De la comète au pyromane, True Detective s02e07 (récap.)

(HBO) s02e07 “Black Maps and Motel Rooms”,
saison 2 en huit épisodes à voir chez nous chez OCS
ep15-ss01-1920

Avec cet avant dernier volet de True Detective en terre californienne, les positions de chaque protagoniste prennent un tournant dramatique. C’est l’occasion de vérifier toute l’aisance des interprètes et de confirmer la convergence implacable des différentes trames du récit.

Attention, ce qui suit est un commentaire complet dudit épisode ; vous êtes prévenus !

You’re too far out of my league anyway.
Antigone et Raymond sont des comètes qui se consument rapidement. Pourtant, leurs orbites se rejoignent enfin…
Dans une chambre de motel, Ani tente d’exorciser la soirée lugubre qu’elle avait infiltrée (en fin d’épisode précédent). Elle explique à un Ray médusé que tout le monde y était. Geldorf – le procureur général – et même Holloway (le chef de la police de Vinci). Elle confesse aussi à demi-mot comment elle a éteint une montagne de muscle avec un couteau de viande. Loin de la réjouir, son exploit la terrifie car elle prend conscience, dans un éclair de lucidité, qu’elle a toujours cherché à en découdre, qu’elle s’est longuement préparé pour ce jour où elle pourrait prendre l’expression d’une revanche sur la domination masculine.
L’excitation – quelques restes d’une prise d’extasy également – la pousse dans les bras de Velcoro mais ce dernier décline comme il peut. L’attraction est pourtant inéluctable.
Le lendemain, Ani ne fuit pas ses responsabilités. Bien que Vera (la disparue extraite de la soirée par Ani) se montre rapidement assez ingrate, Ani n’hésite pas à la menacer pour s’assurer qu’elle trouve un abri chez sa soeur. Quand à son père et sa propre soeur (qui lui avait trouvé le sésame pour la soirée), elle fait aussi en sorte qu’ils disparaissent quelques jours.

APBs
Après son exploit à l’arme blanche devant témoin, Ani est logiquement recherchée. Plus insidieusement, Ray se voit affublé du même statut après qu’il ait trouvé Davis (la procureur qui les avait missionné) abattue dans sa voiture. L’engrenage se resserre et Ray comprend immédiatement qu’on l’a piégé en utilisant une des armes qu’il avait chez lui pour faire taire définitivement la procureur gênante.
Ce destin qu’ils partagent désormais rapproche encore un peu plus Ani et Ray. Leur éteinte génère alors la combustion attendue.

That’s 45 years of my life. You see me managing an Applebee’s?
Frank se sent lui aussi d’humeur inflammable. Manipulé par les mexcains (lors de l’épisode précédent), Ray lui confirme ce qu’il supposait depuis longtemps. Blake le “louche” l’a doublé dans les grandes largeurs. Si bien que lorsque son bras droit se présente devant lui comme une fleur, Frank lui offre son meilleur whisky au sens propre comme au sens figuré. Le proxénète vide son sac et Frank comprend qu’Osip va l’évincer à tous les niveaux et l’affaire sera entérinée le lendemain avec un échanges de richesses au ranch de McCandless. Au passage il apprend également que le nom qu’il avait donné à Velcoro n’était effectivement pas le violeur mais un junkie qui menaçait Blake.
Alors Frank prépare sa revanche. Il place sa femme sous protection. Il se fournit en armes et véhicules véloces. Il se rend chez un diamantaire familier des montages financiers douteux. Et puis il se procure deux billets d’avion échangeables pour le Vénézuela.
Plus tard, Osip lui rend visite au casino. Frank fait profil bas, clamant qu’il ne se formalise pas d’avoir été écarté du projet de corridor ferré. Osip a d’ailleurs un faible pour Frank et le maintient à la tête du casino et du club. Il est donc très loin de se douter que Frank va vider les coffres et mettre le feu à ses deux gagne-pains. L’affrontement est iminent…

ep15-ss06-1920

Paul : “I’m just trying to be a good man.” – Em : “Well, you don’t try right.
Le combat, c’est aussi ce qui attend Paul. Les documents qu’il a subtilisé révèlent les noms des gros poissons incriminés : McCandless, Osip et Chessani Jr. Tout comme Ani, il prend les devants et place mère et fiancée en lieu sûr. Du trio de flics, il est le seul encore libre de ses mouvements mais il commence à recevoir des photos compromettantes.
Car Paul devient gênant lui aussi et va découvrir les liens qui unissent leurs ennemis dans cette affaire. L’enquête du vol dans la bijouterie en 1992 était confié à un quatuor bien connu, rien moins que Caspere, Holloway, Burris et Dixon. Pour autant, l’assassinat de Caspere par ses propres compères ne tient pas debout (Blake confirmera). Bezzerides et Velcoro font le lien décisif entre Erica et Laura, l’un des deux orphelins de la bijouterie qui fût secrétaire de Caspere et reconnue par Vera sur une photo des fameuses soirées.
Dans ses recherches, Paul a toutefois attiré l’attention. Il est approché par Miguel (son ancien coéquipier de Black Mountain reconvertie en Ares, une agence de “sécurité”). En sous-sol, il est accueilli par un Holloway bien informé qui l’accuse d’emblée d’avoir les documents subtilisés lors de la soirée. Paul réussit à s’enfuir en neutralisant ses assaillants mais c’est sans compter sur le lieutenant Burris qui l’abat froidement dans le dos. L’épisode se termine avec Emily qui ne sait pas encore qu’elle est veuve.

I think I even… went looking.
Paul n’aura pas le bénéfice d’un tir aux balles en caoutchouc. Cette issue dramatique se révèle sous nos yeux avec une certaine logique d’engrenage même si rien ne la laissait présager.
Ce “Black Maps and Motel Rooms” trouve aussi son intensité par le talent de ses acteurs. Colin Farrell avait déjà fait ses preuves. Rachel McAdams et Vince Vaughn se mettent ici au diapason. Le regard de McAdams est saisissant qu’il soit empli de terreur lorsqu’Ani se confie après la soirée ou bien qu’il soit menaçant lorsqu’il s’agit d’intimider Vera.
La performance de Vaughn éclate également avec force. Son personnage, un animal à sang froid, n’est pas simple à déchiffrer et constitue un pari risqué (le scénariste évite habituellement comme la peste les comportements sans reliefs). Alors que la fin approche et que Frank est poussé dans ses derniers retranchements, on assimile mieux le travail de l’acteur face à une personnalité tout en contrôle.

I need a few minutes alone, process the ins and outs of all this.
Du reste, ce personnage de Frank Semyon surprend dans cet épisode ! Sa culpabilité dans la manipulation de Velcoro s’imposait. Nous savons désormais avec certitude qu’il n’en était rien (Blake avait orchestré tout cela). Nous revient alors la rengaine de Frank affirmant avec insistance son “sens de la justice”. Cette profession de foi acquiert maintenant toute sa valeur et éclaire définitivement le parcours d’un homme habité par de vraies bonnes intentions tout en étant sur le mauvais chemin. Ce parcours dénote prodigieusement à une époque dominée par le fameux concept de l’antihéros. Plutôt qu’un personnage répréhensible qu’on nous propose d’aimer, voici un gangster qui survit dans un environnement qui n’est pas le sien, comme un poisson hors de l’eau. Sa perspicacité lui aura permis de s’élever dans la hiérarchie mais son honneur est un seuil infranchissable qui l’empêche de s’épanouir pleinement dans ce milieu.
En ayant bien compris que son futur professionnel ne lui offre désormais qu’une voie sans issue, Semyon semble embrasser une sortie pyromane et flamboyante. Ce sera l’un des enjeux du dernier épisode. Il conditionnera essentiellement la perception d’un personnage encore largement incompris.

ep15-ss07-1920

I need a few minutes alone, process the ins and outs of all this.
L’imminence de cette sortie de scène, justement, précipite les événements. Hormis peut être le rôle (périphérique ?) des mexicains de la Santa Muerte, la convergence de toutes les trames du récit est tout simplement fascinante ! A titre d’exemples, l’intégration des dramas familiaux (le père et la soeur d’Ani, la femme et le fils de Ray, la mère et la fiancée de Paul) dans le récit central témoignent d’une belle construction. Les univers si éloignés du quatuor de personnages principaux sont désormais interconectés et ses sous-ensembles qui apparaissaient bien distinct au début trouvent désormais une vocation entièrement justifiée.

Un dernier épisode nous attend. Il sera allongé à 90 minutes. ça promet !

Navigation :
s02e01 : The Western Book of the Dead
s02e02 : Night Finds You
s02e03 : Maybe Tomorrow
s02e04 : Down will Come
s02e05 : Other Lives
s02e06 : Church in Ruins

Quelques théories :

  • On en a peu parlé, mais Jordan – la femme de Frank – ferait une bonne complice ! Bustle développe cette idée (en provenance de Reddit bien sûr) et souligne une certaine chaleur qu’elle avait exprimé à l’endroit d’Osip.
  • Qui est donc cette Erica ? Ani et Ray croient l’avoir identifiée comme Laura, l’un des orphelin de l’attaque de la bijouterie en 1992. Vanity Fair (qui cite Uproxx) souligne que son frère pourrait être le photographe aperçu sur le tournage du film, lequel serait alors un bon suspect pour l’identité du fameux “Birdman”.
  • Plus fumeuse et non contradictoire avec celle ci-dessus, une théorie de Reddit pointe Elliot Bezzerides (le père d’Ani). Conscient qu’il est à l’origine de la rencontre des principaux conspirateurs (les Chessanis, Pitlor, Caspere) dans le cadre de son cercle pseudo-hippie par le passé, pourquoi ne pas imaginer qu’il cherche depuis à contrecarrer leurs méfaits en commanditant, voire en influençant (il n’est pas gourou pour rien) une ou plusieurs personnes comme les orphelins de la bijouterie dont on parlait à l’instant par exemple.

Quelques observations :

  • C’est Daniel Attias qui signe la mise en scène de cet épisode. Le réalisateur américain est un très grand habitué du petit écran, comme en témoigne sa page IMDb.
  • Les tunnels dans lesquels ont lieu la rencontre entre Paul, Holloway, Miguel et quelques sbires sont bien réels. Curbed LA retrace l’historique de ces passages situés sous le Civic Center.
  • J’en parlais en fin de mon récap’ précédent, les audiences de la série sont bien supérieures aux attentes de la chaîne. Toutefois, la critique US – très remontée contre cette deuxième saison faut-il le rappeler – ne s’en contente pas et va jusqu’à analyser des ressenti subjectifs. Ces graphiques en provenance de Variety devraient vous en convaincre… ou pas !
  • Dans un questions/réponses publié sur le site officiel de la chaîne, Nic Pizzolatto – qui s’est peu exprimé jusqu’ici – répond à quelques interrogations et précise notamment que son processus d’écriture fût bien différent pour cette saison 2.
  • J’avais déjà proposé ici un article de Vulture sur la question des plans aériens réccurents. Voici une autre réflexion un peu plus poussée sur l’imagerie de la série.

Visuels : True Detective / HBO / Anonymous Content / Lee Caplin / Picture Entr. / Passenger

Le nom d’un homme sur un morceau de papier, True Detective s02e06 (récap.)

(HBO) s02e06 “Church in Ruins”,
saison 2 en huit volets à voir chez nous sur OCS
ep14-ss01-1920

Ce second opus de True Detective est impénétrable. Hormis avec Paul peut être, le récit évite soigneusement les codes habituels de l’enquête policière (et surtout dans cette deuxième partie de saison). Alors qu’on croit saisir une bonne part du mystère, il s’évapore aussitôt dès que l’on prend un instant pour contempler sa paume ouverte. La fin, inéluctable, approche pourtant plus vite que le charger de Velcoro.

