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Le nom d’un homme sur un morceau de papier, True Detective s02e06 (récap.)

(HBO) s02e06 “Church in Ruins”,
saison 2 en huit volets à voir chez nous sur OCS
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Ce second opus de True Detective est impénétrable. Hormis avec Paul peut être, le récit évite soigneusement les codes habituels de l’enquête policière (et surtout dans cette deuxième partie de saison). Alors qu’on croit saisir une bonne part du mystère, il s’évapore aussitôt dès que l’on prend un instant pour contempler sa paume ouverte. La fin, inéluctable, approche pourtant plus vite que le charger de Velcoro.

Attention ! tout est dit sur le contenu de cet épisode dans ce qui suit. Vous êtes prévenus.

I could have been different.
Rappelez vous, nous avions laissé Ray sur le pas de la porte de Semyon. Ray venait d’apprendre que l’homme – soi-disant responsable du viol de sa femme – qu’il avait refroidi, il y a de cela 11 ans, n’était pas le bon. Il se retourne donc logiquement contre celui qui l’avait désigné : Frank Semyon.
La rencontre est tendue. Le café refroidit sur la table mais les revolvers s’échauffent en dessous. Semyon est toutefois convaincant. Il pensait que l’info était solide, il n’a pas piégé Ray. Ray garde ici son sang froid mais c’est pour mieux le perdre avec Chad.
Au préalable, il avait occis du regard le coupable avéré du viol de sa femme – un colosse pourtant sinistre – à travers un parloir de prison. Toutefois, il est absolument impuissant lors de la visite de son “fils”, soigneusement scrutée par une observatrice mandatée par le juge et la relation père-fils, peu communicative en temps normal, atteint des sommets d’inconfort sous ce regard circonspect.
Ray retourne donc à ses vieux démons. Cocaïne, Tequila, shadow-boxing, bières, cigarettes… il fonce droit au clash et lorsqu’il appelle son ex-femme au milieu du champ de bataille qu’est devenu son appartement, rien ne laisse présager de son abandon. Gena lui promet, elle ne dira pas à Chad que Ray n’est pas son vrai père. En échange Ray renonce définitivement à les voir !

If that’s the kind of thing that keeps you out of heaven, I don’t want to go.
Alors que Velcoro interrompt leur conversation à flingue sous table, Frank lui confie qu’il est peut être le dernier ami qui lui reste. La confession déroute mais témoigne d’une vision qui passe par un “sens de la justice” et le désir non abandonné de parcourir le droit chemin.
Pour cela, Frank doit absolument retrouver le fameux disque dur de Caspere qui lui permettra de se retrouver à nouveau partie prenante dans le projet de voix ferrée. Velcoro est sur le coup mais Frank se mue également en détective. Alors qu’il va consoler la veuve et le fils de Stan – son ancien homme de main –, il n’oublie pas de se renseigner sur les agissements de son “louche” de bras droit (Blake).
Ses investigations l’envoient sur la piste d’Irina Rulfo. Bezzerides, sous l’impulsion de l’obscur et défunt Teague Dixon, avait ciblé le compagnon de Rulfo, souvenez-vous. L’assaut sur la planque du dénommé Amarillo avait tourné au fiasco.
Frank finit par avoir Rulfo au téléphone. Elle évoque un flic, sûrement haut placé, qui lui aurait transmis les effets personnels de Caspere. Frank n’en saura pas plus car elle est tuée sans ménagement par les membres du gang de la Santa Muerte qui lui avaient permis de retrouver sa trace. Il s’agit de ceux là même qui fricotaient avec Santos, l’ex-tenancier du Lux, le club récemment repris en main par Frank. Comment va-t-il cohabiter avec ces nouveaux amis mexicains peu bavards auxquels il a (trop vite) promis un ticket d’entrée dans ces clubs ?

You sure you want to work this party?
Aux origines de l’implication de Rulfo, il y a les quatre pierres précieuses que possédait Caspere, des diamants bleus qui passent difficilement inaperçus. Paul est justement chargé de retracer leurs parcours. Il retrouve un ancien flic (passablement usé) qui lui raconte comment ils ont été volé dans une bijouterie durant les émeutes de LA en 1992. Le coup, effectué par des professionnels, avait occasionné la mort du couple de propriétaires laissant deux orphelins à la merci des services d’adoption.
Paul avance doucement sur ce volet de l’enquête mais il va avoir l’occasion de se dégourdir et de passer à l’action.

