crime de Kansas City durant cet épisode. Milligan accuse le coup – Bokeem Woodbine est à nouveau très bon – et cela promet une réaction musclée de sa part. Vivement la suite…

Observations diverses :

  • Karl suggère à Lou de demander à Reagan si Joan Crawford avait effectivement des morpions. Crawford est une actrice américaine de cinéma dont la carrière débuta vraiment à la fin des années 20. Elle fût la cible constante de multiples rumeurs dont celle-ci ainsi que d’avoir été call-girl avant d’être célèbre.
  • Le titre de cet épisode, The Gift of the Magi, est une nouvelle écrite par O. Henry. L’histoire d’un jeune couple modeste qui s’offre des cadeaux de noël en revendant chacun leur bien le plus précieux. L’ironie de l’histoire veut que ces cadeaux soient justement destinés à compléter aux biens dont ils viennent de se séparer.
  • Les multiples séquences ou l’on entend Reagan s’exprimer font référence à un authentique discours de celui qui était alors candidat à la présidence.

 

Un peu de lecture :

  • Entretien très intéressant avec Maggie Philipps qui se charge de la supersvision musicale sur cette saison 2 de fargo sur l’excellent podcast de MPR.
  • Pour Assignment X, Brad Garrett commente son virage vers le drama.
  • L’existence d’organisations mafieuses à Kansas City est fondée. C’est ce que nous explique KCUR (radio publique basée à KC).
  • Il y a une belle référence musicale à Fargo, le film dans cet épisode sous la forme d’une reprise signée Jeff Tweedy de Wilco. l’IBT nous explique sa genèse.
  • Enfin, le THR ne fait pas les choses à moitié puisqu’ils ont rien moins que Patrick Wilson (Lou) et Bruce Campbell (Reagan) en interview pour la série cette semaine !

 

Visuels : Fargo / FXP / MGM
Musique : The Dramatics “Whatcha See is Whatcha Get” (1971 Stax)

 

Logique guerrière, Fargo s01e04 (récap.)

(FX) s02e04 “Fear and Trembling”
saison 1 et saison 2 (en cours) à voir chez nous sur Netflix

FARGO -- ÒFear and TremblingÓ -- Episode 204 (Airs November 2, 10:00 pm e/p) Pictured: Michael Hogan as Otto Gerhardt. CR: Chris Large/FX

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Pour un peu, cette saison 2 de Fargo passerait presque inaperçu et c’est bien dommage ! Alors certes, cette rentrée est particulièrement chargée mais cela n’explique pas pourquoi une série comme Fargo, avec un casting attractif et des critiques massivement élogieuses puissent passé à côté de la sorte.
C’est triste à dire, mais cette saison aurait bien besoin d’un coup d’éclat pour déclencher un buzz, au demeurant bien mérité !

Atention ! Ce récapitulatif – comme son nom l’indique – est un commentaire complet dudit épisode de Fargo. Il est préférable de l’avoir vu au préalable.

Like the heads of easter island. Nous voilà projeté en 1950. Otto amène son fils Dodd au cinéma mais ce n’est pas pour y voir un film mais bien pour lui apprendre comment on règle ses compte façon Gerhardt. Et lorsque l’on retrouve 1979, Dodd, à son tour, se charge d’inculquer à Charlie (Allan Dobrescu) – son neveu, le fils de Bear – les rudiments du bon Gerhardt illustré ! La démonstration est efficace, Charlie apprend à caresser son adversaire mais Dodd aurait sûrement dû s’abstenir de pratiquer cet exercice sur des membres du syndicat du crime de Kansas City.

It bounced. La journée des Blumquists démarre plutôt agréablement, dans le lit conjugal, mais Peggy et Ed ne sont plus sur la même longueur d’onde. Ed est obnubilé par le rachat de la boucherie de son patron et Peggy ne pense qu’au séminaire Lifespring à Sioux Falls. Ed va finalement s’en rendre compte lorsque le chèque d’acompte qu’il avait versé à son patron est rejeté.

“Send the indian”. Pendant ce temps, Hanzee Dent, l’homme de main de Dodd est sur un chemin qui va le mener au couple Blumquist justement mais il ne le sait pas encore. Il se rend au Waffle Hut, trouve un fragment de verre brisé appartenant à un phare de voiture, retrouve ensuite la voiture en question dans le garage local et finit par apprendre qu’elle appartient au boucher ! En voilà du travail de détective. Les Gerhardt seraient bien avisés de le rappeler auprès d’eux rapidement car son intelligence sera très utile.

Flower Rainblossom. Ces mêmes Gerhardt s’avèrent loin d’être unis. On en avait eu un aperçu avec les différents entre Dodd et Bear mais il s’avère que Simone (Rachel Keller) – la fille du premier – semble encore moins concernée, n’hésitant pas à fricoter avec Mike Milligan dans une chambre d’hôtel.
Elle confie même nonchalamment que son grand père doit se rendre à l’hôpital un peu plus tard. Une confidence qui coûtera cher à l’aréopage accompagnant le “légume” au sortir de son rendez-vous médical.

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Family business. De son côté Floyd négocie avec Joe Bulo. Elle refuse la vente de leurs activités mais propose un partenariat. Bulo a quant à lui beau jeu de pointer Dodd du doigt pour avoir refait deux de ses hommes pendant la période de délibération. Kansas City refuse l’offre de Floyd et les deux parties se séparent sur cette distinction béante qui les séparent. D’un côté un conglomérat qui ne transige pas avec la hiérarchie et de l’autre, une entreprise familiale qui protège les siens.

Sugar Pills. L’affrontement est donc imminent. Et c’est aussi en ces termes que le médecin de Betsy évoque son cancer. Ses résultats ne sont pas positifs et le docteur en profite pour lui proposer de participer au test d’un nouveau médicament. Le seul ennui, c’est qu’elle pourrait faire partie de l’échantillon de patient auquels on donne un simple bonbon !
Lou n’a toutefois pas le temps de réconforter sa femme car il est appelé au garage. Hanzee y a fait forte impression et Lou comprend qu’Ed et Peggy sont liés à l’affaire du Waffle Hut. Il se rend chez eux – éloignant ainsi sans le vouloir le même Hanzee – et offre aux Blumquists la possibilité de se confesser. Ed serait prêt à avouer, mais là encore, Peggy n’est pas de cet avis et éconduit le shérif.
Cette manière absurde de s’enfermer avec les mauvais choix est un thème très redondant avec le récit de la saison 1. C’est un sujet très Coenesque par essence (leur filmographie est remplie de personnage qui font les mauvais choix) mais il me semble qu’il était possible de rester dans l’esprit Fargo sans reproduire ce même scéma.