Attention ! tout est dit sur le contenu de cet épisode dans ce qui suit. Vous êtes prévenus.

I could have been different.
Rappelez vous, nous avions laissé Ray sur le pas de la porte de Semyon. Ray venait d’apprendre que l’homme – soi-disant responsable du viol de sa femme – qu’il avait refroidi, il y a de cela 11 ans, n’était pas le bon. Il se retourne donc logiquement contre celui qui l’avait désigné : Frank Semyon.
La rencontre est tendue. Le café refroidit sur la table mais les revolvers s’échauffent en dessous. Semyon est toutefois convaincant. Il pensait que l’info était solide, il n’a pas piégé Ray. Ray garde ici son sang froid mais c’est pour mieux le perdre avec Chad.
Au préalable, il avait occis du regard le coupable avéré du viol de sa femme – un colosse pourtant sinistre – à travers un parloir de prison. Toutefois, il est absolument impuissant lors de la visite de son “fils”, soigneusement scrutée par une observatrice mandatée par le juge et la relation père-fils, peu communicative en temps normal, atteint des sommets d’inconfort sous ce regard circonspect.
Ray retourne donc à ses vieux démons. Cocaïne, Tequila, shadow-boxing, bières, cigarettes… il fonce droit au clash et lorsqu’il appelle son ex-femme au milieu du champ de bataille qu’est devenu son appartement, rien ne laisse présager de son abandon. Gena lui promet, elle ne dira pas à Chad que Ray n’est pas son vrai père. En échange Ray renonce définitivement à les voir !

If that’s the kind of thing that keeps you out of heaven, I don’t want to go.
Alors que Velcoro interrompt leur conversation à flingue sous table, Frank lui confie qu’il est peut être le dernier ami qui lui reste. La confession déroute mais témoigne d’une vision qui passe par un “sens de la justice” et le désir non abandonné de parcourir le droit chemin.
Pour cela, Frank doit absolument retrouver le fameux disque dur de Caspere qui lui permettra de se retrouver à nouveau partie prenante dans le projet de voix ferrée. Velcoro est sur le coup mais Frank se mue également en détective. Alors qu’il va consoler la veuve et le fils de Stan – son ancien homme de main –, il n’oublie pas de se renseigner sur les agissements de son “louche” de bras droit (Blake).
Ses investigations l’envoient sur la piste d’Irina Rulfo. Bezzerides, sous l’impulsion de l’obscur et défunt Teague Dixon, avait ciblé le compagnon de Rulfo, souvenez-vous. L’assaut sur la planque du dénommé Amarillo avait tourné au fiasco.
Frank finit par avoir Rulfo au téléphone. Elle évoque un flic, sûrement haut placé, qui lui aurait transmis les effets personnels de Caspere. Frank n’en saura pas plus car elle est tuée sans ménagement par les membres du gang de la Santa Muerte qui lui avaient permis de retrouver sa trace. Il s’agit de ceux là même qui fricotaient avec Santos, l’ex-tenancier du Lux, le club récemment repris en main par Frank. Comment va-t-il cohabiter avec ces nouveaux amis mexicains peu bavards auxquels il a (trop vite) promis un ticket d’entrée dans ces clubs ?

You sure you want to work this party?
Aux origines de l’implication de Rulfo, il y a les quatre pierres précieuses que possédait Caspere, des diamants bleus qui passent difficilement inaperçus. Paul est justement chargé de retracer leurs parcours. Il retrouve un ancien flic (passablement usé) qui lui raconte comment ils ont été volé dans une bijouterie durant les émeutes de LA en 1992. Le coup, effectué par des professionnels, avait occasionné la mort du couple de propriétaires laissant deux orphelins à la merci des services d’adoption.
Paul avance doucement sur ce volet de l’enquête mais il va avoir l’occasion de se dégourdir et de passer à l’action.

ep14-ss04-1920

« Well, I don’t really get art! »
Antigone s’aperçoit rapidement qu’elle n’a pas les coudées franches dans son enquête. La procureur n’est pas ravie de la retrouver en forêt de Guerneville, bien loin de Vinci. Mais Ani est persuadée que les pontes de la bourgade corrompue trempent dans des soirées très privées. Sa soeur lui obtient justement un ticket pour l’une d’entre elles. Relookée comme si “elle valait 2 000 $ la nuit”, elle monte dans un bus suivi de près par ses deux acolytes, Woodrugh et Velcoro.
La suite est une plongée en apnée dans un univers sombre et détestable. Au sein d’un groupe de prostituées triées sur le volet, Ani est offerte à un groupe d’hommes que l’on devine importants mais dont les regards traduisent de bien bas instincts. Sous l’influence d’une prise de molly (c.a.d. de l’extasy/MDMA) en spray, Ani échappe difficilement à l’un de ces riches lubriques – ainsi qu’à une vision de son enfance sûrement longtemps refoulé d’un homme aux intentions détestables – avant de retrouver Vera, la disparue qui l’avait remise sur la piste Caspere. Elle parvient ensuite à fuir avec elle au milieu d’une improbable bacchanale tout en exhibant enfin ses talents couteau en main.
Vera devrait donner de précieuses informations sur les diamants et Caspere. Les documents subtilisés par Woodrugh, quant à eux, seront sûrement irrecevables mais tout autant révélateurs.

« There’s a before. And there’s an after. »
Ce “Church in Ruins” souligne significativement l’un des thèmes récurrents de la saison, l’absence du parent. Les quatre personnages principaux ont été affectés par des carences familiales à des degrés divers (notamment Frank, Paul et Ani). Cet épisode enfonce le clou avec deux fragments du récit aussi distincts que symptomatiques. On y découvre le fils de Stan, désormais privé de son père ainsi que cette histoire des deux orphelins, fille et fils des bijoutiers abattus lors du vol des diamants bleus en 1992.
Quelle est l’intention derrière ce motif répété ? Je suis convaincu qu’il faut le rapprocher du contexte. Cette aberration qu’est Vinci/Vernon n’est-elle pas une petite fille de sa grande voisine, la mégalopole des anges ? N’est-elle pas une orpheline délaissée qui a grandit sans contraintes ni repères ? Semyon ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque l’or pur que constitue le fils de Stan.
Dénoncer la corruption est une chose. Amorcer une réflexion sur les causes de ce mal renforce incontestablement le propos. Au delà du jeu des comparaisons défavorables entre cette saison et la précédente, j’ai beaucoup de mal à comprendre l’absence d’une prise de conscience claire sur cette réalité géopolitique consternante par la critique américaine.

I thought I killed you
Et puis, il nous faut revenir sur cette scène au parloir. Au préalable, Velcoro a failli refaire le peignoir de Semyon dans sa cuisine. Il sait désormais qu’il n’a pas tué le violeur de sa femme, 11 ans plus tôt. Assis à l’emplacement n°5, Ray voit arriver le coupable en tenue orange et décroche le téléphone. Les mots qu’il prononce jettent le trouble : “Je croyais t’avoir tué”.
Cette phrase, c’est la signature du style True Detective ! L’espace d’un instant, on imagine qu’il pensait l’avoir tué, qu’il a survécu et que finalement, c’était le bon violeur que Semyon avait accusé. Cette possibilité est hautement capillotractée mais elles est soigneusement entretenue et rien ne dit qu’elle sera démentie formellement d’ici la fin de saison.
Ils sont bien peu à opter pour ce genre de choix énigmatique. On lui préfère toujours une résolution claire et nette qui marque le point final d’un rebondissement. Pourtant, rien n’est jamais blanc ou noir et avec True Detective, Nic Pizzolatto suit religieusement ce principe fondamental du polar.

Avec tout ça, il ne nous reste plus que deux épisodes pour apprécier la singularité de la série.

Navigation :
s02e01 : The Western Book of the Dead
s02e02 : Night Finds You
s02e03 : Maybe Tomorrow
s02e04 : Down will Come
s02e05 : Other Lives
s02e07 : Black Maps and Motel Rooms

Quelques théories :

  • Comment ne pas penser à Thena, la soeur d’Ani alors que cette dernière vient d’atomiser la soirée privée. Comment imaginer que Blake, Chessani Jr et compagnie en reste là… Parviendront-ils à remonter jusqu’à la soeur d’Ani ? Son profil de jeune femme tout juste acceptée dans son cursus d’art ne constitue-t-il pas une victime dramatique de choix ?
  • L’identité des orphelins de la bijouterie alimente les spéculations. Pour ma part, je soupçonne les enfants Chessani mais Reddit fait le tour des possibilités. Et justement, la fille Chessani (Betty de son prénom) attire particulièrement l’attention, notamment parce qu’elle semblait étudier des cartes lorsqu’Ani l’avait surprise chez elle !
  • Enfin, la vision d’Ani, cet homme assez flippant revenu du passé témoigne sûrement d’une enfance compliquée ; on se rappelle notamment de l’évolution compliquée de ses camarades d’enfance (cf sa discussion avec Pitlor). Cette résurgence d’un traumatisme (un viol ?) encore non évoqué explique toutefois l’attitude de l’inspectrice aux couteaux et ce, sans grandes connaissance psychanalytiques.
    Mais qui est donc cet olibrius barbu ?! Reddit s’enflamme entre Raspoutine et Charles Manson. A ce stade, je penche tout simplement pour un personnage qui n’a pour seul but que d’expliquer le profil psychologique d’Ani.

Quelques observations :

  • Miguel Sapochnik prend les commande de la mise en scène cette semaine. Le réalisateur anglais sera sans doute moins sollicité ces jours-ci qu’il ne l’avait été après la diffusion du désormais fameux épisode intitulé “Hardhome” du Game of Thrones qu’il avait déjà réalisé pour HBO.
  • La scène très attendue d’orgie a donc eu lieu. Sa sobriété a surpris (en bien pour ma part) et le Daily Beast est aller recueillir le témoignage absolument indispensable des actrices porno concernées.
  • Si vous parcourez un peu la critique US, il ne vous aura pas échappé que cette saison est enfoncée de toute part (ce qui est assez rare à ce niveau de durée et d’intensité). Pour rebondir sur ces réactions (voir celle de Tim Godman parmi les dernières en date), Guillaume Nicolas propose une analyse assez juste et une distance bienvenue via le Daily Mars.
  • Dans une critique plus juste, Fabien Lacouture souligne l’importance de Colin Farrell pour cette saison dans un genre bien différent de Matthew McConaughey.
  • Michael Lombardo, président en charge de la programmation sur HBO, s’est exprimé cette semaine sur l’accueil de la série. Il affirme notamment que les deux saisons réalisent des audiences (12 millions par ép.) supérieures à leurs attentes et que la porte est ouverte pour une saison 3.

Visuels : True Detective / HBO / Anonymous Content / Lee Caplin / Picture Entr. / Passenger
Musique :
New York Dolls “Human Being” (1974 Mercury)
Black Angels “Black Grease” (2005 Light in the attic)

Quatre diamants bleus, True Detective s02e05 (récap.)

(HBO) s02e05 “Other Lives”,
saison 2 en huit épisodes à voir chez nous sur OCS
ep13-ss02-1920

L’épisode précédent se terminant par un clash haletant, une rupture était attendue pour ce cinquième volet en terre californienne. Elle est effectivement à pied d’oeuvre dès les premiers instants avant d’être inexorablement absorbée dans la continuité d’un récit à la fois nébuleux et excitant. Cette ambivalence affaiblit indiscutablement True Detective même si son mystère poursuit son effeuillage intelligent.