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« Well, I don’t really get art! »
Antigone s’aperçoit rapidement qu’elle n’a pas les coudées franches dans son enquête. La procureur n’est pas ravie de la retrouver en forêt de Guerneville, bien loin de Vinci. Mais Ani est persuadée que les pontes de la bourgade corrompue trempent dans des soirées très privées. Sa soeur lui obtient justement un ticket pour l’une d’entre elles. Relookée comme si “elle valait 2 000 $ la nuit”, elle monte dans un bus suivi de près par ses deux acolytes, Woodrugh et Velcoro.
La suite est une plongée en apnée dans un univers sombre et détestable. Au sein d’un groupe de prostituées triées sur le volet, Ani est offerte à un groupe d’hommes que l’on devine importants mais dont les regards traduisent de bien bas instincts. Sous l’influence d’une prise de molly (c.a.d. de l’extasy/MDMA) en spray, Ani échappe difficilement à l’un de ces riches lubriques – ainsi qu’à une vision de son enfance sûrement longtemps refoulé d’un homme aux intentions détestables – avant de retrouver Vera, la disparue qui l’avait remise sur la piste Caspere. Elle parvient ensuite à fuir avec elle au milieu d’une improbable bacchanale tout en exhibant enfin ses talents couteau en main.
Vera devrait donner de précieuses informations sur les diamants et Caspere. Les documents subtilisés par Woodrugh, quant à eux, seront sûrement irrecevables mais tout autant révélateurs.

« There’s a before. And there’s an after. »
Ce “Church in Ruins” souligne significativement l’un des thèmes récurrents de la saison, l’absence du parent. Les quatre personnages principaux ont été affectés par des carences familiales à des degrés divers (notamment Frank, Paul et Ani). Cet épisode enfonce le clou avec deux fragments du récit aussi distincts que symptomatiques. On y découvre le fils de Stan, désormais privé de son père ainsi que cette histoire des deux orphelins, fille et fils des bijoutiers abattus lors du vol des diamants bleus en 1992.
Quelle est l’intention derrière ce motif répété ? Je suis convaincu qu’il faut le rapprocher du contexte. Cette aberration qu’est Vinci/Vernon n’est-elle pas une petite fille de sa grande voisine, la mégalopole des anges ? N’est-elle pas une orpheline délaissée qui a grandit sans contraintes ni repères ? Semyon ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque l’or pur que constitue le fils de Stan.
Dénoncer la corruption est une chose. Amorcer une réflexion sur les causes de ce mal renforce incontestablement le propos. Au delà du jeu des comparaisons défavorables entre cette saison et la précédente, j’ai beaucoup de mal à comprendre l’absence d’une prise de conscience claire sur cette réalité géopolitique consternante par la critique américaine.

I thought I killed you
Et puis, il nous faut revenir sur cette scène au parloir. Au préalable, Velcoro a failli refaire le peignoir de Semyon dans sa cuisine. Il sait désormais qu’il n’a pas tué le violeur de sa femme, 11 ans plus tôt. Assis à l’emplacement n°5, Ray voit arriver le coupable en tenue orange et décroche le téléphone. Les mots qu’il prononce jettent le trouble : “Je croyais t’avoir tué”.
Cette phrase, c’est la signature du style True Detective ! L’espace d’un instant, on imagine qu’il pensait l’avoir tué, qu’il a survécu et que finalement, c’était le bon violeur que Semyon avait accusé. Cette possibilité est hautement capillotractée mais elles est soigneusement entretenue et rien ne dit qu’elle sera démentie formellement d’ici la fin de saison.
Ils sont bien peu à opter pour ce genre de choix énigmatique. On lui préfère toujours une résolution claire et nette qui marque le point final d’un rebondissement. Pourtant, rien n’est jamais blanc ou noir et avec True Detective, Nic Pizzolatto suit religieusement ce principe fondamental du polar.