It’s War. Malgré l’inéluctabilité d’un face à face, il n’est pas facile de prédire ce qui nous attend dans le reste de la saison et c’est tout à l’honneur de Noah Hawley. En revanche, la multiplication des parcours militaires m’étonne un peu et je ne suis pas bien sûr que cela serve le propos de la série dans ces proportions. Que Lou et Hank soit des vétérans, ça me semblait déjà suffisant. L’histoire d’Hanzee dans les tunnels du Vietnam me semble superflue tant il n’a pas besoin de ce couplet pour impressionner le petit garagiste.
Mais, par contre, les témoignages d’affections sont bien plus intéressants comme lorsque Dodd recherche le contact de sa mère en fin d’épisode. C’est inattendu et pourtant si beau à observer.

Ok, then, à la semaine prochaine !

 

Observations diverses :

  • En fin d’épisode, Lou est assis devant chez lui, un fusil sur ses genoux, tout en reproduisant des noeuds marins avec une corde. C’est un clin d’oeil à la saison 1 dans laquelle il y avait une scène similaire.
  • Tout comme l’aperçu de tournage qui introduisait la saison, Moonbase Freedom, le film projeté lorsqu’Otto et Dodd font un carnage est un film fictif.
  • Et puis quelques mots sur Lifespring, ce séminaire qui occupe tant l’esprit de Peggy. L’organisation a été créée en 1974 et ses méthodes sont restés très controversées notamment pour avoir engendrés de nombreux procès.

 

Un peu de lecture :

  • Au delà des formules locales – du type ok then, aw jeez – les accents développés par les acteurs sont aussi surveillés de près. Si celui de Jeffrey Donovan (Dodd) serait bancal, ce n’est pas le cas de Rachel Keller qui est originaire de St Paul, nous apprend le MPRnews.
  • Dans un entretien au THR, Jean Smart explique qu’elle a amené de son propre chef un monologue supplémentaire pour cet épisode (lors de la réunion avec KC).
  • Pour le Daily Beast, Cristin Milioti révèle pourquoi Noah Hawley l’a choisi pour le rôle de Betsy Solverson.
  • Chez Thrillist, Bokeem Woodbine avoue avoir été étonné qu’on le convie à auditionner pour le rôle de Milligan vu qu’il était pensé pour un acteur à consonance italienne au départ !
  • Enfin, le New York Times cuisine Noah Hawley sur l’ensemble de la série

 

Visuels : Fargo / FXP / MGM
Musique :

Devo “Too much paranoias” (1978)
The Chieftains ft. Bon Iver “down in the willow garden” (2012).

Ash n’a rien perdu de son groove, Ash Vs. Evil Dead, sur OCS Choc dès le 7 janvier

(Starz) saison 1 en 10 épisodes et saison 2 déjà prévue,
diffusée le jeudi soir du 7 au 28 janvier sur OCS Choc
et à la demande sur OCS Go


Starz ressuscite Evil Dead et son improbable tueur de morts-vivants. Reboot et zombies* dans la même série, voilà qui est original ! Pourtant, le remake ou plutôt l’exercice de la suite en l’occurrence, est plus que naturel pour une franchise qui excelle dès lors qu’elle remixe ses codes.

Lorsqu’il faisait la promotion de la trilogie originale des Spider-Man (2002-07), Sam Raimi se voyait régulièrement interpeller sur un autre sujet. Allait-il enfin remettre Bruce Campbell devant ses caméras ? Raimi le réalisateur, Campbell l’acteur et Robert Tapert, le producteur, se connaissent en effet depuis l’époque où ils faisaient leurs études dans le Michigan. Le trio n’est pas venu au film de genre par passion mais bien parce qu’ils avaient constaté que l’horreur était en vogue dans les drive-ins et que le retour sur investissement était potentiellement attractif. Ils vont néanmoins être à l’origine d’une des séries de films d’horreur les plus cultes de l’histoire du septième art.

The Evil Dead sort en 1981 et introduit le personnage d’Ash Williams et ses déboires dans une cabane isolée quelque part dans le Tennessee. En 1987, Evil Dead II (Dead by Dawn) reprend sensiblement le même point de départ mais prolonge son récit en ajoutant une tonalité parodique. Enfin, la trilogie culmine en 1992 avec Army of Darkness qui reprend juste après le précédent film en embrassant pleinement le genre de la comédie horrifique. Plus proche de nous (en 2013), le trio infernal se contentera de produire un remake sobrement intitulé Evil Dead. Très sérieux (trop ?) et sans second degré, ce reboot avec un jeune cast aura surtout été orphelin de son personnage emblématique.

Un temps envisagé sous forme d’un long métrage, le retour d’Ash se fera donc au format sériel pour le compte de Starz. Tapert y avait notamment produit Spartacus: Blood and Sand. On retrouve Ash de nos jours, tranquillement installé dans une caravane et vivant d’un petit boulot aux stocks d’une grande surface. Seulement voilà, Ash a conservé le fameux livre des morts et déclame nonchalamment quelques invocations du bouquin sous l’effet de substances psychotropes illicites dans le seul but d’impressionner une conquête féminine amatrice de poésie…

Bruce Campbell n’a rien perdu de sa superbe. Alors oui, il n’a plus le physique de sa jeunesse mais les années et les kilos supplémentaires sont totalement assumés – ou plutôt ignorés – par un personnage doté d’un melon légendaire. Pour ce retour, il est entouré de deux collègues, Kelly (Dana Delorenzo) et Pablo (Ray Santiago). La caution jeunesse qu’ils défendent cachent mal, à ce stade, un déficit de présence de leur part. Au même titre, Amanda (Jill Marie Jones) n’impressionne pas dans le rôle d’une flic dépassée par les événements. En revanche et avec une seule ligne à prononcer durant ce premier épisode, Ruby interprétée par Lucy Lawless (Xena, Spartacus) promet déjà une belle confrontation avec Groovy Bruce.