Attention ! vous vous apprêtez à lire un commentaire complet dudit épisode. Passez votre chemin si vous ne l’avez pas encore vu.

“It’s been 66 days”
Si “Other Lives” s’ouvre sur le lieu de la fusillade encore parsemée de ses victimes, la première vraie séquence de cet épisode concerne un Frank absorbé par l’information en continu. L’occasion de nous projeter deux mois dans le futur, 66 jours après le meurtre Caspere.
De l’eau polluée a coulé sous les ponts de Vinci depuis. A commencer par Frank qui n’est plus dans sa demeure d’architecte et habite désormais un pavillon plus modeste envahi par les cartons. Ray a quitté la police pour accepter l’offre de Frank et devenir son “consultant” rasé de frais. le “héros” Paul est désormais inspecteur cravaté aux fraudes fiscales et Ani, quant à elle, est placardée à l’inventaire de son commissariat.

“It’s the girth”
Antigone, justement, s’adapte assez bien à son nouvel environnement de travail. Elle supporte nettement moins le groupe de soutien pour harcèlement sexuel auquel elle est tenue d’assister. Mais Ani est une battante et pas question qu’elle s’apitoie. Au contraire, elle reprend une affaire de disparition qu’elle avait entamé et n’hésite pas à ravaler sa fierté pour demander de l’aide à sa soeur. L’adversité va nous l’aiguiser comme une lame. Ani sent bien qu’elle a une revanche à prendre sur les cadors de Vinci.

« I was born drafted on the wrong side of a class war »
Celui qui entrevoit sa revanche, c’est Frank ! Il est redevenu ce qu’il déteste le plus : ce “gangster” dont il méprise le titre. Mais son statut retrouvé lui offre une nouvelle possibilité de réintégrer le chantier si précieux d’une voie de chemin de fer. Après tout, c’est lui qui a permis l’achat des terrains nécessaire en les souillant avec des déchets contaminés et il se charge de le rappeler au principal bénéficiaire du projet, un certain Jacob McCandless (Jon Lindstrom), PDG de Catalast. Ce dernier a justement besoin d’un homme de confiance qui a le bras long. Il souhaite que Frank récupère des films compromettants signés Caspere moyennant l’assurance de devenir heureux propriétaires de terrains situés sur le parcours du futur train.
Et puis, comme il ne laisse rien au hasard (faut-il rappeler qu’il gère un Casino), Frank missionne Velcoro afin qu’il surveille son bras droit de longue date (Blake), lequel s’avère vraiment “louche” ! Et puis, paradoxalement, ce retour aux basse oeuvres le rapproche de sa femme. Jordan ne supporte pas la drogue et les filles de leur club. Elle le fait savoir et provoque une dispute salvatrice. Frank s’adoucit et semble ainsi disposé à adopter un enfant.

“I need to be in the field”
Paul aussi se prépare à être père pour le plus grand bonheur de sa future femme et decsa future belle-maman. Si Paul soigne ses démons intérieurs en alcoolisant son thé glacé, il a d’autres chats à fouetter. La starlette cockée qu’il avait interpellé a maintenu sa plainte et reste bien plus calme que Paul lors de la confrontation. Et surtout, il constate que sa mère a mis la main sur ses économies afghanes, de quoi démontrer – si c’était encore nécessaire – que mère et fils ne sont plus sur la même longueur d’onde.

“Never too late to start all over again”
Heureusement pour l’inspecteur Woodrugh, l’enquête Caspere repart. Le procureur général (Geldorf) n’a pas brillé par son zèle. Dès l’épilogue de la fusillade de Vinci, il s’est empressé de clôturer l’affaire et d’en profiter pour se présenter en tant que candidat au poste de sénateur. Celle qui pilotait l’enquête avec lui, le procureur de l’état, n’a que moyennement goûté les choix de Geldorf. Elle décide donc de relancer l’enquête en toute discrétion car elle se doute bien qu’une poignée de mexicains n’est pas responsable de cette affaire et qu’il y a du gros poisson à pêcher !
Bezzerides a justement des pistes. A commencer par Vera, sa disparue, qui semble avoir participé aux soirées huppées de Caspere au nord de l’état. Woodrugh de son côté, constate que l’étrange Dixon était déjà sur la piste des diamants bleus de Caspere. Tous deux, ils découvre ensuite une étrange bâtisse grâce au GPS de la victime et, un peu plus loin, une cabane qui a sûrement servie pour le torturer.
Quand à Velcoro, il relie facilement Blake au fils Chessani, à Osip (l’homme d’affaire qui avait des projets avec Semyon avant de se rétracter) et au sulfureux docteur Pitlor. Velcoro lui refait le portrait, belle ironie pour quelqu’un qui tient justement une clinique en chirurgie esthétique !

“I try to limit the people I can disappoint”
C’est que Ray est animé d’une rage nouvelle. Il avait pourtant infléchit son régime néfaste après sa rencontre avec l’homme oiseau. De telle sorte que lorqu’il est question d’un test de toxicologie devant le juge qui doit se prononcer sur la garde de son fils, il est pleinement confiant. Par contre le test de paternité, c’est une autre histoire et son ex-femme est déterminée à l’imposer. Alors qu’elle avait fait preuve de magnanimité sur cette question, les choses en changé. C’est le procureur qui en fait la révélation à un Ray éffondré : le coupable du viol de sa femme a été appréhendé. Pis, il pensait avoir refroidi le coupable, lequel avait été pointé du doigt par Semyon. Ce viol a bouleversé la vie de Raymond. Sa femme ne lui pardonnant pas son acte de revanche. Alors si en plus il fût arbitraire…. Ray va avoir une discussion houleuse avec Semyon !

ep13-ss05-1920

« Pain is inexhaustible »
Le saut temporel, loin d’affaiblir la résolution du mystère, a précipité l’irruption de nouveaux indices. La famille patriarcale “inventive” des Chessanis est à l’origine d’un écosystème corrompu qui déteint sur tout l’état de la Californie. Leurs méfaits sont pourtant mis à mal par un tueur volatile aux motivations qui restent à déterminer.
Face à cette équation à résoudre, cet épisode souligne la fébrilité du trio sur le pied de guerre. Bezzerides, Velcoro et Woodrugh (dans une moindre mesure) sont saisis de tremblements nerveux manifestes. Plus généralement, une bonne partie des personnages est victime des ces accès sismiques (citons le Maire de Vinci par exemple). On touche là à la faiblesse maladive des protagonistes d’une série qui n’aura décidément rien fait pour accéder à la popularité instantannée.

« Crime exists contingent on human désire »
True Detective tutoie ainsi le point culminant de la théorie de l’anti-héros. Le personnage de Frank en est un exemple édifiant. Issu d’un milieu modeste et d’une éducation pitoyable, il s’est construit tout seul et alterne bonnes et mauvaises actions sans sourciller. Au travers de son parcours, c’est l’idéal du malfrat intelligent qui est réhabilité. A contre courant, il vient d’une posture mafieuse pour accéder à la légitimité. Il ne croit pas aux vertus du travail traditionnel qui voudrait que planter est source de richesse. Du reste, il ne semble pas obsédé par la fortune mais bien plus par la transmission d’un héritage qu’il doit préparer au préalable.

Semyon va-t-il parvenir à revenir maître du jeu ?! Est-ce que Velcoro va devenir son nouvel ennemi et/ou sombrer avec ses démons ?! Le mystère est toujours là, intense et insaisissable. A une époque ou le polar est une langue maternelle, l’imprévisibilité de True Detective est un diamant bleu !

Navigation :
s02e01 : The Western Book of the Dead
s02e02 : Night Finds You
s02e03 : Maybe Tomorrow
s02e04 : Down will Come
s02e06 : Church in Ruins
s02e07 : Black Maps and Motel Rooms

Quelques théories :

  • C’est l’un des serpents de mer de cette saison. Il y aurait une scène qualifiée d’orgie pour laquelle des actrices porno auraient même été engagé. Au delà des spéculations, Vanity Fair fait le point sur cette possibilité alors que Bezzerides cherche à s’introduire dans les fameuses soirées du fils Chessani. Remarquez également dans ce papier que le lustre en bois assez massif qu’on distingue dans la maison abandonnée de Guerneville n’est pas un hasard !
  • En s’appuyant sur une théorie issue de Reddit, Uproxx fait le point sur le cas du lieutenant Kevin Burris, lequel apparaît dans tous les épisodes et semblent plutôt bien informé des agissements de Dixon.
  • Frank ne trouvera pas le repos tant qu’ill n’aura pas mis la main sur ses 5 millions qui étaient détenus par Caspere. Une petite association d’idées en provenance de Reddit imagine que Caspere les a convertit en diamants. Reste à en deviner les motivations mais ce lien est séduisant, non ?!
  • L’une des théories qui revient le plus s’intéresse au possible conflit générationnel dans la sphère Vinci. Pitlor mentionne l’intérêt politique du fils Chessani. Reddit suppose alors qu’un coup d’état est à l’oeuvre pour remplacer la vielle garde que serait les Chessani père, McCandless et Caspere.

Observations diverses :

  • Après l’américano-taïwanais Justin Lin (deux épisodes), le danois Janus Metz Pedersen et le canadien Jeremy Podeswa, c’est l’irlandais John W. Crowley qui signe la mise en scène de cet épisode. Contrairement à l’expérimenté Podeswa, Crowley – à ne pas confondre avec l’écrivain homonyme – est un authentique novice sur le petit écran. Après une longue carrière à la mise en scène de pièces de théâtre, il est désormais un cinéaste indépendant reconnu (Boy A) dont le premier film, Intermission, était notamment soutenu par un certain Colin Farrell !
  • Vous vous souvenez peut être de la performance remarquée d’Alexandra Daddario l’année dernière. Cette saison, la caution séduction est en partie représentée par Adria Arjona. L’actrice originaire de Puerto Rico et qui a grandit par la suite à Mexico se livre dans Esquire.
  • Woodrugh retourne faire le tour des prêteurs sur gage et LA Magazine se rappelle d’une sombre histoire de vol à grande échelle concernant quelques uns de ces commerces angelinos. Et pour aller plus loin dans la géo-localisation, Curbed LA liste tous les lieux de la série.
  • Velcoro a donc rasé sa moustache. Le Huffpost UK ne s’en remet pas !
  • Je vous recommande ce beau portrait (via Flavorwire) d’Abigail Spencer qui interprète Gena, l’ex-femme de Velcoro mais aussi Amantha, dans la très belle Rectify (SundanceTV) qui vient de reprendre.
  • Le Telegraph s’intéresse aux références de cette saison avec le travail de James Ellroy (auteur de polar noir souvent situés à LA).
  • Time s’offre un entretien avec Rachel McAdams dans lequel l’actrice confie que Pizzolatto lui a donné de la lecture sur les Samouraï (ces livre qu’on aperçoit dans le premier épisode) !
  • Molly Lambert (Grantland) retourne à Vernon (ici décalquée en Vinci, faut-il le rappeler) pour un reportage très intéressant.

Visuels : True Detective / HBO / Anonymous Content / Lee Caplin / Picture Entr. / Passenger

Une aura verte et noire, True Detective s02e04 (récap.)

(HBO) s02e04 “Down Will Come”,
saison 2 en huit épisodes à voir chez nous sur OCS –
ep12-ss05-1920

Ce quatrième volet nous propulse à mi-saison de cet opus sud-californien de True Detective. Il opère un retour très terre à terre sur son quatuor de personnages principaux avant de nous proposer une séquence finale intense qui rappelle instantanément l’un des points culminants de la saison passée.
Si elle tue désormais à balles réelles, True Detective s’obstine à décrire l’impuissance au sens large. Audace ou impasse ? La suite nous le dira.