Avec tout ça, il ne nous reste plus que deux épisodes pour apprécier la singularité de la série.

Navigation :
s02e01 : The Western Book of the Dead
s02e02 : Night Finds You
s02e03 : Maybe Tomorrow
s02e04 : Down will Come
s02e05 : Other Lives
s02e07 : Black Maps and Motel Rooms

Quelques théories :

  • Comment ne pas penser à Thena, la soeur d’Ani alors que cette dernière vient d’atomiser la soirée privée. Comment imaginer que Blake, Chessani Jr et compagnie en reste là… Parviendront-ils à remonter jusqu’à la soeur d’Ani ? Son profil de jeune femme tout juste acceptée dans son cursus d’art ne constitue-t-il pas une victime dramatique de choix ?
  • L’identité des orphelins de la bijouterie alimente les spéculations. Pour ma part, je soupçonne les enfants Chessani mais Reddit fait le tour des possibilités. Et justement, la fille Chessani (Betty de son prénom) attire particulièrement l’attention, notamment parce qu’elle semblait étudier des cartes lorsqu’Ani l’avait surprise chez elle !
  • Enfin, la vision d’Ani, cet homme assez flippant revenu du passé témoigne sûrement d’une enfance compliquée ; on se rappelle notamment de l’évolution compliquée de ses camarades d’enfance (cf sa discussion avec Pitlor). Cette résurgence d’un traumatisme (un viol ?) encore non évoqué explique toutefois l’attitude de l’inspectrice aux couteaux et ce, sans grandes connaissance psychanalytiques.
    Mais qui est donc cet olibrius barbu ?! Reddit s’enflamme entre Raspoutine et Charles Manson. A ce stade, je penche tout simplement pour un personnage qui n’a pour seul but que d’expliquer le profil psychologique d’Ani.

Quelques observations :

  • Miguel Sapochnik prend les commande de la mise en scène cette semaine. Le réalisateur anglais sera sans doute moins sollicité ces jours-ci qu’il ne l’avait été après la diffusion du désormais fameux épisode intitulé “Hardhome” du Game of Thrones qu’il avait déjà réalisé pour HBO.
  • La scène très attendue d’orgie a donc eu lieu. Sa sobriété a surpris (en bien pour ma part) et le Daily Beast est aller recueillir le témoignage absolument indispensable des actrices porno concernées.
  • Si vous parcourez un peu la critique US, il ne vous aura pas échappé que cette saison est enfoncée de toute part (ce qui est assez rare à ce niveau de durée et d’intensité). Pour rebondir sur ces réactions (voir celle de Tim Godman parmi les dernières en date), Guillaume Nicolas propose une analyse assez juste et une distance bienvenue via le Daily Mars.
  • Dans une critique plus juste, Fabien Lacouture souligne l’importance de Colin Farrell pour cette saison dans un genre bien différent de Matthew McConaughey.
  • Michael Lombardo, président en charge de la programmation sur HBO, s’est exprimé cette semaine sur l’accueil de la série. Il affirme notamment que les deux saisons réalisent des audiences (12 millions par ép.) supérieures à leurs attentes et que la porte est ouverte pour une saison 3.

Visuels : True Detective / HBO / Anonymous Content / Lee Caplin / Picture Entr. / Passenger
Musique :
New York Dolls “Human Being” (1974 Mercury)
Black Angels “Black Grease” (2005 Light in the attic)

9 réflexions sur “Le nom d’un homme sur un morceau de papier, True Detective s02e06 (récap.)

  1. J’suis vraiment impressionné par ton analyse🙂 l’écriture est intéressante pour cette saison 2 mais c’est le même reproche que je pouvais à la saison 1, c’est la relative lenteur de mise en place de tous les éléments de l’histoire même si au final l’attente vaut la peine ^^

    Aimé par 1 personne

    1. Merci ;o)
      Avec True Detective, on a un auteur privé des contraintes habituels du format où la séduction immédiate est exigée. Ici, l’intrigue est vraiment imaginée à l’échelle d’une saison. Je crois qu’il faut encourager cette liberté et ce d’autant plus que le récit invite le téléspectateur à faire un effort d’immersion !

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