ep12-ss06-1920

Une aura verte et noire, True Detective s02e04 (récap.)

(HBO) s02e04 “Down Will Come”,
saison 2 en huit épisodes à voir chez nous sur OCS –
ep12-ss05-1920

Ce quatrième volet nous propulse à mi-saison de cet opus sud-californien de True Detective. Il opère un retour très terre à terre sur son quatuor de personnages principaux avant de nous proposer une séquence finale intense qui rappelle instantanément l’un des points culminants de la saison passée.
Si elle tue désormais à balles réelles, True Detective s’obstine à décrire l’impuissance au sens large. Audace ou impasse ? La suite nous le dira.

Attention ! Vous êtes en passe de lire un commentaire complet dudit épisode. Il vaut mieux l’avoir vu au préalable.

“Someone hit the fucking warp drive and I’m trying to navigate trough the blur.”
En bon tenancier de Casino, Frank est parfaitement conscient que la roue a tourné en sa défaveur. En plus de la déconvenue née de la disparition de Caspere, il n’arrive pas à remplir un gobelet synonyme d’insémination pour sa femme et comme pour bien lui rappeler cet échec, son jardinier lui apprend que ses avocatiers ne se plaisent pas en contrebas de sa maison.
Mais il ne lâche rien ! Pas question de recourir à l’adoption pour son enfant et pas question de laisser échapper son projet de construction d’une voix de chemin de fer, même si c’est au prix de redevenir ce mafieux qu’il avait pourtant laissé derrière lui. Après avoir repris son ancien club en main, il se charge lui même d’aller négocier un nouvel approvisionnement en drogues dures avant d’aller ponctionner un marchand de sommeil.
Malgré l’adversité, Frank a ça dans le sang. Il repère très vite l’esbroufe d’un producteur présenté par sa femme et soupçonne rapidement l’arrivisme de son associé de longue date. Frank ne se laissera pas faire sans combattre.

“I just don’t know how to be… out in the world, man”
Si Semyon ne parvient pas à devenir père, Paul est en passe de l’être sans l’avoir souhaité. Il débute pourtant la journée dans le lit d’un autre homme, celui de son ex-camarade mercenaire qui l’a ramassé au Lux. Si on n’avait encore des doutes, cette scène se charge de les disperser. Paul est un homo refoulé à deux doigts de craquer lorsque Velcoro vient à sa rescousse. Il lui confie ses ennuis avec la presse mais se garde bien d’évoquer son conflit plus profond.
Un peu plus tard, il va même plus loin dans le déni en se réjouissant de la perspective d’être papa. Il surenchérit en évoquant le mariage devant une Emily, elle aussi, médusée. Cette fuite en avant n’augure vraiment rien de bon pour Paul.

“I don’t think I can handle another one”
Woodrugh devrait prendre exemple sur un Ray qui a enfin pu prendre un peu de recul. A un tout autre stade de paternité, il renonce notamment à son fils et vient lui transmettre un souvenir de famille. Mais avant cela, il est prévenant avec Bezzerides en l’avertissant que Chessani (le maire de Vinci) en veut à son badge.
Et puis, surtout, il semble enfin libéré de ses démons et de l’alcool. Impressionné par ce nouveau Ray, Semyon tente même de l’enrôler. Mais Ray est apaisé et ne souhaite plus jouer les gros bras. Ce retour de lucidité tombe à pic car les balles vont à nouveau siffler à ses oreilles.

“I don’t have anything to apologize for”
Antigone poursuit son enquête même si sa hiérarchie lui annonce qu’elle est suspendue. Elle se trouve ainsi dans une situation similaire à Woodrugh. Sous le coup d’une plainte d’un collègue – le fameux Steven avec lequel elle avait tenté de batifoler –, elle conserve néanmoins ses prérogatives dans l’affaire Caspere.
C’est l’occasion pour elle de renouer avec sa famille. Sa soeur, Thena, lui apprend que des soirées regroupant des prostitués d’élite ont lieu dans le nord de l’état. Son père, quand à lui, lui révèle que Pitlor, Chessani et le défunt Caspere se connaissent de longue date, notamment dans le cadre d’une mystérieuse “Loge”.
Mais tout s’accélère lorsque Woodrugh et Dixon retrouve la trace d’effets personnels ayant appartenu à Caspere. Un premier suspect est ciblé. Ani sonne donc la charge. Son dispositif semble disproportionné et pourtant c’est un carnage qui les attend.