Attention ! Vous êtes en passe de lire un commentaire complet dudit épisode. Il vaut mieux l’avoir vu au préalable.

“Someone hit the fucking warp drive and I’m trying to navigate trough the blur.”
En bon tenancier de Casino, Frank est parfaitement conscient que la roue a tourné en sa défaveur. En plus de la déconvenue née de la disparition de Caspere, il n’arrive pas à remplir un gobelet synonyme d’insémination pour sa femme et comme pour bien lui rappeler cet échec, son jardinier lui apprend que ses avocatiers ne se plaisent pas en contrebas de sa maison.
Mais il ne lâche rien ! Pas question de recourir à l’adoption pour son enfant et pas question de laisser échapper son projet de construction d’une voix de chemin de fer, même si c’est au prix de redevenir ce mafieux qu’il avait pourtant laissé derrière lui. Après avoir repris son ancien club en main, il se charge lui même d’aller négocier un nouvel approvisionnement en drogues dures avant d’aller ponctionner un marchand de sommeil.
Malgré l’adversité, Frank a ça dans le sang. Il repère très vite l’esbroufe d’un producteur présenté par sa femme et soupçonne rapidement l’arrivisme de son associé de longue date. Frank ne se laissera pas faire sans combattre.

“I just don’t know how to be… out in the world, man”
Si Semyon ne parvient pas à devenir père, Paul est en passe de l’être sans l’avoir souhaité. Il débute pourtant la journée dans le lit d’un autre homme, celui de son ex-camarade mercenaire qui l’a ramassé au Lux. Si on n’avait encore des doutes, cette scène se charge de les disperser. Paul est un homo refoulé à deux doigts de craquer lorsque Velcoro vient à sa rescousse. Il lui confie ses ennuis avec la presse mais se garde bien d’évoquer son conflit plus profond.
Un peu plus tard, il va même plus loin dans le déni en se réjouissant de la perspective d’être papa. Il surenchérit en évoquant le mariage devant une Emily, elle aussi, médusée. Cette fuite en avant n’augure vraiment rien de bon pour Paul.

“I don’t think I can handle another one”
Woodrugh devrait prendre exemple sur un Ray qui a enfin pu prendre un peu de recul. A un tout autre stade de paternité, il renonce notamment à son fils et vient lui transmettre un souvenir de famille. Mais avant cela, il est prévenant avec Bezzerides en l’avertissant que Chessani (le maire de Vinci) en veut à son badge.
Et puis, surtout, il semble enfin libéré de ses démons et de l’alcool. Impressionné par ce nouveau Ray, Semyon tente même de l’enrôler. Mais Ray est apaisé et ne souhaite plus jouer les gros bras. Ce retour de lucidité tombe à pic car les balles vont à nouveau siffler à ses oreilles.

“I don’t have anything to apologize for”
Antigone poursuit son enquête même si sa hiérarchie lui annonce qu’elle est suspendue. Elle se trouve ainsi dans une situation similaire à Woodrugh. Sous le coup d’une plainte d’un collègue – le fameux Steven avec lequel elle avait tenté de batifoler –, elle conserve néanmoins ses prérogatives dans l’affaire Caspere.
C’est l’occasion pour elle de renouer avec sa famille. Sa soeur, Thena, lui apprend que des soirées regroupant des prostitués d’élite ont lieu dans le nord de l’état. Son père, quand à lui, lui révèle que Pitlor, Chessani et le défunt Caspere se connaissent de longue date, notamment dans le cadre d’une mystérieuse “Loge”.
Mais tout s’accélère lorsque Woodrugh et Dixon retrouve la trace d’effets personnels ayant appartenu à Caspere. Un premier suspect est ciblé. Ani sonne donc la charge. Son dispositif semble disproportionné et pourtant c’est un carnage qui les attend.

ep12-ss04-1920

“Sometimes, your worst self is your best self”
Ce final laisse haletant. il fait d’autant plus impression qu’il contraste fortement avec un épisode – voire même un début de saison – relativement calme. Il évoque fatalement, ne serait-ce que par symétrie, la séquence magistrale de la saison passée (un plan séquence que vous avez forcément encore en mémoire).
Pourtant elles sont parfaitement dissemblables. Outre leur stricte réalisation technique, l’extraction improbable mais réussie signée Rust Cohle est ici remplacée par un engagement qui vire au fiasco sanglant. Alors oui, nos trois héros s’en tirent et neutralisent leurs cibles. Mais les victimes dans leurs rangs sont nombreuses, leurs positions sur les coups de boutoir d’un sniper improvisé n’ont rien de glorieuses et puis, il suffit de voir leurs visages après l’assaut pour comprendre qu’ils en ressortent durablement marqués.
Maintenant, du point de vue du téléspectateur, la scène signale définitivement l’épilogue de la phase de mise en place (du moins, on l’espère). Les évènements devraient naturellement pouvoir se précipiter désormais.

Réglages de comptes
Plus cette saison 2 se déploie et plus le sentiment de distinguer des faisceaux rétroactifs s’amplifie. Le personnage d’Antigone est manifestement une réponse aux critiques quand à la représentation féminine au sein de la première saison. Pizzolatto s’est avec elle fendu d’un personnage féminin dominant qui a de nombreux attributs de caractères pseudo-masculins tout en ayant – à priori – une sexualité confuse. Un reproche qui revenait souvent s’agissant du duo masculin la saison passée…
Mais ce n’est pas tout, outre le piètre réalisateur de film au physique légèrement asiatique qui nous rappelle quelqu’un (voir en fin de mon précédent récap’), pourquoi ne pas arrondir les angles avec la presse pendant qu’on y est :

“They lie without blinking. You know one of those dog fuckers said to me once? I’d rather be wrong and first than right and second. That tells you all you need to know.” (Velcoro)

Nous sommes donc bien loin du conformisme usuel sur le petit écran américain. La multiplication des références littéraires lors de la saison 1 avait surpris. Souvenez-vous, certains avait même parlé de plagiat s’agissant d’écrits de Thomas Ligotti. En réalité, chaque assertion était réécrite et il n’aura jamais été envisagé par les donneurs de leçon que Pizzolatto remixait librement comme tout écrivain ouvert à d’autres modes de pensées. Cette affaire stigmatise remarquablement les carcans d’une profession qui ne s’autorise que bien trop rarement le politiquement incorrect. Du reste, la saillie reproduite ci-dessus (dirigée contre la presse donc) constitue, dans le contexte True Detective, une première (pour son caractère violent, gratuit et surtout, non nuancé) !

Toutefois, cet épisode délaisse pour la première fois le mystère et cette saveur fantastique née d’un étrange tueur masqué. La direction à tonalité policière classique prise par cet épisode laisse entrevoir une perte de l’ADN True Detective et cela d’autant plus que cette saison est d’une linéarité totale. Espérons que l’imagination de son auteur revienne dès le prochain épisode.

Navigation
s02e01 : The Western Book of the Dead
s02e02 : Night Finds You
s02e03 : Maybe Tomorrow
s02e05 : Other Lives
s02e06 : Church in Ruins
s02e07 : Black Maps and Motel Rooms

Quelques théories

  • Le Huffington Post constate qu’une référence au Yellow King s’est glissé dans cet épisode ! Doit-on en conclure que le gang Amarilla est une fausse piste ?
  • Le cas Teague Dixon est une énigme ! Après avoir manifesté une flemme phénoménale, c’est presque lui seul qui déclenche la piste Amarilla. On s’interroge alors sur son cas (Reddit) et notamment sur son étrange attention pour Paul.
  • En fin d’une review très complète, Dave Tach accuse Chessani comme responsable du meurtre Caspere. Il n’est pas très difficile de corroborer cette théorie et, je dois vous avouer très honnêtement que cette éventualité me plait ! Elle enfoncerait le clou sur le thème – à mon humble avis – prépondérant (et trop peu débattu jusqu’ici) de la dénonciation d’un système tristement réel à Vinci/Vernon.

Observations diverses

  • Scott Lasser est crédité au côté de Nic Pizzolatto à l’écriture de cet épisode. Lasser est lui aussi un écrivain et une ancienne connaissance du créateur de la série.
  • Quand à la mise en scène, elle est signée Jeremy Podeswa. Ce cinéaste canadien est désormais un habitué de la série cablée.
  • Du côté de chez Variety, Rachel McAdams nous explique que la séquence finale fut particulièrement éprouvante pour ses tripes !
  • Vulture nous propose une réflexion sur l’utilisation des plans aériens dans la série.
  • Pour The Daily Beast, cette saison 2 de True Detective fait mouche pour précision dans la description d’un système corrompu à tous les étages.

Visuels : True Detective / HBO / Anonymous Content / Lee Caplin / Picture Entr. / Passenger

Entre résurrection et apoplexie, True Detective s02e03 (récap.)

(HBO) s02e03 “Maybe tomorrow”,
saison 2 en huit épisodes à voir chez nous sur OCS
ep11-ss08-1920

C’est Ray Velcoro qui l’avoue. Il se sent franchement apoplectique ! On le serait à moins vu ses déboires récents. En revanche, True Detective retrouve quand à elle toute sa maestria grâce à une ouverture surréelle et cette répartie piquée d’humour qui faisait défaut jusqu’ici.

Attention, ce qui suit est un commentaire complet dudit épisode, il est nécessaire d’avoir vu l’épisode avant de le lire ; vous êtes prévenus !

Conway Twitty entre en scène :

“You were here first”
Au premier regard, on pense à Elvis. Il s’agit en fait d’une imitation – autant pour le déguisement que pour la voix, le doublage étant apparent – du crooner Conway Twitty interprétée par l’artiste Jake La Botz. “The Rose” est un titre qui évoque l’amour. Le contraste est donc saisissant avec la conversation entre Ray et son père. Après avoir évoquer la filiation de ses main ensanglantées, ce dernier pointe toute la faiblesse de son fils, son manque de cran. Selon lui, il va même tout droit à sa perte !
Ray contemple alors la plaie qui barre sa poitrine et de ce bar – où il retrouve habituellement Frank – il se retrouve étendu sur le sol de l’appartement officieux de Caspere à Hollywood. Son agresseur lui a tiré dessus avec de la chevrotine en plastique ! La surprise encaissée, il faut saisir ici la double ironie de cette situation. Ray a été abattu par une arme de chasse manipulée par une personne coiffée d’une tête de volatile et puis ces munitions sont le plus souvent utilisées par… les forces de l’ordre.