Pour l’avoir vu multiplier ces dernières années les apparitions sur le petit écran (citons Burn Notice, 1600 Penn, The Librarians), on n’était pas vraiment inquiet pour la présence burlesque de Campbell. Par contre, on pouvait s’interroger sur la forme qui serait donné à cette déclinaison sérielle. Le résultat s’avère convaincant. Sam Raimi et son frère Ivan ont repris l’écriture et le premier s’est chargé de la réalisation de cet épisode. Si les effets visuels ne sont pas extrêmes, on remarquera toutefois l’utilisation judicieuse de prothèses comme pour cette deadite* qui opère une rotation de tête à 180°.
Il faudra néanmoins réussir à renouveler les aventures d’Ash et sa bande sur le long terme. Evil Dead s’est imposé sur un format aussi restreint que dynamique (les longs métrages ED sont inférieures à 90 minutes) et la série ne pourra pas se contenter d’envoyer simplement du fan service.

Visuels & Vidéo : Ash Vs. Evil Dead / Renaissance Pictures / Starz

*: On parle de Deadites dans l’univers Evil Dead et non de Zombies. Le deadite pouvant être toute forme vivante possédée par le démon, que cela soit un homme ou une plante. L’attaque d’une jeune femme par les branches d’un arbre possédé est un grand classique de la franchise.

FUBAR, Fargo s02e03 (récap.)

(FX) s02e03 “The Myth of Sisyphus”
Saison 1 et saison 2 (en cours) à voir chez nous sur Netflix

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Le mythe de Sisyphe, titre de cet épisode, est d’abord un essai publié par Albert Camus en 1942 (voir complément en Observations diverses à la fin de ce texte). Il y aborde la question de l’absurdité en reprenant ce personnage de la mythologie grecque, condamné à hisser éternellement le même rocher en haut d’une montagne, pour avoir offenser les dieux.
Ce caractère absurde décrit assez bien cette seconde saison de Fargo dont on sait qu’elle aboutira implacablement à un bain de sang du côté de Sioux Falls. Malgré l’humour distillé ça et là, le dosage en pessimisme sera l’un des enjeux substantiel dans l’appréciation finale de cette saison.

Attention, ceci est un commentaire détaillé dudit épisode. Il est donc fortement conseillé de l’avoir vu au préalable !

Same lion inside. L’épisode s’ouvre avec Hanzee Dent (Zahn McClarnon), l’homme de main de Dodd, afin de nous permettre de découvrir ses talents de chasseur. Nous sommes donc à Fargo dans le camp de base des Gerhardt et l’heure s’annonce très martiale. Les Yamasuki se chargent de l’ambiance :

Même si elle ne souhaite pas s’y résoudre de suite, Floyd Gerhardt s’assure de ses soutiens auprès de ses ouailles, après la proposition de rachat émise par le syndicat de Kansas City. Son aîné Dodd souhaiterait attaquer le premier mais, sans écarter l’éventualité des armes, elle préfère temporiser tout en montrant son autorité. Jean Smart (Floyd) donne une belle impression de facilité dans cette démonstration d’autorité. Globalement, la dynamique de cette famille à trois générations est vraiment attachante malgré leurs activités – en principe – répréhensibles.

The best me I can be. Du côté de Luverne, Hank possède désormais un suspect dans l’affaire des meurtres du Waffle Hut. L’arme retrouvée par Betsy avait une empreinte appartenant à Rye Gerhardt. Le shérif placarde donc des avis de recherche un peu partout et lorsqu’il se rend au salon, sa fille qui s’y trouve justement lui propose une théorie intéressante. Et si le tueur avait été percuté par une voiture pour qu’ensuite le conducteur (ou la conductrice) ai pris la fuite. Betsy semble douée de beaux talents de déduction. On sait désormais de qui tient sa fille Molly !
Tout cela inquiète au plus haut point Peggy qui n’a rien perdu de la conversation alors qu’elle s’occupait d’une autre cliente. Elle tente alors de faire diversion en affirmant que partir avec une victime sur la capot de sa voiture, ça n’a pas de sens ! Cette séquence est tout à fait délicieuse. Peggy se retrouvant à expliquer que ses propres choix sont absurdes. Cet épisode n’est décidément pas placé sous le signe d’Albert Camus pour rien.
A l’heure du déjeuner, elle va trouver son mari à la boucherie et, ensemble, ils vont maquiller les dégâts sur la voiture en la projetant sur un arbre. L’ironie très Coenesque de la scène veut que la route soit tellement glissante que la voiture part en tête à queue et percute l’arbre par l’arrière.

Not to late to go to the movies. Lou se rend donc à Fargo. En chemin, son beau père lui apprend pour l’empreinte de Rye. Mais une fois sur place, il comprend rapidement que cette affaire est un beau sac de noeuds. L’inspecteur de Fargo en charge de l’enquête – un ancien vétéran comme lui – n’est pas vraiment ravi de l’accompagner dans la gueule du loup, c’est à dire chez les Gerhardt. Mais Lou est un dûr à cuire ! Non seulement il tient tête à Dodd – tout comme il tiendra tête à Milligan ensuite – mais il a la présence d’esprit de titiller le clan sur la disparition de Rye en évoquant Kansas City.
Malgré l’intensité de la confrontation, Lou va se trouver bien plus en danger encore lorsqu’il se rend ensuite dans la boutique de Skip Sprang (Mike Bradecich). Il y est en effet accueilli par un group de « rock progressif » lourdement armé : Mike Milligan et les frères Kitchen ! Là encore, la situation finit par se décanter mais Lou sait désormais à quoi s’attendre lorsqu’il rentre chez lui après une journée intense.
Trop de face à face tue le face à face ? Oui sans doute mais on peut compter sur Noah Hawley (Showrunner) pour basculer prestement sur un tout autre registre dès le prochain volet.

Little man. L’épisode se termine avec la triste fin de Skip. A sa décharge, il n’avait pas été très malin en se rendant sur deux lieux particulièrement à risque. Il aura notamment attiré l’attention de Lou en se rendant au palais de justice. Puis il aura fait la rencontre de trop en entrant chez Rye hypnotisé par les beaux yeux de Simone (Rachel Keller), la fille de Dodd. Ce dernier ne cherchera pas outre mesure à savoir si Skip pouvait lui être utile avant de l’enterrer vivant.

