FARGO -- Pictured: Billy Bob Thornton as Lorne Malvo -- CR: FX/Matthias Clamer

Fargo s01e04 « eating the blame »

(FX) saison 1 en dix épisodes –
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C’est le 6 mai dernier sur FX qu’était diffusé pour la première fois ce quatrième épisode de Fargo. Les créateurs de la série ainsi que les responsables de la chaîne s’étaient montrés très vagues sur la relation précise entre le film originel et son rejeton télévisuel. Mais “Eating the blame” clarifie les choses avec ce naturel déconcertant qui caractérise la série.
Cette mise en lumière est-elle pourtant de nature à propulser l’épisode au rang de pierre angulaire ? Je vous propose d’approfondir tout cela dès après l’avertissement réglementaire.

Ce qui suit détaille en profondeur l’épisode 4 ! J’écris tout cela en m’adressant à un lecteur qui a vu le dit-épisode au préalable. Si ce n’était pas le cas, vous êtes toutefois prévenus.
J’ajouterai que j’y fais le lien avec le film également ! Il est tout à fait possible d’apprécier la série sans l’avoir vu mais nous pouvons désormais affirmer qu’il y a un lien concret et comme il s’agit d’un superbe long métrage, je vous recommande chaudement de le découvrir si ce n’était pas déjà le cas (bis).


Au début de l’épisode précédent, Fargo s’offrait une anicroche. La narration jusqu’ici parfaitement linéaire se permettait un petit retour en arrière pour nous expliquer qui était la victime en caleçon s’échappant du coffre de Lorne au tout début de la série. L’ouverture de ce quatrième volet va encore plus loin puisqu’elle nous ramène en 1987. On y découvre un jeune Stavros avec femme et enfant à bord d’un break peinant sur les routes enneigées du Minnesota. Il laisse derrière lui une contrée plus tempérée mais aussi des dettes et nous allons être témoins des instants qui vont changer sa vie.
Alors que sa voiture cale pour cause de panne d’essence, Stavros est littéralement effondré et supplie le ciel de l’aider. En tournant la tête, il aperçoit un grattoir de pare brise rouge qui trône sur le bas côté. Il découvre alors la valise remplie de billets qui était dissimulée en dessous et l’on comprend alors l’origine de sa richesse future.

Cette valise, c’est celle que Carl (Steve Buscemi) avait planqué avec le même grattoir dans le film des frères Coen. La date de 1987 — comme dans le film donc — en introduction avait sans doute déjà éveillé la curiosité des amateurs. Pour les plus perspicaces, ce même grattoir si richement encadré dans le bureau de Stavros annonçait dès l’épisode précédent cette continuité. Car oui, il nous faut désormais parler d’une série séquelle ou d’une suite si vous préférez.
Mais attardons nous sur cette révélation qui n’est pas qu’un simple pont. Non seulement elle permet d’instaurer une paternité avec le film, mais surtout, elle trouve une justification plus directe avec le personnage de Stavros en expliquant l’origine de sa dévotion. Alors qu’il clame “God is real !” après sa découverte, on comprend mieux l’homme qu’il est dans le présent et surtout, on mesure combien Lorne l’a parfaitement cerné.

Et justement, un fondu vers le Stavros du présent — 19 ans plus tard, en 2006 donc — nous permet de le découvrir alors qu’il cherche à comprendre comment sa douche s’est transformée en fontaine de sang. Le plombier venu inspecter ses conduites n’est autre que Don Chumph (Glenn Howerton), si, si, souvenez-vous, le coach sportif tartiné de crème bronzante, accessoirement maître chanteur de Stavros et désormais téléguidé par Lorne.
Don affirme que tout est normal au niveau des tuyaux mais glisse insidieusement une référence biblique au moment de partir : « And God sent a plague of blood upon the land. Better get right with the Lord.”
Stavros, visiblement sur les nerfs, agrippe le faux plombier mais Wally s’interpose.
Nous sommes bien d’accord que Don est un abruti de première — il y aura d’ailleurs une scène un peu plus tard pour le démontrer — et l’ombre de Lorne plane sur sa sortie. C’est justement ce dernier qu’on aperçoit furtivement lorsque Don sort de chez Stavros.
Lorne est observateur. Il a vu combien Stavros était croyant et le manipule en usant des plaies bibliques. La mort de son chien puis l’eau changée en sang fait référence aux dix plaies d’Egypte. Mais ce n’est pas fini.