“I’m whittling them down”
Lorsqu’Ani retrouve Velcoro ficelé avec des bandelettes, elle n’hésite pas à lui passer un bon savon. Comment se fait-il qu’il se pointe comme une fleur sur le lieu du crime de Caspere sans l’en informer ? Mais il en faudrait plus pour la détourner de son but. Ce n’est pas Steve, ce coup d’un soir, qui va l’empêcher de boucler cette affaire ! Ce n’est pas non plus une assistante du procureur agressive qui va enrayer son enquête.
Sa scène – du crime – débusquée, les indices s’amoncellent et, Velcoro sur la touche, elle se sert du physique de Paul pour explorer l’immense baraque du maire de Vinci avant de l’envoyer sur le trottoir pour interroger les péripatéticiennes.
Plus tard, elle semble pourtant en mesure de fendre l’armure lorsqu’elle découvre la situation familiale pitoyable de Velcoro. Si, en plus de cela, il faisait preuve d’un acte de bravoure…

“Is that a fucking e-cigarette ?”
Paul, qu’on a vu fumer la semaine dernière chez sa mère, n’est apparemment pas du genre à vapoter et le fait savoir à Bezzerides. D’ailleurs, c’est plutôt le style macho à aller voir des courses d’enduro avec un ancien collègue. Oui, enfin, c’est ce qu’il essaie de nous faire croire car au delà de cette posture, son moi profond est tout autre. Au delà du déni de son engagement avec les mercenaires de Black Mountain, sa relation avec son ancien camarade de combat est sans doute allée plus loin que l’amitié. Paul coupe d’ailleurs brutalement la conversation quand les choses deviennent trop tactiles à son goût.
Lorsqu’il reprend les recherches sur l’affaire Caspere, ce même malaise refait surface alors qu’il fréquente un club en compagnie d’un indic visiblement très intéressé par notre Paul.
D’ailleurs, dans ce même club, il croise brutalement le regard d’un type passablement sur les nerfs…

ep11-ss06-1920

“I take a shit, there’s a gun to my head saying : make it a good one, don’t fuck up”
Avant de croiser Woodrugh au Lux infinitum, Frank poursuit sa course effrénée vers la crise de nerfs. Contrarié par les suites de la disparition de Caspere, il est incapable de se concentrer alors que sa femme se plie en quatre pour l’aider à produire sa semence. Pourtant, cette nervosité apparente n’a pas que des défauts. Quand il doit intimider une ancienne connaissance afin qu’il lui reverse des commissions via un chantier en cours, Frank semble alors aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau.
Mais les mauvaises nouvelles continuent de s’empiler. Osip – ce partenaire russe mystérieux – se retire à Las Vegas et ce n’est forcément pas bon signe. Et puis, Stan, l’un des hommes de mains de Frank, est retrouvé mort. La coupe est donc pleine et il est plus que temps pour lui de reprendre possession de sa crédibilité mafieuse et ce, à pleine dent !

“I want to stay angry”
Si Semyon s’improvise dentiste, Ray n’a pas besoin d’être médecin pour savoir qu’il a déjà brûlé la chandelle par les deux bouts. La réalité de sa santé vacillante l’interpelle néanmoins avec force lorsque le docteur lui demande tout simplement s’il souhaite vivre. La funeste prédiction assénée par son père en ouverture – lorsqu’il était dans les limbes – lui revient comme un boomerang. Le Raymond nouveau doit ouvrir les yeux et prendre son envol. Un Ray qui n’a plus peur de s’opposer à Frank. Un Ray qui ne boit plus d’alcool. Un Ray qui prend soin de son père. Un Ray qui ne se laisse pas acheter par sa femme et qui ne renonce pas à son fils. Un Ray qui tente même de se soustraire à l’enquête Caspere pour échapper à une hiérarchie décidément peu scrupuleuse. Bref, un Raymond Velcoro exemplaire et dévoué qui sauve in extremis sa coéquipière du danger !

L’épisode se termine alors que Frank rentre chez lui. Il semble avoir enfin trouvé l’apaisement. Mais à quel prix ? Au prix d’avoir définitivement renoncé à emprunter la voix de la légitimité. Est-il alors redevenu un loup solitaire qui n’a plus besoin de la compagnie de sa femme ? Réponse : “Maybe tomorrow.”
La Musique envoutante de Bonnie “Prince” Billy (“Intentional Injury”) accompagne le générique de fin :

Avec ce troisième volet, True Detective prend enfin un peu de distance ! L’ouverture et la double apparition du crooner accompagné de la figure paternelle permettent de créer un décalage bienvenu au sein d’un récit très brut de décoffrage jusqu’ici.
Cette séquence chimérique évoque furieusement Twin Peaks et rejoint ainsi, plus généralement, l’inspiration très « Lynchienne » de ce début de saison. Citons notamment le défilé nocturne d’une route qui constitue la première image du générique et qui évoque Lost Highway ou plus simplement le lieu Californien dans son ensemble qui rappelle quand à lui Mulholland Drive.

L’humour épicé de Nic Pizzolatto fait également un retour apprécié. C’était notamment l’une des marque de fabrique de Marty Hart (Woody Harrelson) lors de la saison 1. Cette fois ci, c’est Velcoro qui semble endosser le rôle du pince-sans-rire :

“So I’ll go ahead and take the day, Xena ?”
“She don’t trust me and I ain’t ever been exactly Columbo”

Par contre, la richesse orthographique de l’auteur passe beaucoup moins bien lorsqu’il n’a plus sous la main Rust Cohle, ce personnage attaché à une certaine culture philosophique, pour la porter. Cet échange entre Semyon et Velcoro, par exemple, est bien trop écrit pour être crédible s’agissant de ces deux personnages :

Frank : “There’s a certain Stridency at work here”
“I’m gonna put it off you getting blasted.”
Ray : “Oh frankly, I’m apoplectic”
Frank : “I’m feeling a little apoplectic myself”

Enfin, le tueur masqué fait Pschitt ! Birdman – comme on l’appelle plus communément sur les réseaux – est en effet drôlement déplumé durant cet épisode. Pourquoi des balles en caoutchouc ? Et puis cette drôle de fuite en fin d’épisode qui n’effraie plus personne. Nous sommes à des années lumières d’un Reggie Ledoux en jockstrap et masque à gaz qui déclenchait une sacrée chair de poule.

Tout cela renforce pourtant la “théorite” aiguë de la série. Vivement la suite donc !

Navigation :
s02e01 : The Western Book of the Dead
s02e02 : Night Finds You
s02e04 : Down will Come
s02e05 : Other Lives
s02e06 : Church in Ruins
s02e07 : Black Maps and Motel Rooms

Quelques théories

  • Commençons si vous le voulez bien par une proposition un peu tirée par les cheveux. Dans son récapitulatif de l’épisode, Jeff Jensen soupçonne Caspere d’avoir maquillé sa propre mort en faisant appel à son ami le Dr Pitlor pour que les miracles de la chirurgie esthétique donne l’illusion que son pseudo-macchabée soit le bon !
  • Le fugitif pris en chasse par Velcoro et Bezzerides porte un nouveau masque qu’on distingue assez mal. Un téléspectateur attentif signale chez Uproxx (capture d’écran à l’appui) que l’on aperçoit déjà ce masque sur les lieux du tournage !

Observations diverses

  • Taylor Kitsch (Paul Woodrugh) s’est confié dans la presse cette semaine. Dans le Daily Beast, on apprend que lui et Pizzolatto sont de vrais piliers de bar ! Et puis, dans The Hollywood Reporter, il laisse entendre que son personnage va craquer dans le prochain épisode !
  • Pour en savoir plus sur l’emprunt à Conway Twitty en introduction, Vulture dresse une explication complète de ce titre qui fût d’abord chanté par Bette Midler !
  • A noter que cet épisode occasionne un premier changement de réalisateur. Le danois Janus Metz Pedersen remplace Justin Lin mais la transition est manifestement indolore (ou invisible, voire les deux, c’est selon).
  • J’avais insisté à l’occasion de l’épisode précédent sur la réalité de Vinci (inspiré de Vernon). Vous pouvez justement lire (et y voir quelques clichés redoutables) un reportage saisissant via Uproxx sur ce lieu invraisemblable. Mais qu’en est-il du projet de la voie de chemin de fer ? le LA Weekly évalue la reprise de cet authentique serpent de mer local dans l’oeuvre de Pizzolatto.
  • Vous avez peut être pensé que le tournage du film sur lequel Bezzerides et Velcoro font un passage évoque Mad Max. Mais avez-vous pensé à l’étrange ressemblance du metteur en scène avec Fukunaga ? Vulture tente ici de démêler cette affaire !

Visuels : True Detective / HBO / Anonymous Content / Lee Caplin / Picture Entr. / Passenger

HAPPYish et le côté obscur du cynisme

(SHO) saison 1 en 10 épisodes
s01e10 « Staring Christopher Hitchens, Philip Larkin & Josef Stalin »
1029487_1_3418201_prm-nxton110_1024x640

Parfois il arrive que les séries se croisent. Récemment, True Detective nous ramenait sur une colline bien entretenue d’un séminaire new-age qui rappelait étrangement le final de Mad Men. Le télescopage est encore plus étonnant pour HAPPYish qui reprend – dans une version revue – la fameuse publicité Coca-Cola qui clôturait définitivement la même Mad Men.
La coïncidence est curieuse mais son utilisation au sein d’HAPPYish est bien plus grossière. C’est à l’image d’une comédie ambitieuse alternant, sur cette saison 1, le bon et le moins bon !

Thom Payne est un pubard désenchanté qui partage sa vie entre une vie familiale en grande banlieue et un travail dans une agence de publicité installée à New York. Avec Lee, sa femme, ils forment un couple plutôt caractériel et constamment en lutte pour dénicher le bonheur…

HAPPYish exhibe tous les attraits d’une comédie moderne du câble. Un cast éprouvé (Steve Coogan, Kathryn Hahn, Bradley Whitford, Ellen Barkin), une mise en scène qui favorise le décor naturel et, cerise sur le gâteau, des interactions animées variées (cartoons, powerpoint).
La série est une création d’un novice en matière sérielle, Shalom Auslander, auteur de plusieurs ouvrages (essais et romans) qui touche à tout (et notamment à This American Life du côté de la radio, la désormais fameuse équipe de Serial).
HAPPYish est singulièrement autobiographique. Auslander a effectivement eu une expérience dans la pub, il cherche lui aussi à exorciser une enfance dans un milieu juif orthodoxe (cf Lee), et puis, surtout, il réside actuellement à Woodstock comme son personnage, ce qui, on le comprend rapidement, est une affirmation de résistance face à la mégalopole newyorkaise…

Vous le saviez peut-être déjà, la confection de la série n’a pas été un long fleuve tranquille ! Le rôle principal était promis à Philip Seymour Hoffman. Un pilote avait été tourné et le network se frottait les mains – et comment lui en vouloir – d’avoir l’occasion de présenter les premier pas de cet immense acteur sur le format sériel.
Lorsqu’Hoffman rejoint le paradis des comédiens, le projet n’a forcément plus la même saveur. La chaîne croit pourtant au projet et Steve Coogan effectue le remplacement. L’acteur anglais est éclatant dans la série. Le rôle qui lui fait explorer toute une galerie d’émotions nous permet de saisir toute la palette de son talent. Sans chercher à imiter son illustre prédécesseur, il parvient à faire oublier qu’il n’est qu’un deuxième choix et ce n’est pas une mince performance.

Mais rapidement, HAPPYish teste la résistance du téléspectateur quant à sa capacité à supporter des personnages qui s’apitoient sur leurs sorts. Les thèmes débattus par Auslander sont pourtant souvent judicieux. Entre autres exemples : notre approche des mauvaises nouvelles de l’actualité est-elle hypocrite ? Doit-on se sentir coupable de se consacrer à soi après avoir eu un enfant ? Le suicide est-il lâche ? etc…
A mon sens, le problème de la série se situe au niveau de son approche. Les personnages (principalement le couple, Lee et Thom) manifeste un état hargneux constant, une opposition systématique au bonheur – d’où le titre – pas suffisamment distanciée pour que le registre de la comédie s’exprime. Car on voudrait sincèrement croire aux problèmes de ce couple qui n’est franchement pas à plaindre par ailleurs. Seulement voilà, les prises de positions colériques ne sont facilement convertible en humour noir et HAPPYish en constitue un exemple confondant.

Reste un groupe d’acteurs séduisants. Outre Coogan, Kathryn Hahn est, une fois de plus, parfaite en mère de famille ébouriffée et les prestations de Bradley Whitford et Molly Price méritent amplement un supplément d’épisodes.