Strange happenings, huh? Et puis cet épisode contient sont petit clin d’oeil extra-terrestre désormais de rigueur ! Alors qu’il s’arrête à une station service, un autochtone s’adresse à Lou et lui explique de but en blanc que d’étranges engins volants non identifiés, se déplaçant toujours en groupe de trois, ont été vu à plusieurs reprise dans la région.
Je l’évoquais en complément de mon récapitulatif du premier épisode, la région a effectivement eu son quota d’observations du troisième type. Pourtant la répétition des allusions aux petits hommes verts suggère une implication possible dans le récit de cette saison. Quel personnage se fera enlever ou disparaitra dans d’étranges circonstances ?! Nous devrions le savoir prochainement !

 

Observations diverses :

  • Le terme F.U.B.A.R. est un authentique acronyme utilisé par l’armée US : « Fuckep Up Beyond All Recognition (or Repair) ».
  • Le collègue que Lou rencontre à Fargo se nomme Ben Schmidt (Keir O’Donnell). Tout comme Lou, c’est un personnage qui apparaissait dans la saison 1. Il s’agissait du supérieur de Gus.
  • Dans le très intéressant recap en podcast publié par MPR (radio publique du Minnesota), les deux animateurs remarquent avec à propos que les titres d’épisodes font tous allusion à des oeuvres d’auteurs existentialistes :
    s02e01: Waiting for Dutch -> Waiting for Godot de Samuel Beckett,
    s02e02: Before the Law, le titre d’un passage du Procès de Kafka,
    s02e03: The Myth of Sisyphus de Camus,
    s02e04: Fear and Trembling de Kierkegaard.
  • Au titre des références à la filmographie des frères Coen, l’homme enterré vivant est une référence évidente à Blood Simple. Plus Subtil, la serrure éjectée de la porte dans la boutique de Skip est un petit emprunt sympathique à No Country for Old Men.
  • Enfin, faisons un petit point Google Maps. Je l’avais évoqué, il faut compter plus de trois heures pour relier Luverne (Mi) à Fargo (ND), trajet qu’emprunte Lou dans cet épisode. Vermillion et Mankato évoquées par l’illuminé des UFOs se trouvent toutes les deux au Minnesota.

 

Un peu de lecture :

  • Contrairement à leurs rôles respectifs, les frères Mann (les Kitchen brothers) seraient d’intense bavards selon Bokeem Woodbine (Milligan) qui se confie au New York Post.
  • Peggy et Ed seraient un équivalent de Bonnie & Clyde pour Kirsten Dunst si l’on en croit son interview dans The Wrap.
  • Mais plus crucial encore, Patrick Wilson (Lou) se défend de montrer ses fesses à chaque apparition dans cet entretien pour ET.
  • Pour le Calgary Herald, Brad Garrett (Joe Bula) évoque le plaisir de basculer dans le registre du dramatique, lui qui, faut-il le rappeller, a surtout fait de la comédie.
  • Comme le film et la saison 1 au préalable, cette saison 2 reprend la formule de “l’histoire vraie” en introduction de chaque épisode. Il s’agit bien sûr d’une fausse vérité, mais tout comme les Coen étaient parfaitement au courant de la nature extrême de certains faits divers dans la région dont ils sont issus, Noah Hawley s’est inspiré d’événements bien réels et c’est Bustle qui a notamment retrouvé la trace d’un authentique accident de voiture dans lequel la conductrice avait pris la fuite avec sa victime encastrée dans le pare brise !

Visuels : Fargo / FX / MGM
Musique :
Yamasuki Singers “yama yama” (1971)
Wayne Chance “send her to me” (1964)

Décalage complet, Au service de la France

(ARTE) une saison 1 en 12 épisodes diffusés à partir du 29 Oct.
photoASDLF1

La rentrée sérielle française est bien là. Les Revenants ont fait leur retour, Ainsi Soient-ils nous a offert un final intense et même France 2 nous livre actuellement une comédie pertinente avec Dix pourcent.
C’est dans ce contexte qu’Arte porte l’estocade avec Au service de la France, une comédie sans doute plus clivante mais ô combien jubilatoire.

André Merlaux a le privilège de pouvoir faire ses preuves au sein des majestueux services secrets français. Mais en 1960, l’oubli d’un simple formulaire tamponné (ou pas…) peut déclencher une troisième guerre mondiale…

Cousins. La filiation avec les deux long métrages d’OSS 117 est flagrante. Et pour cause, puisqu’Au service de la France est imaginée et écrite par Jean-François Halin, lequel signait le scénario des OSS (en adaptant très librement le romancier Jean Bruce). Novice sur le format sériel, l’ancien auteur des Guignols de l’info s’est entouré des scénaristes Claire Lemaréchal et Jean-André Yerlès pour faire naître un projet qui aura mis cinq ans à voir le jour.
Il faut préciser que ces épisodes long d’environ 25 minutes avait d’abord été imaginés pour Canal+. La chaîne cryptée n’a jamais adhéré au projet car le héros n’est pas directement drôle… Contre toute attente, l’ombre d’OSS n’aura donc pas été totalement bénéfique à la série. D’ailleurs Halin se démarque des films et parle d’une relation de cousinage. Et c’est au crédit d’Arte que d’avoir cru en une comédie qui n’est pas qu’un vulgaire polycopié tout en laissant le contrôle créatif de la série à la production (chose rare, la chaîne n’a notamment pas imposé un quelconque choix de casting).

Alternance. en 1960, la France est en plein milieu des 30 glorieuses. Pourtant, c’est encore un pays en reconstruction, secoué par la guerre d’Algérie. Ce contraste entre forces et faiblesses, passéisme et modernité, est parfaitement retranscrit dans cet univers administratif austère et moderne à la fois.
Les épisodes sont également disposés afin d’alterner entre récits confinés et intrigues hors les murs du service. Si la reconstitution est impeccable aussi bien pour les décors que de par les objets et vêtements d’époque, on regrettera toutefois que la mise en scène apparaisse ostensiblement figée. Le travail d’Alexandre Courtès (réalisateur de clip) manque en effet d’un dynamisme nécessaire au sein d’une comédie qui bénéficie pourtant d’échanges saignants.