Un peu plus tard, Stavros, sans doute bien chargé en Adderall — l’excitant que Lorne a malicieusement mis à la place de son traitement pour le dos — s’énerve contre son pleurnichard de fiston avant de découvrir que son bureau et tout le reste du magasin sont infestés de criquets (ou grillons peut être ?) ! Le voici donc une nouvelle fois accablé par une troisième plaie sur les bras et pour enfoncer le clou, Lorne lui passe un coup de fil (en maquillant sa voix) pour lui rappeler aux bons souvenirs de la rançon. Avant de raccrocher, Lorne lâche un “God is watching” enfonçant définitivement Stavros dans les tourments de la paranoïa.
La gravité de la scène est totalement dégoupillée par une apparition d’un Lorne debout au sommet de la toiture du magasin. Cette position supérieure d’un Lorne triomphant et fier de son oeuvre marque bien toute la dérision de la série vis à vis d’une crédulité ordinaire. C’est un thème cher aux Coen même si le sous-texte religieux ne faisait pas partie du film. Noah Hawley s’en empare parfaitement. Il pousse de surcroît l’ironie jusqu’à affubler Lorne d’une couverture d’homme d’église.

Et de cette couverture il est aussi grandement question. Lorne est partout dans cet épisode. Mais son omniprésence ou plutôt son omnipuissance est contrariée par les événements. Alors qu’il supervise l’intervention de Don le plombier, Gus qui était une fois de plus en mission canine l’aperçoit et ne manque pas cette fois-ci de l’interpeller. On remarque tout de même qu’il n’est pas très à l’aise, notre pauvre Gus. Lorne n’avait sûrement pas prévu cette arrestation mais il est confiant, affirmant même au policier qu’il va s’en mordre les doigts : « You’re making a mistake ». Désormais omniscient, il prédit en effet que Gus prononcera ces mots bientôt.

On imagine alors le duo Molly/Gus face à Lorne pour un affrontement titanesque en salle d’interrogatoire. Gus prévient d’ailleurs directement Molly par téléphone mais au grand désarroi du duo, Bill fait valoir son rang de supérieur et se rend à Duluth à la place de Molly. Gus ne peut quand à lui qu’assister au one man show de Lorne, aka Frank Peterson ici, qui manipule à son aise le lieutenant Schmidt accompagné d’un Bill décidément peu inspiré. Peterson serait donc un prêtre luthérien installé à Baudette qui participait à une soirée Bingo lors des faits qui lui sont reprochés.
Il faut avouer que le dossier est bien faible mais Lorne est largement aidé par les deux incapables qui l’interroge ! Gus assiste au numéro du faux prêtre derrière une glace sans tain et l’accompagne alors qu’il est relâché. L’agent Grimly n’est peut être pas aussi doué que Molly mais il tente un dernier coup de poker. Car il se trouve que Molly, malgré sa déconvenue vis à vis de Bill, a fait une nouvelle découverte intéressante. Elle a en effet retrouvé le motel dans lequel Lorne avait séjourné et elle a appris deux détails importants : le premier étant que Lorne a signé “Lorne Malvo” sur le registre — vous voyez que nous avons bien fait de l’appeler Lorne jusqu’ici ;o) — et puis qu’il a abandonné dans sa chambre des jetons du Lucky Penny (tiens, tiens…). Molly avait prévenu Gus et ce dernier interpelle Lorne par son vrai nom (quoique…) dans le couloir qui le mène vers la sortie.
C’est alors l’occasion de mesurer tout le talent de Billy Bob Thornton. Il laisse échapper un bref instant de surprise, puis reprend le dessus avec son sourire sournois et envoie une répartie déconcertante et délicieuse à la fois : « Did you know the human eye can see more shades of green than any other colour, My question for you, is why? »

J’aime beaucoup ce passage ! Malgré la mise en place d’une large représentation de personnages simples d’esprit, la série se permet de proposer un affrontement verbal. Il aurait finalement été très facile de se contenter d’une violence dure, hors au delà de l’ironie propre à l’univers des Coen, Hawley se plaît à nous surprendre par ces incartades jouissives.

Lorne sort donc comme le grand gagnant de cette interpellation imprévue ! Il a même utilisé son coup de fil réglementaire pour superviser Don dans sa quête d’insectes des trois animaleries de la ville et lui demander, par la même occasion, de passer le chercher au commissariat, démontrant ainsi qu’il était plus que confiant quand à sa sortie prochaine. Surtout, Gus a effectivement réalisé sa prédiction en prononçant les fameux mots qu’il lui avait énoncé.
Si Lorne remporte cette manche avec maestria, Molly et Gus savent désormais à quoi s’attendre ou plutôt à qui ! Les adversaires se sont jaugés et les choses sérieuses vont pouvoir débuter.
Molly a d’ailleurs tout de suite trouvé la réponse aux nuances de vert. Cela fait référence aux origines simiesques de l’homme et comment le singe était affûté pour discerner les prédateurs au milieu d’une palette verte de la jungle. Et l’intuition de Molly n’a pas changée : il faut s’intéresser de près à notre Lester national !