Retrouvez ce billet dans la sélection hebdomadaire Séries Mania.

Visuels & vidéo : HAPPYish / Showtime / Cooper’s Town / In Cahoots

“Que savez-vous de Vinci ?”, True Detective s02e02 (Récap.)

(HBO) s02e02 “Night Finds You”
saison en 8 épisodes diffusés chez nous sur OCS
ep2-ss04-1920

J’en parlais en fin de mon précédent récapitulatif – car, oui, il faut le lire jusqu’au bout –, la ville de Vinci fait clairement allusion à Vernon, authentique ville californienne située à quelques encablures au sud-est des quartiers de Downtown à Los Angeles. Ce territoire faiblement habité et massivement industrialisé collectionne, depuis les années 1920, les affaires de corruption en tout genre.
Les aberrations de ce lieu sont justement au centre du ce deuxième épisode de True Detective. Au delà de l’affaire criminelle, elles permettent à Nic Pizzolatto (son auteur) d’évoluer sur l’un des thèmes fétiches du polar : la dénonciation d’un environnement urbain vérolé à tous les étages.

Attention ! Ce qui suit est un récapitulatif dudit épisode. Vous auriez tout intérêt à l’avoir vu avant de lire la suite.

It’s like everything’s papier-mâché.
Avant d’évoquer Vinci, ce volet s’ouvre avec Frank Semyon allongé sur son lit. C’est sans doute le petit matin et il supporte mal la présence de deux tâches qui semblent le contempler du plafond. A ses côtés, sa femme, elle aussi éveillée, l’écoute alors raconter comment son père l’enfermait dans la cave avant de se biturer lorsqu’il avait six ans. Si Semyon ne trouve pas le sommeil et qu’il ressasse son enfance, c’est parce qu’il sent que les chose lui échappent.
Son pressentiment se confirme lorsque Velcoro lui apprend le sort de Caspere, lequel, il l’apprendra ensuite, n’avait pas effectué les acquisitions de terrains nécessaires pour son fameux projet du rail tant convoité. Semyon se rend chez Catalyst – l’une des société implanté à Vinci et accessoirement propriétaire des parcelles – où il comprend que l’achat est toujours possible mais très compromis tant que ses fonds sont dans la nature depuis la disparition de Caspere.
Envolée donc la posture du Frank réglo. Il va tout faire pour retrouver ses billes, y compris secouer quelques hommes d’affaires douteux et fréquenter un club longtemps honni.

Am I supposed to solve this or not?
Après la confession nocturne de Frank, True Detective s’offre un montage triangulaire brillant durant lequel nos trois représentants des forces de l’ordre se voient confier leurs missions respectives. Car si – sur le papier – l’objectif commun est de résoudre l’affaire Caspere, les motivations officieuses, elles, diffèrent grandement.
En clair, voici les positions de chacun. Le Compté de Ventura prédomine car le corps a été trouvé dans sa juridiction ; Bezzerides sera donc chargée de l’enquête. Mais Caspere étant un officiel de Vinci, ses responsables policiers souhaitent poursuivre leurs investigations. Velcoro assistera donc Bezzerides tout en tenant informé sa hiérarchie qui souhaite éviter le moindre scandale risquant d’entacher le statut “singulier” de Vinci. Et il se trouve qu’ils ont tout à fait raison d’être prévoyants car une enquête menée par l’état de la Californie est en cours. Le procureur général demande donc à Bezzerides de travailler Velcoro au corps afin qu’il livre des preuves quand aux malversations de Vinci. Mais surtout, il bombarde Paul Woodrugh (le CHP, California Highway Patrol, est sous l’autorité de l’état) enquêteur “spécial” au prétexte qu’il a découvert la victime. L’occasion est trop belle pour Woodrugh alors qu’il était mis à pied (voir épisode précédent) et le procureur place ainsi un autre pion dans l’enquête Caspere.

Who am I supposed to be?
Malgré cette promotion inespérée, le vétéran Woodrugh n’ambitionne rien d’autre que de retrouver son ancien poste sur la moto. Ce dévouement pour le métier cache de toute évidence une fuite en avant, laquelle insupporte désormais Emily qui ne voit d’autre choix que de rompre avec Paul.
On le voit ensuite à peine plus à l’aise chez sa mère. Cette dernière qui ne souhaite pas qu’il l’appelle “Ma’” est très tactile avec son fils et son attitude envers une ex de Paul provoque immédiatement un malaise palpable. Son enfance a manifestement laissé des traces.

I don’t distinguish between good and bad habits
Ani semble également avoir connu une enfance compliquée. Le psychiatre qui s’occupait de Caspere mentionne opportunément son père – aperçu dans le premier épisode – et elle lui répond du tac au tac en précisant que ses camarades d’alors ont depuis opté pour la prison ou le suicide.
Un peu plus tard, elle s’attarde un peu plus que nécessaire sur du porno en ligne. On se rappelle qu’elle avait, semble-t-il, perturbé son partenaire d’alors avec des désirs exotiques. Elle n’est sûrement pas “passive” comme l’était Caspere et c’est ce qu’elle explique plus tard à Velcoro en précisant qu’elle voit sa collection d’armes blanches comme le moyen de contrebalancer la supériorité physique masculine.

…but sometimes a good beating provokes personal growth.
Raymond, quant à lui, serait plutôt en position d’infériorité. On le fait chanter de toute part. Semyon le téléguide depuis qu’il a eu besoin de ses services pour faire disparaître un corps (sûrement celui de l’agresseur de sa femme). Et puis, de manière encore un peu plus cruelle, son ex-femme le menace d’effectuer un test de paternité. Sa garde partagée est plus que jamais compromise.
Il est donc au plus bas et on n’imagine pas un seul instant le destin qui l’attend du côté d’Hollywood. L’enquête qu’il mène avec Bezzerides avance peu. Tout juste ont-ils appris que Caspere voyait des jeunes femmes et qu’il en concevait une certaine culpabilité. Semyon, de son côté, a rapidement déniché une adresse à laquelle Caspere devait recevoir ses plaisirs tarifés. Velcoro s’y rend seul mais une mystérieuse personne arborant un masque l’y attend avec un fusil à pompe…
La caméra s’éloigne lentement du lieu. La nuit vient de trouver Ray Velcoro.

Le cliffhanger est inattendu et ferait presque écran au sujet central de cet épisode, un coup de projecteur implacable pointé sur une collectivité territoriale ahurissante. Vinci, ou Vernon de son vrai nom (voir cet historique sur Forbes), est un mini-paradis fiscal pour industrie polluante dans le besoin, un asile pour tout entrepreneur souhaitant avoir recours à de la main d’oeuvre clandestine, bref, une organisation bien entretenue pour enrichir une minorité de responsables sans scrupules. Le pire dans tout cela, c’est que Nic Pizzolatto n’a pas eu besoin de grossir le trait. Nul besoin d’enlaidir un microcosme déjà particulièrement détestable.
Il rejoint ainsi une tradition bien ancrée du polar. Mettre en évidence ces lieux que l’on ne saurait voir, ces bas-fonds interlopes souvent exploités par des individus aux motifs douteux.

Avec ce regard sans équivoque, l’ambition de Pizzolatto est audacieuse. Le choix de laisser derrière lui une histoire de serial killer sur un fond gothique sudiste pour la remplacer par un pamphlet directement lié avec une réalité géopolitique et sociale, est admirable.
On remarque notamment – toujours sur un mode opératoire fidèle au genre du polar – que l’approche des personnages est systématiquement nuancée, y compris s’ils sont dans le camps des mafieux. Je pense à Semyon qui, après seulement deux épisodes, semble déjà en perte de contrôle. Mais le Maire de Vinci, Austin Chessani (l’excellent Ritchie Coster déjà vu dans Luck), est lui aussi, même si dans une moindre mesure, affublé d’une prise de position défendable (tout est relatif).
En résumé, Pizzolatto délaisse le pourtant populaire combat entre le bien et le mal – deux policiers contre un tueur amateur de bois de cerf – et s’intéresse à un vide démocratique bien réel localisé aux portes de LA et ce avec des protagonistes aux positions floues.
On comprend mieux alors l’accueil critique chafouin d’une saison 2 qui s’empare pourtant d’une réalité locale brûlante… à moins que la situation de Vernon soit un sujet qui ne surprend que le téléspectateur européen !

ep2-ss07-1920

D’autre part, on retrouve ici une certaine verve de l’auteur. Jugez plutôt :

Ray : “What’s with all the knives?”
Ani : “Could you do this job if everyone you encountered could physically overpower you?”
[…]
Ani : “Fundamental difference between the sexes is that one of them can kill the other with their bare hands.”
Ray : “Well, just so you know, I support feminism. Mostly by having body image issues.”

Avec cette dernière réplique, comment ne pas penser aux critiques émises la saison passée sur la faiblesse des personnages féminins ?! Antigone Bezzerides est une réponse cinglante à ces détracteurs. Oui, c’est une femme de volonté mais c’est surtout un homme déguisé en femme qui fume (enfin vapote), s’emporte la plupart du temps de manière autoritaire, prend le volant, est constamment armée, mate du porno, etc.
Cette posture qui consiste à dénoncer une pauvreté de la représentation féminine (souvent fondée d’une manière générale) est, en ce qui concerne True Detective, un gigantesque coup d’épée dans l’eau. Car si le regard de Pizzolatto est fixé sur les hommes, il n’en est pas moins acéré et impitoyable. C’était déjà le cas la saison passé, et c’est encore un peu plus vrai cette saison avec les déboires de Velcoro et Woodrugh. Les deux flics sont martyrisés en ce qui concerne leur attributs masculins dominants. L’un est en passe de perdre sa paternité et l’autre serait impuissant…
La saison 1 faisait immerger le salut par l’amitié entre ses deux personnages principaux. Il sera intéressant de voir si cette réflexion sur la masculinité trouve ici la même issue.

Enfin, je ne vous cache pas un certain désarroi vis à vis de ce final. Outre le fait que je ne crois pas un seul instant à cette mort de Velcoro (voir ces photos sur le tournage). Je ne vois pas l’intérêt dans ce récit de chacun des deux cas de figures qui s’offrent à nous. S’il s’avère qu’il n’est effectivement plus de ce monde, le parcours de Velcoro n’aura été que frustration devant une rédemption que l’on aura même pas eu le temps d’entrevoir. S’il survit à ce guet-apens parfaitement exécuté, la ficelle sera forcément trop grosse pour être réaliste. Comment peut-il en réchapper sans que cela ne soit grossier ?!

Réponse dimanche prochain (et lundi soir sur OCS quant à nous) pour en avoir le coeur net !