Décalage. Avec un personnage principal un peu benêt et relativement naïf (Hugo Becker), Au service de la France ne vise pas la parodie outrancière. Au contraire, le soucis de détail et une ambiance d’époque très soignée – dont une merveille de bande son signée Nicolas Godin – Amènent le téléspectateur au rire par le biais d’un simple décalage. Il ne s’agit pas de regarder une période d’après guerre avec dédain. Le ton de la série témoigne plutôt d’une certaine tendresse. L’humour d’Au service de la France repose donc sur de vraies situations qui deviennent drôle lorsqu’elles passent au révélateur de l’oeil moderne. Les auteurs s’en donnent notamment à coeur joie sur le concept de la “femme moderne”, un sujet qui devient naturellement truculent au regard des enjeux fémininistes actuels.

Les épisodes d’Au service de la France seront diffusés en trois soirées de quatre épisodes. Sur le papier, c’est assez dingue mais, en pratique, la série se prête plutôt bien au « Binge » (surtout après 3 ou 4 épisodes). Toujours est-il que je ne saurai trop vous recommander de brancher Arte ce jeudi. La chaîne mérite, une fois de plus, notre plébiscite pour cette remarquable prise de risque !

Visuels : ARTE / Mandarin TV / Luc Roux

Un site dédié avec du contenu spécialement tourné pour l’occasion a été conçu par Arte Creative.

Les apparences, Fargo s02e02 (récap.)

(FX) s02e02 “Before the Law”,
Saison 1 et saison 2 (en cours) à voir chez nous sur Netflix
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Navigation :
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Il est sans doute encore un peu tôt pour évoquer une saison 3 de Fargo (d’autant plus que les audiences actuelles sont en baisse). Par contre il est désormais acquis que si elle se faisait, il faudra compter avec un délai d’attente allongé. En effet Noah Hawley – showrunner de Fargo – travaille sur un autre série intitulée Legion, l’adaptation d’un titre de l’écurie Marvel. Le projet aura, semble-t-il, été compliqué à faire aboutir mais FX – sans doute impatiente d’avoir son super-héros attitré – vient d’annoncer la commande d’un pilote.
L’héroïsme n’est peut être pas encore au menu de cet épisode de Fargo, mais le maléfique Lorne Malvo de l’an passé est déjà remplacé par un Mike Milligan (Bokeem Woodbine) tout aussi remarquable.

Attention, ceci est un commentaire détaillé dudit épisode. Il est donc préférable de l’avoir vu avant de lire ce qui suit.

“Who were the goons?”
Une réunion se prépare au domicile familial des Gerhardt à Fargo. “Reunion”, c’est justement le titre de ce morceau signé Bobbie Gentry qui accompagne l’ouverture de cet épisode :

C’est l’occasion de découvrir un peu plus les Gerhardt, descendants d’immigrés allemands, dont le chef de famille – Otto – vient d’encaisser une attaque cardiaque. Floyd, la matriarche entend bien assurer la succession, passant outre l’ambition de son fils aîné, Dodd.
Car le clan mafieux à du pain – ou plutôt de la brioche – sur la planche. Le syndicat du crime de Kansas City souhaite carrément acquérir les opérations de la famille Gerhardt et chacun sait que cela annonce l’ouverture des hostilités.
La séquence durant laquelle les représentant de KC croisent les fils Gerhardt annonce précisément la couleur. On retrouve ici l’une des marques de fabrique de la série, un ralenti particulièrement tendu qui évoque, au delà de l’univers des Coen, un grand classique du western.

“Was this whole mess about her?”
Mais Fargo sait alterner les tonalités et après la tension chez les Gerhardt, place à la sérénité des Solversons dans leur foyer à Luverne. Hank (le père de Betsy) semble d’ailleurs être un habitué du petit déjeuner des Solversons et se lance dans une histoire d’huître pour les beaux de sa petite fille. Mais l’affaire du Waffle Hut reprend le dessus. Lou vient d’apprendre que l’une des victime était un juge en provenance de Fargo. Il doit donc se résoudre à prendre l’affaire en main.

“Got to keep up appearances, though, right?”
Chez les Blumquist, le réveil est difficile. Ed garde en mémoire les événements de la veille qui l’ont conduit à tuer Rye Gerhardt, et renonce à aller travailler afin de nettoyer le carnage dans le garage. Peggy arrive en retard au salon de coiffure mais, étrangement, sa patronne ne lui en tient pas rigueur. Elle essaie même de la convaincre pour qu’elle l’accompagne à un séminaire tout en dénigrant sa relation avec Ed :

Constance: “The word ‘we’ is a castle, hon, with a moat and a drawbridge, and you know what gets locked up in castles?”
Peggy: “Dragons?”
C: “Princesses. Don’t be a prisonner of ‘we’.”

Pendant ce temps là, Ed récure son garage. L’occasion de constater que le sang n’est pas facile à nettoyer. Le produit qu’il utilise ne fait qu’étaler la tâche sur le sol. Une fois terminé, il va même jusqu’à brûler ses affaires dans la cheminée. Pour un peu, on pourrait croire qu’Ed a plus de jugeote que Lester. L’occasion d’écouter Burl Ives :

Yours in peace and harmony
On se familiarise ensuite un peu plus avec le trio d’hommes de main envoyés par Kansas City. Il y a les mutiques jumeaux Kitchen, Gale et Wayne (Brad Mann & Todd Mann), ainsi que le bien plus bavard Mike Milligan (Woodbine). Ce dernier a pour mission de trouver le cadet des Gerhardt, Rye, afin de faire pression sur la famille mais il découvre rapidement que sa piste mène à une scène de crime.
En approchant du Waffle Hut, il croise le regard de Lou, lequel contacte son beau père par radio pour qu’il intercepte l’étrange trio à bord d’une Oldsmobile. Hank comprend tout de suite que ces trois là ne sont pas des enfants de coeur. Il n’en mène pas large non plus lorsqu’il effectue son contrôle mais Milligan noie le poisson et le deuxième affrontement tendu de cet épisode prend fin sans accrocs.
Woodbine s’en donne à coeur joie. Il est évident qu’il se délecte de ces monologues sur un ton passif-agressif. Sa diction le propulse immédiatement en digne héritier de Billy Bob Thornton.

“I got a wild hair”
Lou venait en effet d’improviser un arrêt sur la scène du triple meurtre. Mais c’est Molly et Betsy qui font la découverte déterminante sur le parking à l’extérieur. L’arme de Rye était resté sur place au milieu d’un petit buisson. Lorsqu’il en parle à Hank un peu plus tard, il évoque aussi le regard du cuisinier abattu et sa position au sol. Lou et son beau père dérivent alors vers leurs expériences de vétérans. Hank est allé en Allemagne durant la seconde guerre mondiale, Lou est revenu quant à lui de la guerre de Corée. Hank enchaîne en disant qu’il y a eu six ans sans meurtre dans la région lorsqu’il était revenu du front mais il ne peut que constater que les hostilités battent leur plein depuis.