ep12-ss04-1920

“Sometimes, your worst self is your best self”
Ce final laisse haletant. il fait d’autant plus impression qu’il contraste fortement avec un épisode – voire même un début de saison – relativement calme. Il évoque fatalement, ne serait-ce que par symétrie, la séquence magistrale de la saison passée (un plan séquence que vous avez forcément encore en mémoire).
Pourtant elles sont parfaitement dissemblables. Outre leur stricte réalisation technique, l’extraction improbable mais réussie signée Rust Cohle est ici remplacée par un engagement qui vire au fiasco sanglant. Alors oui, nos trois héros s’en tirent et neutralisent leurs cibles. Mais les victimes dans leurs rangs sont nombreuses, leurs positions sur les coups de boutoir d’un sniper improvisé n’ont rien de glorieuses et puis, il suffit de voir leurs visages après l’assaut pour comprendre qu’ils en ressortent durablement marqués.
Maintenant, du point de vue du téléspectateur, la scène signale définitivement l’épilogue de la phase de mise en place (du moins, on l’espère). Les évènements devraient naturellement pouvoir se précipiter désormais.

Réglages de comptes
Plus cette saison 2 se déploie et plus le sentiment de distinguer des faisceaux rétroactifs s’amplifie. Le personnage d’Antigone est manifestement une réponse aux critiques quand à la représentation féminine au sein de la première saison. Pizzolatto s’est avec elle fendu d’un personnage féminin dominant qui a de nombreux attributs de caractères pseudo-masculins tout en ayant – à priori – une sexualité confuse. Un reproche qui revenait souvent s’agissant du duo masculin la saison passée…
Mais ce n’est pas tout, outre le piètre réalisateur de film au physique légèrement asiatique qui nous rappelle quelqu’un (voir en fin de mon précédent récap’), pourquoi ne pas arrondir les angles avec la presse pendant qu’on y est :

“They lie without blinking. You know one of those dog fuckers said to me once? I’d rather be wrong and first than right and second. That tells you all you need to know.” (Velcoro)

Nous sommes donc bien loin du conformisme usuel sur le petit écran américain. La multiplication des références littéraires lors de la saison 1 avait surpris. Souvenez-vous, certains avait même parlé de plagiat s’agissant d’écrits de Thomas Ligotti. En réalité, chaque assertion était réécrite et il n’aura jamais été envisagé par les donneurs de leçon que Pizzolatto remixait librement comme tout écrivain ouvert à d’autres modes de pensées. Cette affaire stigmatise remarquablement les carcans d’une profession qui ne s’autorise que bien trop rarement le politiquement incorrect. Du reste, la saillie reproduite ci-dessus (dirigée contre la presse donc) constitue, dans le contexte True Detective, une première (pour son caractère violent, gratuit et surtout, non nuancé) !

Toutefois, cet épisode délaisse pour la première fois le mystère et cette saveur fantastique née d’un étrange tueur masqué. La direction à tonalité policière classique prise par cet épisode laisse entrevoir une perte de l’ADN True Detective et cela d’autant plus que cette saison est d’une linéarité totale. Espérons que l’imagination de son auteur revienne dès le prochain épisode.

Navigation
s02e01 : The Western Book of the Dead
s02e02 : Night Finds You
s02e03 : Maybe Tomorrow
s02e05 : Other Lives
s02e06 : Church in Ruins
s02e07 : Black Maps and Motel Rooms

Quelques théories

  • Le Huffington Post constate qu’une référence au Yellow King s’est glissé dans cet épisode ! Doit-on en conclure que le gang Amarilla est une fausse piste ?
  • Le cas Teague Dixon est une énigme ! Après avoir manifesté une flemme phénoménale, c’est presque lui seul qui déclenche la piste Amarilla. On s’interroge alors sur son cas (Reddit) et notamment sur son étrange attention pour Paul.
  • En fin d’une review très complète, Dave Tach accuse Chessani comme responsable du meurtre Caspere. Il n’est pas très difficile de corroborer cette théorie et, je dois vous avouer très honnêtement que cette éventualité me plait ! Elle enfoncerait le clou sur le thème – à mon humble avis – prépondérant (et trop peu débattu jusqu’ici) de la dénonciation d’un système tristement réel à Vinci/Vernon.

Observations diverses

  • Scott Lasser est crédité au côté de Nic Pizzolatto à l’écriture de cet épisode. Lasser est lui aussi un écrivain et une ancienne connaissance du créateur de la série.
  • Quand à la mise en scène, elle est signée Jeremy Podeswa. Ce cinéaste canadien est désormais un habitué de la série cablée.
  • Du côté de chez Variety, Rachel McAdams nous explique que la séquence finale fut particulièrement éprouvante pour ses tripes !
  • Vulture nous propose une réflexion sur l’utilisation des plans aériens dans la série.
  • Pour The Daily Beast, cette saison 2 de True Detective fait mouche pour précision dans la description d’un système corrompu à tous les étages.

Visuels : True Detective / HBO / Anonymous Content / Lee Caplin / Picture Entr. / Passenger

7 réflexions sur “Une aura verte et noire, True Detective s02e04 (récap.)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s