Navigation :
s02e01 : The Western Book of the Dead
s02e03 : Maybe Tomorrow
s02e04 : Down will Come
s02e05 : Other Lives
s02e06 : Church in Ruins
s02e07 : Black Maps and Motel Rooms

Quelques théories (souvent en provenance de Reddit) :

  • Le passé de Woodrugh dans une escouade de “mercenaires” de la sécurité en Irak confirmé (Black Mountain), on s’interroge désormais sur ses préférences sexuelles. On avait peut être un peu trop vite jugée son impuissance à l’aune de son passé militaire. La manière insistante avec laquelle il observe un couple homosexuel déguisé puis un autre jeune éphèbe pourrait indiquer qu’il a tout simplement un penchant pour les hommes.
  • Chessani, Austin de son prénom, le maire de Vinci évoque indirectement deux personnes lors de sa conversation avec Frank qui auraient, semble-t-il, des motivations suffisantes pour endosser le rôle du tueur. Il cite le prédécesseur de Frank au Casino, un certain Gene Slattery sans plus de détails. Et puis il parle de son fils comme étant décevant et destructeur. La suite nous dira si ceux sont des fausses pistes.
  • Pizzolatto est un écrivain, je ne vous apprend rien. La présence de livres entraperçus brièvement n’est donc jamais fortuite. Les « théoristes » – pardonnez moi le terme – ont été très sensible aux lectures d’Ani que l’on voit très rapidement dans l’épisode précédent. Il y a notamment Hagakure écrit par Yamamoto Tsunemoto. Ce manuel du Samouraï est un précis expliquant le « Bushido », le mode de vie du combattant. Il précise aussi comment mourrir… Le goût d’Ani pour l’arme blanche colle parfaitement avec cette philosophie. Mais ira-t-elle jusqu’au sacrifice ?!
  • Le plan d’ouverture – rappelez vous de ce champs empli de petit poteaux étranges – a sûrement une signification importante. Hors on apprend dans ce deuxième volet que des transactions concernant des terrains pour le corridor du rail de Semyon n’ont pas eu lieu comme attendues. Au jeu des suppositions, on imagine assez facilement que ce bout de terre a été pollué. Mais si on devait aller plus loin, ne pourrait-il pas s’agir d’un charnier improvisé ? Voilà qui poserait effectivement de gros problème dans le cas de l’ouverture d’un chantier.
  • Pour l’instant légèrement en retrait, le culte des « Good People » est sûrement à surveiller. Car avec cet épisode, un lien le relie désormais avec l’affaire Caspere. Le Dr Pitlor qui suivait ce dernier a connu Elliott, le père d’Ani. Rappelons qu’on retrouve ici un thème de choix de la série : l’opposition farouche de l’auteur face aux prédicateurs et autres illuminés !

Observations diverses :

  • Les choses évoluent à Vernon. Un reportage du LA Times nous explique notamment que la population de la ville va doubler ! En même temps, Un autre témoignage souligne la fidélité de la reconstitution et en particulier la disparition étrange du « City Manager ».
  • L’ex-femme de Ray Velcoro – qui se nomme Gina – est interprétée par Abigail Spencer (Mad Men, Rectify). Le Dr Pitlor est, quant à lui, endossé par l’artiste Rick Springfield (si, si, lui-même !).
  • A l’occasion de la première saison, on n’avait pas manqué de souligné que Pizzolatto était en quelque sorte le régional de l’étape pour avoir grandi en Louisiane. C’est un peu le cas aussi pour la Californie puisqu’il réside désormais à Ojai qui se trouve notamment dans le comté de Ventura, la juridiction de Bezzerides ! Une partie des lieux de tournages sont listés ici.
  • La phrase peu commune prononcée par Semyon : »It’s like everything’s papier-mâché » serait une référence à Twilight Zone (La Quatrième Dimension). Elle est prononcée dans l’épisode intitulé « Stopover in a quiet town » de la fameuse série d’anthologie (au deux sens du terme !).

Visuels : True Detective / HBO / Anonymous Content / Lee Caplin / Picture Entr. / Passenger

“J’habite parmi vous”, True Detective s02e01 (récap.)

(HBO) saison 2 en huit épisodes et sur OCS chaque lundi soir
TD_204_013015_LT_124[1]

Avec True Detective, on mesure désormais pleinement en quoi consiste l’anthologie saisonnière ! Le précédent American Horror Story, parce qu’il était circonscrit à un genre très codifié, n’aura pas eu le même impact. Après la Louisiane, Matthew McConaughey, Woody Harrelson, Cary J. Fukunaga, Carcosa, etc… tout reconstruire semble au mieux courageux et au pire absurde.
Nous voici pourtant transposé en Californie. D’un duo principal, nous passons à un quatuor. Mais cette escouade élargie louvoie sans attendre vers le genre du noir et on serait presque surpris de voir avec quelle facilité True Detective reprend la réflexion de son auteur et ses thèmes de prédilection.

Attention ! Ce qui suit est un récapitulatif dudit épisode. Vous auriez tout intérêt à l’avoir vu avant de lire la suite.

“I welcome Judgement”
Après une ouverture mystérieuse sur un chant de poteaux annotés, Ray Velcoro (Colin Farrell) apparaît dans une double référence à la saison 1 ; d’abord en pleine conversation dans sa voiture puis sous le feu d’un interrogatoire. Les deux séquences sont très vite désamorcés. Après l’avoir déposé à l’école, Velcoro tente de récupérer la garde de son fils et présente son cas à une avocate. Cette dernière aura fort à faire. Raymond est un flic bien trop familier avec la bouteille et sûrement adepte de la sniffette.
Avec son regard marqué, Il trimballe tout son passé en bandoulière. Alors qu’il s’est sûrement senti responsable du viol de sa femme, on comprend qu’il a depuis basculé vers le côté obscur. Un informateur habile l’avait alors tuyauté pour qu’il assouvisse sa rage et se fasse justice lui-même envers l’agresseur. Depuis, loin d’avoir retrouvé une paix de l’esprit, il sculpte les visages avec ses poings que ce soit le père d’un gamin qui humilie son fils ou qu’il soit journaliste trop gênant pour les activités de son bienfaiteur.

“Never do anything out of hunger”
Ce bienfaiteur justement, se nomme Francis Semyon (Vince Vaughn). Il dirige le casino de Vinci et s’apprête à lancer un vaste projet qui doit permettre la construction d’une ligne de chemin de fer traversant le « Golden State. » En plus des retombées économiques, l’enjeu pour Semyon est d’atteindre enfin une légitimité grâce à ce montage soutenu par l’état fédéral.
Car le principal moteur de Frank est sa volonté de faire table rase du passé. Il vante à Velcoro l’influence de sa femme qui “adoucit ses sombres penchants”, tout comme leur désir d’avoir des enfants.
Va-t-il pour autant garder son calme entre une mauvaise presse, un investisseur russe désinvolte et un partenaire en affaires aux abonnés absents ?

“Let’s not talk this to death”
Vient ensuite Antigone “Ani” Bezzerides (Rachel McAdams), flic du compté de Ventura et véritable hérisson, au sens figuré, car elle repousse le moindre être humain qui l’approche en raison d’un caractère abrasif, et au sens propre, puisqu’elle collectionne les lames effilées dispersées dans les moindre replis de ses vêtements.
Ani se révèle ici sous les regards croisés de sa famille. Sa soeur tout d’abord qu’elle surprend lors d’une descente alors qu’elle se masturbe devant une webcam puis, son père ensuite, lors d’une enquête sur une disparue qui l’amène dans l’Institut de “relaxation” paternel. Ces deux confrontations nous font vite comprendre qu’Ani ne supporte pas les moeurs légères de sa soeur et le détachement de son père. Dans les deux cas, le clash est inévitable !

“We were working for America, sir.”
Enfin, c’est Paul Woodrugh (Taylor Kitsch) qui se livre en dernier. Motard en tenue de la brigade policière des autoroutes le jour et motard inconscient – sans casque ni lumière – la nuit. Paul est rapidement propulsé en vacances forcées suite à l’arrestation d’une actrice qui l’accuse de l’avoir abusé. Si cet incident le contrarie, on comprend rapidement que Paul est taraudé par des problèmes plus anciens. Son corps est couvert par les stigmates de traumatismes qu’il refoule. La guerre à laquelle il a participé et qu’il ne souhaite pas ressasser avec sa compagne, une vaste balafre antérieure à son passage sous les armes et cette mystérieuse affaire de la “montagne noire”…

C’est justement Woodrugh qui découvre Ben Caspere, gestionnaire de la ville de Vinci et associé de Semyon dans l’affaire du rail. Bezzerides et son coéquipier sont appelés sur place dans le cadre de leur juridiction et Velcoro complète la brochette du trio des forces de l’ordre en tant qu’inspecteur chargé de l’enquête sur la disparition, devenue désormais un homicide.
Au préalable, Ray avait découvert le lupanar aux décorations d’un goût discutable de l’officiel recherché. Sans ses yeux – désintégrés à l’acide – le corps du notable annonce une sombre affaire. Ce nouveau récit peut alors commencer !

TD2_201_LT_12_11_14_286[1]

Aucun doute possible, si le soleil californien succède au louisainais, True Detective garde toute sa noirceur et ses visions glauques fugitives (l’espèce de corbeau empaillé, le squelette couvert de bijoux).
S’il est encore un peu tôt pour se prononcer quant aux enjeux sous-jacents, les obsessions de Nic Pizzolatto refont néanmoins surface. La présence d’un prédicateur, même s’il n’est plus religieux, rappelle la charge de l’auteur contre l’aliénation de l’esprit.
La mise en lumière à nouveau crue et cruelle des déficiences du tropisme masculin, ici avec l’impuissance et la perte de la paternité, annoncent sûrement de nouveaux débats quant à la faiblesse de ses personnages féminins (le parcours de McAdams sera forcément décortiqué).
Privé du montage temporel de la saison 1, cet épisode perd en dynamisme et s’insinue par une infusion à la lenteur aussi décadente que délicieuse. Elle va toutefois de paire avec des dialogues plus directs et – pour l’instant – privés de toute pensée métaphysique.

Cette introduction est en bonne partie happée par la performance de Colin Farrell. Son interprétation est en tout point remarquable dans le rôle du flic pourri, un rôle peu ragoûtant et pas aussi évident qu’on pourrait le penser.
Pour l’instant, les personnages de Rachel McAdams et Vince Vaughn ne livrent pas avec la même intensité que Velcoro et Taylor Kitsch reste un peu en retrait. Le quatuor est malgré tout très convaincant.

Au delà du casting, on a beaucoup insisté sur l’absence du metteur en scène Cary Joji Fukunaga en prévision de cette deuxième saison. A mon sens, il faut surtout regretter son chef opérateur, Adam Arkapaw, dont les cadrages manquent cruellement dans cette ouverture.
Au vu de cet épisode, on peut également s’interroger sur le choix de Justin Lin pour diriger cette entrée en matière. Lin et son expérience Fast & Furious semblait indiquer une prise de risque en matière d’action. Il n’en est rien et le résultat s’avère même privé de tout spectaculaire.

Mais au final, ne perdons pas de vue l’essentiel : la suite s’annonce imprévisible et c’est tout simplement jouissif !

Navigation :
s02e02 : Night Finds You
s02e03 : Maybe Tomorrow
s02e04 : Down will Come
s02e05 : Other Lives
s02e06 : Church in Ruins
s02e07 : Black Maps and Motel Rooms

Théories glanées à gauche et à droite (essentiellement sur reddit) :

  • L’une des grosses interrogations de ce premier épisode concerne le fils de Velcoro. Est-il vraiment son père ?
    Parallèlement, Semyon lui a-t-il vraiment donné le nom du bon violeur, et non pas une personne qu’il souhaitait voir disparaitre ? L’associé de Semyon – le grand roux – présente au moins un attribut physique qui le rapproche de Chad. Coincidence ?
  • L’affaire de « Black Mountain » mentionné par Woodrugh évoque « Blackwater », cette compagnie spécialisée en mercenaires dont le rôle de sécurisation durant (et après) la guerre d’Irak avait donné lieu à des dérapages (voir cet article du Monde).
  • Quid de la tête de corbeau ? Son apparition au côté de Caspere alors qu’il est transporté (et sûrement déjà refroidi) fait froid dans le dos. Il se pourrait que ce soit un masque. Hors le masque animalier peut faire penser à Eyes Wide Shut et cette soirée orgiaque ou des notables masqués sont entourés de jeune femmes dénudées. Trois éléments viennent corroborer cette hypothèse. La secrétaire de Caspere mentionne ses virées régulières dans la vallée. La décoration de son appartement témoigne de son goût pour la chose. Et puis, le tournage resté très secret n’avait pu cacher l’ajout au casting d’actrices porno pour une scène explicite.