“You kind of a bad girl, aren’t you?”
Pendant ce temps là, Peggy est raccompagné chez elle par sa patronne. Cette dernière semble définitivement avoir un petit béguin pour son employée. Elle se réjouirait presque de découvrir que c’est bien Peggy qui a subtilisé du papier toilettes au salon !
Peggy parvient difficilement à expliquer ensuite l’état de sa voiture et Constance (Elisabeth Marvel) saura certainement se servir de cette information. Peggy pensait trouver Ed à la maison mais il n’y a que la radio entonnant ce titre de Fats Domino :

Ed s’en est allé disposer du cadavre de Rye en utilisant pour cela les machines dans l’arrière boutique de la boucherie en toute tranquillité à cette heure tardive. Oui, mais c’était sans l’impromptu Lou qui aperçoit de la lumière en passant devant la boutique et décide alors, sur un coup de tête, d’acheter un peu de bacon pour le petit déjeuner de sa femme.
Ed parvient à ravitailler le policier nocturne tout en cachant ses basses oeuvres. Nul doute pourtant que cette rencontre ne sera pas sans suite.

La caméra s’éloigne de la boucherie mais avec un angle étrangement vertical. Une lueur bleue-verte semble se réfléchir sur la façade du commerce. Et puis il y a la voix de l’acteur Gallois Richard Burton accompagnant la musique de Jeff Wayne tirée de son album concept revisitant La Guerre des Mondes pour clore cet épisode :

Après deux épisodes, il ne fait plus aucun doute qu’un règlement de comptes se prépare. Nul besoin d’avoir vu la saison 1 et de se souvenir des paroles d’un Lou Solverson plus âgé pour comprendre que Sioux Falls va bien connaître un bain de sang, lequel sera sans lien avec la supercherie cinématographique qui introduisait la saison.
On peut tout de même s’interroger sur la reprise de figures assez semblables entre les deux saisons. Malvo devient Milligan, Lester devient Ed et Molly est remplacé par son père, sans parler de Gus et Hank qui semblent partager ce caractère légèrement trouillard. Nous sommes donc bien loin des préceptes de l’anthologie et c’est peut être dommage de ne pas avoir rebondi plus nettement sur un autre film des Coen tout en restant dans les décors du Minnesota.

Par contre, on ne peut que se réjouir de voir à nouveau la force des femmes dans ce récit. Il est notamment intéressant de constater que c’est Ed – et non pas Peggy – qui reste à la maison pour faire le ménage avant de se retrouver en sous-vêtements dans le salon. Il faut évoquer aussi la fermeté de Floyd Gerhardt dans un environnement très masculin. Rappelons que c’est Betsy qui trouve l’arme du crime au Waffle Hut. Enfin, Constance – la patronne de Peggy – avance promptement des idées très féministes.
Alors qu’un affrontement (sans doute très masculin) s’annonce, cette prédominance féminine devrait offrir un contraste remarquable avec l’absurdité des combats.

A moins que les extra-terrestres fassent une entrée inattendue… Vivement la suite !

Observations diverses :

  • Au jeu des références à la filmographie des frères Coen, il y a surtout cette petite phrase rapidement prononcé au téléphone par l’associé douteux du regreté Rye : ”I got the money, see”. C’est une réplique emprunté à Jerry Lundegaard (William H. Macy) Dans Fargo, le film.
    Lorsque Bear annonce les connexions de sa mère, il évoque un certain Carter B. On pense bien sûr à Burwell, fréquent collaborateur des Coen pour la composition de leurs bandes son.
    Dans sa boucherie, Ed utilise une machine pour réduire le corps de Rye en petits morceaux. C’est une référence au fameux Woodchipper, cette machine à faire de la sciure qui était détournée de façon sanglante dans Fargo, le film.

Un peu de lecture :

  • Contrairement au tournage de la première saison qui avait dû composé avec un hiver rigoureux, le retour à Calgary (Canada) fût plus clément et donc, moins enneigé ! Vulture rapporte que la production était alors en concurrence avec celle d’un film d’Iñárritu pour obtenir de la neige en provenance des montagnes environnantes afin de blanchir les décors !
  • Le site Tom+Lorenzo propose une étude très intéréssante des motifs dans cette saison 2, notamment ces oppositions et ses parallèles.
  • Sur Vulture toujours, Jesse Plemmons (Ed) explique comment il a abordé son rôle.
  • Du côté du Daily Beast, on revient sur la carrière de Patrick Wilson, un acteur fantastique qui démontre avec Fargo tout son talent.
  • Le Calgary Herald évoque quant à lui l’utilisation des habits d’époque.
  • Enfin, The Independant donne la parole à Noah Hawley juste avant la diffusion anglaise de la saison 2.

Visuels : Fargo / FX / MGM
Musique :
Bobby Gentry “Reunion” (1967)
Burl Ives “One Hour Ahead of the Posse” (1952)
Fats Domino “Kansas City”
Jeff Wayne “the Eve of War” (1978)

“Que diable ai-je fait ?”, The Jinx

The Jinx, The Life and Deaths of Robert Durst.
(HBO) un documentaire en six parties à voir sur Planète+ CI dès le 22 Oct.
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J’écoutais ce matin Il faut qu’on parle, l’excellent nouveau podcast animé par Yaële Simkovitch et Dominique Montay. Il y est question du débat lancé récemment par John Landgraf, lequel annonce en substance l’imminence d’un pic de la production (le terme plateau est déjà déposé par la writers room de Masters of Sex) et une baisse à suivre sur fond de trop de série tue la série.
L’augmentation du nombre de titres est indéniable mais élargissons encore un peu plus notre réflexion. Que se passe-t-il si la segmentation sérielle qui nous est chère s’insinue sur d’autres formats ? Le documentaire, justement, est un exercice propice à cette influence. Est-ce pour autant bénéfique ou source de dénaturation ? Je vous propose d’aborder la question avec le cas The Jinx, une enquête exhaustive dont l’engrenage final spectaculaire masque un positionnement déontologique instable.