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C’est qu’on l’avait presque oublié le Lester ! Il a pourtant fort à faire dans cet épisode. Barbu et Veste à franges sont sur sa piste. Ils pensent que Lester a dé-zingué Sam Hess même s’ils s’opposent sur la certitude que ce soit lui. Cela donne une conversation pour le moins animée entre les deux tueurs de Fargo dans le restaurant de Lou.
Lester qui souffre de plus en plus de sa blessure à la main reçoit deux coups de fil. Dans le premier, Barbu tente de l’impressionner et, dans le deuxième, la fourrière de Duluth lui apprend que son véhicule a subi des tests de la police scientifique. Tout cela l’inquiète beaucoup, d’autant plus qu’ils est d’un naturel inquiet notre Lester, mais il n’a pas trop le temps de cogiter car Barbu et Vestes à franges le balance dans un coffre de voiture. La suite, on la connait tant le mode opératoire de Barbu et Veste à franges nous est désormais familier. On les retrouve sur un lac, Barbu traîne Lester sur la glace et Veste à franges y creuse un trou. Mais cette fois, pas question de refroidir n’importe qui. Barbu tente alors d’extirper des aveux de la part de Lester.

Sauf que Lester est dans un grand jour. Il s’est souvenu dans le coffre qu’il avait toujours le taser de son frère, ce qui au passage dénote bien l’amateurisme de Barbu et Veste à franges (non seulement Lester est armé mais il détient toujours son téléphone portable…).
Il parvient à électrocuter Barbu et s’enfuit alors que Veste à franges continue à percer son trou. Il retrouve la route et rejoint — gros coup de bol, il faut bien le dire — un policier qui était en train de contrôler une voiture abandonnée (celle de Barbu ?). Le représentant des forces de l’ordre n’a pas du tout l’intention de le trimballer mais notre Lester, décidément très en ressources, frappe l’agent qui n’a d’autres choix que de l’arrêter. Il quitte donc les lieux sous les yeux médusés de Barbu et Vestes à franges, une nouvelle fois dissimulés dans le décor.

On se dit que notre Lester national a pris du plomb dans l’aile ! Il a su trouver des solutions aux événements qui ne lui étaient franchement pas favorables. Mais le destin dans Fargo aime se jouer de lui. Barbu est Veste à franges se frittent (opportunément ?) dans un bar et les voilà emprisonnés dans la même cellule que Lester ! Barbu part dans un éclat de rire contagieux et l’épisode se termine sur un morceau délicieusement funky de The Relatives :


Fargo la série est donc une suite du film ! Il faut reconnaître que cela aura été subtilement amené. La liaison avec le film de 1996 ne doit pas nous faire oublier le coup d’éclat de Lorne. Cette séquence lance véritablement la série ! Les forces en présence vont pouvoir s’affronter. Lorne parviendra-t-il à maintenir sa domination ? Molly et Gus prendront-ils enfin le pouvoir dans leurs escouades respectives ? y aura-t-il une autre valise de billets (la rançon de Stavros) égarée dans la nature dans une tentative d’hommage ultime au film ?
tout cela, nous le découvrirons dans la suite. Stay tuned !

Observations Supplémentaires :

  • Avant de se faire coincer par Gus, Lorne passe un coup de fil bref dans lequel il demande un nouveau paquet ! Considère-t-il sa mission terminée à Duluth ?!
  • Mon petit point Google Maps habituel : Baudette se trouve au nord de Bemidji et tout de même à plus de trois heures en voiture de Duluth !
  • Concernant le titre de l’épisode (“eating the blame”), il s’agirait d’une référence bouddhique/zen mais je n’ai pas trouvé de source concrète à vous proposer…
  • Après nous avoir laissé dans l’expectative durant les deux précédent épisodes, vous aurez remarqué que les conversation en langage des signes entre Barbu et Veste à franges sont désormais sous-titrées. On peut se demander si ce changement n’est pas un peu opportuniste, non ?

Autres épisodes, autres récaps :
s01e01: The Crocodile Dilemma
s01e02: The Rooster Prince
s01e03: A Muddy Road
s01e05: The Six Ungraspables
s01e06: Buridan’s Ass
s01e07: Who shaves the Barber?
s01e08: The Heap
s01e09: A Fox, A Rabbit and a Cabbage
s01e10: Morton’s Fork

Visuels : Fargo / FX
Musique : The Relatives « Say It Loud (It’s Coming Up Again) »
(2013 Yep Roc. Rec.)

9 réflexions sur “Fargo s01e04 « eating the blame »

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