Observations diverses :

  • Le générique d’ouverture reprend le même concept graphique de superposition des visages aux décors. Il est à nouveau réalisé par Patrick Clair et le studio Elastic. Les photos utilisées sont signées David Maisel.
    La musique qui l’accompagne est, quand à elle, signée Leonard Cohen.
  • Bien qu’on fera le plus souvent référence à elle par son diminutif, Ani se nomme bien Antigone (et sa soeur Athena). Son père l’appelle ainsi lors de leur rencontre à l’institut et il est difficile de ne pas penser, s’agissant de Pizzolatto, qu’il y a là une référence littéraire à l’oeuvre de Sophocle. La suite nous le dira…
    Entertainment Weekly m’apprend aussi que son nom de famille, Bezzerides, fait sûrement référence à l’écrivain et scénariste A.I. Bezzerides !
  • Vinci est un nom fictif mais il fait référence à une ville bien réelle de l’état de Californie. Elle se nomme Vernon, ne compterait que 114 habitants mais plus de 1800 sociétés (environ 50 000 employés y travailleraient) et une tradition pour la corruption bien installée si l’on en croit ce reportage du New York Times. Le décès d’un officiel de la ville est lui aussi inspiré de faits réels.
  • La chanteuse qui interprète “My least favourite life” (lien youtube en début d’article) dans le bar est Lera Lynn. La musique de True Detective est à nouveau supervisée par T Bone Burnett. Il a par contre prévu plusieurs titres spécialement composés pour cette saison.

Remerciements à Canalsat et OCS !

Visuels : True Detective / HBO / Anonymous Content / Lee Caplin / Picture Entr. / Passenger

Humans, un remake synthétique

(Channel 4 / AMC) saison 1 en huit épisodes. Saison 2 prévue. A voir sur HD1 dès le 27 septembre (3 éps. / soirée) L-R Ivanno Jeremiah (Max) and Colin Morgan (Leo)

Dimanche dernier, Humans a fait forte impression en réalisant la plus forte audience d’une production “originale” sur Channel 4 depuis une grosse dizaine d’années*. Il faut préciser que le public britannique n’a pas eu la chance de découvrir la suèdoise Äkta Människor – aka Real Humans qu’on avait vu sur ARTE chez nous – dont Humans est une adaptation.
En ce qui nous concerne, et puisque d’un remake il s’agit, son appréciation est implacablement corrélée par une conscience privée ou augmentée d’une connaissance des Hubots suédois. Pour faire partie de la deuxième catégorie, je porte néanmoins sur ce clonage un regard bienveillant !

Humans se distingue de manière incontestable sur au moins un aspect. Elle bénéficie d’une bande son originale inspirée et signée de Cristobal Tapia de Veer :

Cristobal est un artiste que vous connaissez déjà sûrement (Utopia, Série Noire) et on pouvait difficilement trouver plus adapté que son travail pour Humans. On y retrouve en effet ce mélange caractéristique entre de lentes nappes inquiétantes et de subtiles sonorités aussi dynamiques que déroutantes.
L’artiste canadien (né au Chili) assemble ici des ambiances moins barrées que ne pouvaient l’être ses envolées chatoyantes pour Utopia, mais son empreinte sonore garde toute sa singularité et accentue Humans de belle manière.

Parce qu’il est un peu débordé avec ses trois enfants et parce que sa femme est trop souvent retenu par son boulot, Joe Hawkins décide d’investir dans un “synth”, un robot humanoïde qui sera chargé de toutes les corvées et du bien-être des membres de la famille. Mais quand Laura (sa femme) est de retour, elle est loin d’être ravie par la présence d’Anita. Ses a-prioris semblent même se confirmer lorsqu’elle constate que la conscience de cette “machine” semble dépasser ses fonctions – en théorie – limitées…

Au jeu des comparaisons formelles, Humans s’offre une actualisation bienvenue. Les Synth ont une plastique plus subtile que la peau cireuse des Hubots. Les cheveux postiches sont abandonnés. Et puis, plus sensiblement, les lentilles très grossières sont remplacé par des effets visuels plus délicats qui permettent un peu plus d’expression tout en gardant leur caractère mécanique.
Au même titre, la mise en scène – sûrement bien plus dotée que la modeste suédoise – gagne en proximité avec notre époque et renforce le caractère étrange de cet univers parallèle. Les plans sont bruts et remplace avantageusement une ambiance trop cotonneuse de l’originale.

Par contre, les premiers choix narratifs et structurels déstabilisent. Il y a notamment ce flashback encombrant après le premier quart d’heure qui brise la fluidité du récit. Il est impossible, en ayant bien sûr vu Äkta Människor, de ne pas imaginer que l’on a ici tenté de marquer une différence inutile.
Du reste, cette adaptation a été confiée au duo Sam Vincent / Jonathan Brackley dont le principal fait d’arme et d’avoir longtemps officié sur MI-5 (aka Spooks). Les deux scénaristes devront donc faire leurs preuves sur une oeuvre qui n’a absolument rien d’épisodique.
Ils ont également à disposition un timing plus restreint pour déployer le récit (Humans comptera 8 épisode d’environ 45 minutes contre 10 à 60 min. pour ÄM) mais j’aurais plutôt tendance à penser que ce n’est pas forcément une contrainte.

Et puis, si le succès se confirme, Humans pourrait être l’occasion de prolonger une oeuvre de science fiction pertinente au delà des deux seules saisons suédoises.

Capture d’écran 2015-06-19 à 16.55.31Pour découvrir plus amplement Cristobal Tapia de Veer, je ne saurai trop vous conseiller mon texte (Crescendo sur la bande originale sérielle) publié dans le numéro 4 de l’excellente revue MoreTV !

Capture d’écran 2015-06-19 à 16.57.37Sachez aussi qu’Humans sera à l’honneur au prochain festival Série Series qui se tiendra à Fontainebleau du 1er au 3 juillet 2015. Le premier épisode sera projeté suivi d’une étude de cas en présence de l’équipe de la série dont ces créateurs, Sam Vincent et Jonathan Brackley.

A noter enfin que la première saison d’Äkta Människor est disponible gratuitement sur Vimeo et voici mon avis sur les premiers épisodes.

* Source : The Guardian

Retrouvez ce billet dans la sélection hebdomadaire Séries Mania.

Visuels & vidéo :
Humans / AMC / Channel 4 / Kudos / Matador

Musique :
Cristobal Tapia de Veer (2015)

Silicon Valley et l’exercice de la satire

(HBO) s02e10 “Two days of the Condor”
Saison 2 en 10 épisodes et saison 3 prévue

Dimanche soir sur HBO, c’était une soirée fins de saisons. Il y avait, bien sûr, la clôture pour la livraison annuelle du mastodonte Game of Thrones. Mais c’était aussi l’épilogue pour deux comédies aussi rigoureuses dans leur description d’un univers professionnel qu’efficaces dans le registre du rire : Veep et Silicon Valley. Alors que la première confirmait avec à sa tête la toujours excellente Julia Louis-dreyfus, la deuxième livrait un final haletant et remarquablement inhabituel pour sa catégorie.
Après deux saisons, la photographie de la Silicon Valley signée du duo Mike Judge / Alec Berg est désopilante parce que cruellement précise. Un authentique tour de force !

Si vous ne connaissez pas Silicon Valley, je vous recommande vivement ma présentation de la série en musique complétée par un avis sur la saison 1 dans son ensemble.

Nous retrouvons donc Richard Hendricks (Thomas Middleditch), ce jeune entrepreneur totalement dépassé par les événements et dont la principale qualité – son idéalisme – est aussi son principal défaut car elle va de paire avec une naïveté abyssale. Pied Piper, son application au départ pensé pour la musique, est désormais réduite à sa substance révolutionnaire : un algorithme de compression qui fait la différence à une époque où le transfert de données est un enjeu considérable.
Dit comme cela, c’est relativement simple – pour ne pas dire simpliste – mais c’est surtout insipide et fastidieux. Pourtant, voilà bien le sujet principal d’une comédie caustique et hilarante, c’est vous dire la performance de ses auteurs.

Car Silicon Valley est d’abord un documentaire déguisé ! Elle ne cherche pas à faire rire de prime abord mais bien à restituer la réalité d’un univers d’où naîtra l’humour. Cette assertion pourrait sembler triviale concernant HBO et à une époque où le dramedy a fait ses preuves depuis des années. Pourtant, Silicon Valley affirme une forte proximité avec le genre du « mockumentary » en ce sens que son ambition principale est d’abord de reproduire avec précision un univers de travail. La satire s’exprime ensuite et ce avec tant de délicatesse qu’elle déçoit rapidement un public qui voudrait que le microcosme de Jobs, Gates & Co soit grossièrement ridiculisé.
En vérité, Mike Judge et ses scénaristes respectent profondément cet univers et leur critique subséquente n’en est que plus puissante et significative. La portée du ridicule des situations se décuple naturellement parce qu’elles sont fondées sur des références notables comme le lancement calamiteux d’Apple Maps ou l’abandon d’un téléphone truffé d’informations confidentielles dans un simple bar !

carla-1024

Toutefois, cette saison 2 se voit encore reprocher un oubli sensible : la minorité féminine flagrante dans ce milieu professionnel. La défense* de Mike Judge est la suivante : si Silicon Valley présentait ces firmes sous le signe de la parité et non pas avec ses 87% d’hommes comme on le constate dans la réalité, la série manquerait sa cible ; l’enjeux étant de critiquer ce milieu et non pas de l’embellir !
Dans les faits, il y a deux nouveaux personnages féminins introduits dans cette seconde saison mais, comme tous les individus de la série d’ailleurs, elles n’échappent pas à la caricature.
Je ne vous cache pas que c’est un sujet avec lequel je ne suis pas à l’aise. Je crois pouvoir affirmer que je suis sensible à la cause féministe dans l’univers sériel mais je ne refoule pas pour autant une certaine idéologie macho inhérente à ma condition de mâle binaire. J’aurais bientôt l’occasion de défendre un point de vue féminin qui m’a touché via Outlander mais je trouve que le débat, en ce qui concerne Silicon Valley, n’a pas lieu. Oui ses personnages principaux sont incapables – du moins en l’état – d’avoir un discours sur la femme qui ne soit pas ridicule mais cela correspond à une réalité qui, ne nous le cachons pas, sert parfaitement les intérêts de cette comédie.

Enfin Jusqu’où Silicon Valley peut s’aventurer ? L’algorithme de Pied Piper est une véritable avancée – qui doit sûrement faire baver les vrais responsable de Youtube par exemple – mais le chemin de croix qu’emprunte Hendricks et ses compagnons met sérieusement à mal l’image d’une Silicon Valley où la startup est reine. Comment est-il possible d’empêcher indéfiniment le développement d’une application révolutionnaire ?
Car la stratégie des auteurs est limpide, la série fonctionne d’autant mieux que ces héros sont des perdants. Hors ce statut va irrémédiablement devenir incompatible avec l’évolution d’une application primordiale.

En deux saisons et dix-huit épisodes, il y a très peu d’éléments de répétition mais, tout comme la croissance d’une startup est un paramètre important, l’évolution de la série ne sera facile à coder !

* Source : Bloomberg.

Visuels : Silicon Valley / 3 Arts Entr. / Judgemental Films Inc. / HBO

%d blogueurs aiment cette page :