Robert Durst est l’aîné d’une famille contrôlant un vaste empire immobilier basé à New York. Pourtant, il n’est pas à la tête de la firme familiale et The Jinx va tenter d’expliquer un personnage aux multiples zones d’ombre.
L’histoire débute à Galveston, Texas. Un corps démembré est retrouvé en bord de mer. L’enquête mène rapidement à un pavillon et à un certain Robert Durst

On doit The Jinx a un duo : Andrew Jarecki et Marc Smerling. Ceci n’est pas leur coup d’essai puisqu’ils avaient déjà été remarqué pour Capturing the Friedmans, diffusé également sur HBO en 2003. Mais Ils sont également à l’origine de Catfish, un autre documentaire réalisé en 2010 qui constituera le matériau de base d’une émission de télé-réalité homonyme diffusée sur MTV.
Entre temps, le duo s’est lancé dans le cinéma. Smerling a co-écrit le scénario et Jarecki s’est chargé de la réalisation de All Good Things avec Ryan Gosling et Kirsten Dunst dans les rôles principaux. Ce film était déjà inspiré de Robert Durst et notamment à travers la mystérieuse disparition de sa femme.

Sa version de l’histoire. Smerling et Jarecki avaient conduit de nombreuses recherches dans le but de construire ce long métrage. Le projet The Jinx va pourtant prendre forme sous l’impulsion de Durst lui-même. Après la sortie du film, ce dernier contacte le duo et leur propose – contre l’avis de ses avocats – de l’interviewer afin qu’il puisse exprimer son point de vue. Aujourd’hui âgé de 72 ans, Durst n’avait jamais donné son accord au moindre entretien. Il va pourtant s’ouvrir complètement et donner un accès complet à son histoire. Jarecki et Smerling vont enquêter durant cinq ans, amassant de nombreux éléments qui les conduiront rapidement à abandonner le format initial d’un film de 2h pour lui préférer une série documentaire en six parties.

True Crime. Le résultat est un récit effectivement très complet. Le personnage Robert Durst est étudié sous ses moindres détails. Tous les lieux et preuves sont disséqués à la loupe. De nombreuses séquences de reconstitution aident à la compréhension des événements. Les différents intervenants livrent leurs opinions, parfois contradictoires, pour assembler un ensemble relativement circonstancié.
Les impondérables du genre et autres arrangements apparaissent toutefois sans ménagements. Le dossier Durst n’est avant tout qu’une succession de faits divers. La forme résolument moderne (notamment son générique très soigné) cache faiblement le caractère sordide de ce personnage certes mystérieux.

Construction biaisée. Jusqu’à quel point peut-on établir une narration sur un récit documentaire ? C’est la principale question qui ressort après avoir vu The Jinx. Le titre (le porte-malheur ?), justement, est une assertion d’emblée problématique. Robert Durst est introduit sous le prisme d’un jugement. Il apparaît essentiellement comme une victime avant d’être progressivement diabolisé.
Ce procédé – inhérent à l’inclusion de Jarecki à l’image – qui vise à mettre en scène l’évolution du regard de ses auteurs échoue à convaincre. Comment croire à l’illusion d’une certaine naïveté dans le cadre très strict d’une enquête rigoureuse ?
Au fond, le format et cette structure épisodique conduit les auteurs à surécrire leur documentaire, à créer des inflexions de points de vue aberrantes.

On en serait d’ailleurs sûrement resté là s’il n’y avait eu ce final invraisemblable, lequel justifie à lui seul de découvrir cette série documentaire.

A noter que le premier épisode est visible gratuitement du côté de Canalsat.


Exceptionnellement, j’écris ici quelques ligne que vous ne lirez uniquement après avoir pris connaissance du dénouement.
– ATTENTION RÉVÉLATIONS –

La seconde interview donnée par Durst a été enregistrée en 2014. Le final de la série a été diffusé sur HBO le 15 mars cette année. Le contenu de cet entretien dans lequel il dit notamment :”Que diable ai-je fait ? je les aient tous tué bien sûr” avait été remis, en compagnie de nombreux autres éléments, aux forces de l’ordre plusieurs mois avant. Celles-ci auront attendu la veille (le 14) de la diffusion de cette “confession” pour arrêter Durst dans un hôtel de la Nouvelle Orléans.
Aujourd’hui, Durst serait impatient de défendre ses droits si l’on en croit son avocat – celui qui était déjà parvenu à le faire acquitter au Texas – qui devra pour l’instant défendre son client contre la seule accusation de possession d’arme à feu ! Rien ne dit notamment qu’il puisse être transféré à Los Angeles pour répondre à l’accusation de meurtre dans le volet Susan Berman.
De Leurs côtés, Jarecki et Smerling pointent plutôt du doigt Douglas Durst pour ne pas avoir aidé les autorités après la disparition de la femme de Robert. Ils ne se sont d’ailleurs pas détaché de l’affaire et continuent de recueillir des témoignages si l’on en croit cet entretien au New York Times.
En attendant une éventuelle saison 2, les événements et en particulier le manque de vélocité de la justice américaine depuis la révélation, montre bien que The Jinx n’a pas vraiment déplacé de montages. Si procès il y avait, la question de la recevabilité du témoignage des toilettes sera forcément remise en question. Le regard biaisé porté sur Durst desservira forcément l’accusation.

Visuels & vidéo : The Jinx / HBO Documentary Films / Blumhouse Productions

Une autre anatomie, The Knick saison 1

(Cinemax) saison 1 en 10 épisodes et saison 2 dès le 17 Oct. sur OCS
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Je dois vous l’avouer franchement : j’ai honte ! Honte d’avoir ignorer si longtemps dans cette colonne ce petit bijou apparu sur Cinemax – petite soeur d’HBO – au milieu de l’été, l’an dernier. Car à l’approche de son retour pour une saison 2, il faut se rendre à l’évidence, The Knick est l’un des trois plus beaux dramas nés en 2014 (les 2 autres étant True Detective et Fargo, belle brochette).
Alors oui, le récit de cet obscur hôpital newyorkais circa 1900 est glauque, cru et insaisissable comme la fumée d’opium mais il saura vous ensorceler, sens et conscience réunis.

Pour commencer, je ne vais pas y aller pas quatre chemins, Cliff Martinez, qui signe la bande son de The Knick donc, s’est fait volé aux derniers Emmys ! Non seulement il n’a pas remporté la statuette mais, comble du comble, il n’était même pas nominé… une véritable aberration car son travail constitue tout simplement la composition originale la plus remarquable qu’il m’ait été donné d’entendre ses dernières années. La preuve :

Une autre association musicale
Pour un peu, je m’en veux de vous proposer cette écoute si vous n’avez pas encore vu la série. Le choc sonore que représente cet anachronisme musical ne devrait pas être révélé en dehors de son contexte. D’ailleurs, Cliff Martinez lui-même n’était pas convaincu lorsque Soderbergh est venu le trouver avec cette idée. Le résultat est pourtant brillant de la première à la dernière note. Il tisse non seulement des volutes électroniques exubérantes mais il leur applique ensuite une science du filtre diabolique pour provoquer de multiples variations qui accompagnent à merveille les hauts et les bas de chaque séquence. Le résultat est tout simplement magistral.
Né dans le Bronx, Martinez présente un parcours peu commun. Batteur passé notamment par le groupe Captain Beefheart, il se fait véritablement un nom en exerçant pour les Red Hot Chili Peppers au milieu des années 80. Il met en suite rapidement le pied dans l’éléctronique et devient le compositeur atitré de Steven Soderbergh (dès Sexe, Mensonges & Vidéo).*

Le docteur John Thackery dirige les équipes de chirurgie à l’hôpital Knickerbocker (aka The Knick) de New York en 1900. Son implication est totale et ce même aux dépens de sa santé. Son équipe est toutefois déstabilisée par l’arrivée d’un jeune chirurgien émérite en provenance de Harvard qui se trouve être noir…

Une autre approche du drama médical
The Knick est d’abord une idée de Jack Amiel et Michael Begler. Le duo parvient à la consécration ici après une carrière conjointe dans un tout autre registre. En effet, dans les années 90, les deux jeunes scénaristes multiplient les piges pour différentes sitcoms de second plan (Herman’s Head, The Tony Danza Show). A l’orée des années 2000, ils parviennent à exercer leur art pour le cinéma en signant plusieurs scénarios de comédies sentimentales (Raising Helen, The Prince & Me). Mais le genre s’avère frustrant et le duo se passionne de plus en plus pour le petit écran.
Begler rencontre alors des ennuis de santé répétitifs. Il expérimente une large variété de traitements (médecine douce, orientale, etc) et la curiosité aidant, se plonge dans l’histoire médicale en compagnie de son compère. En cela, The Knick diffère fondamentalement d’une série médicale traditionnelle. Au delà du contexte historique, l’enjeu principal consiste à mettre en evidence les sciences chirurgicale et médicinale par le biais de techniques essentiellement empiriques.
Mais le duo n’écarte pas un contexte social dense, qui se trouve en l’occurrence situé lors d’une période sensible de l’histoire américaine. A l’aube du vingtième siècle le pays bascule rapidement vers l’industrie qui fera sa force. New York, justement, est submergée par une forte immigration. The Knick souligne cruellement les inégalités entres pauvres et riches, entre blancs et noirs, entre hommes et femmes.

Une autre idée de l’image
Ces distances sont justement trouvées à l’image par un metteur en scène précis et inventif : Steven Soderbergh. Avec la deuxième saison dont la diffusion se profile, celui qui a “abandonné” le cinéma aura tourné 20 épisodes à lui seul. Je dis “à lui seul” en connaissance de cause car un excellent reportage – signé Matt Zoller Seitz – nous apprend que Soderbergh cadre lui-même, inlassablement, jusque dans des positions inconfortables.
L’année dernière, on avait régulièrement distingué le fameux plan séquence dans la saison 1 de True Detective. Avec The Knick, Soderbergh en présentait pourtant une belle brochette, qu’ils soient à l’épaule ou en traveling. Surtout, il livre des cadrages somptueux du plan large désaxé au gros plan désarticulé. On retrouve également une patience en provenance d’un certain cinéma. Le montage permettant ainsi de s’attarder sur le jeu des acteur quand il est nécessaire.
Sans l’opulence des décors du Boardwalk Empire de Scorsese, Soderbergh insuffle un dynamisme et une beauté formelle inédite sur le petit écran.

Lucy-Elkins

Une autre répartition des rôles
The Knick semble donner l’impression de découvrir ses seconds rôles en cours de saison. Au centre de la série, Clive Owen règne en maître incontesté. Il a cette importance qui sont celles des personnages de films – ou bien de minisérie –, parce que leur format ne permettent habituellement pas de s’alanguir sur les autres protagonistes. Malgré l’obséquiosité de façade et un caractère taciturne affirmé, Owen impose une présence stellaire à son docteur Thackery. L’acteur fascine par une prestation orale et physique très sensorielle qui rappelle combien il pratique assidument la scène (notamment à Broadway).
Toutefois, il est bien entouré, à commencer par deux actrices aussi sublimes que justes. Il y a Cornelia Robertson (Juliet Rylance) en héritière privée de liberté et Lucy Elkins (Eve Hewson) en infirmière dévouée. Toutes deux illuminent l’écran de leur présence bien qu’elles soient souvent reléguées à de simples saynètes. C’est justement le principal reproche que l’on puisse faire au travail des Amiel et Belger. La saison 1 échoue dans la répartition des temps de parole et reste trop centrée sur Thackery. Le reste de la distribution aiguise pourtant la curiosité du téléspectateur et mériterait un peu plus d’épaisseur dans le récit.
Mais il me faut évoquer, pour terminer, la vraie révélation de la série, l’acteur Andre Holland dans le rôle du Dr Algernon Edwards qui éclabousse de talent la série comme une artère tout juste perforée. Entre le flegme du praticien sûr de lui et la rage profonde qui l’anime et déborde parfois, Holland est fantastique en tout point des dix épisodes de la saison. Finalement Martinez ne serait pas le seul à pouvoir prétendre avoir été oublié aux Emmys.

Parce qu’elle est si puissante et singulière, on oublie rapidement que The Knick relate un autre siècle. Elle devrait néanmoins rester durablement dans nos mémoires !

Retrouvez ce billet dans la sélection hebdomadaire Séries Mania.

Visuels & Vidéo : The Knick / Cinemax / Anonymous Content
Music : The Knick Soundtrack par Cliff Martinez (2014 Milan Rec.)


* : Je parle plus longuement de Cliff Martinez et de son travail sur The Knick à l’occasion d’un article sur la bande originale sérielle paru dans le numéro 4 de MoreTV.

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