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Simplification du langage, Fargo s02e10 (récap.)

(FX) s02e10 “Palindrome”
2 saisons (10 éps chacune) visibles sur Netflix
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s03e01 (à venir / 2017?)

La saison 2 de Fargo trouve ici sa fin mais, quelque part, avec ce jeu des des références qui relient l’ensemble (la saison précédente et la suivante à coup sûr), c’est aussi le début d’une autre histoire. Le titre de cet épisode y fait manifestement allusion : le fameux Palindrome !
Les puristes nous diront que ces multiples liens entre les saisons de la série, l’exclue de la définition stricte de l’anthologie. Mais parce qu’elle a trouvée une maturité cinglante en cette saison 2, elle peut déjà se prévaloir de l’autre signification du terme. Oui, Fargo est une série d’anthologie !

Attention, je reviens ici en détails sur ledit épisode ! Revenez quand vous l’aurez vu…

The fracture of peace end enlightenment. A la fin de l’épisode, Lou referme le livre qu’il vient de lire à Molly avant qu’elle s’endorme. Il sera temps de quitter les Solverson mais cette fin n’en est pas vraiment une, en particulier parce qu’un futur attend ses personnages, un futur auquel nous avons en partie assisté lors de la saison 1.
Avant cela, il y a cette introduction magnifique, peut être la séquence la plus forte de l’épisode et elle s’ouvre à nouveau au son d’un narrateur. Si la dimension littéraire reprend ses droits (et elle ne nous quittera qu’en toute fin avec le livre refermé par Lou donc), ce n’est plus Martin Freeman qui parle mais bien Lou. Le passage est glaçant. On contemple, les uns après les autres, chacun des Gerhardt étendus sur le sol, y compris Simone dont on n’avait pas vu le destin final. Après cette série macabre, la caméra s’arrête sur Betsy et nous ne pouvons que retenir notre souffle… faut-il en conclure qu’elle a rejoint l’au-delà ?
Non, elle se réveille enfin et raconte à Noreen son rêve prémonitoire. Elle y voit une époque futuriste et la célébration d’un anniversaire alors que Molly, Gus et leurs enfants se trouve à la table de son mari. Ce passage transpire l’émotion tant il nous renvoie au casting que l’on avait appris à aimer en saison 1 (l’excellente Allison Tolman en particulier). Le procédé du rêve constitue aussi une belle référence à la filmographie des frère Coen à travers une scène tout à fait similaire dans Raising Arizona.

Sometimes, nothing’s broken. Fargo peut tout se permettre. Y compris basculer d’un rêve à la réalité pour revenir à la fuite des Blumquist. Peggy & Ed trouve refuge dans une chambre froide d’un supermarché. Hanzee est à leurs trousses mais lorsque Peggy décide d’ouvrir la porte, c’est Lou qui se saisit d’elle. Alors que le couple avait déjoué la vigilance de toutes les parties, c’est la fin du voyage pour ces deux là. Le « boucher » de Luverne succombe à une balle tirée par Hanzee et Peggy est définitivement arrêtée par Lou.
C’est une fin amère pour Peggy dont on s’aperçoit qu’elle imagine complètement une attaque par le feu d’Hanzee lorsqu’ils sont retranchés dans la chambre froide. Son imagination calque ainsi le passage d’un film (fictionnel de Reagan) qu’elle avait vu dans la cabine de l’oncle d’Ed. Jusqu’au bout Peggy aura été ce personnage bercé d’illusions – elle espère même une prison en Californie – qui avait pourtant, au départ, à coeur de participer à l’émancipation féminine de son époque. Les événements lui auront cruellement renvoyé une réalité absurde et implacable. Alors que Lou la raccompagne à Luverne, leurs conversations ne trouvent pas de terrain d’entente. A l’anecdote de guerre décrite par Lou, qui lui permet de souligner l’importance du dévouement familial, Peggy réplique par son statut de “victime” et sa conviction très/trop individuelle.

Sovereignty. Mike Milligan pense, quant à lui, être parvenu à la consécration. Les Gerhardt décimés, il vient prendre possession de la maison familiale à Fargo et se montre implacable avec Ricky – l’homme de main, à la chaîne en or qui brille par dessus le col roulé, en provenance de Buffalo, et qui aidait Bear sur la fin pour les affaires courantes – en lui expliquant en substance qu’il se voit comme le nouveau roi.
Il déchante pourtant dans les grandes largeurs lorsqu’il constate que son nouveau statut implique qu’il travaille désormais dans un bureau ridicule à la comptabilité, au siège du syndicat du crime de Kansas City. Milligan endosse donc, dans cet épisode, le costume du personnage au parcours absurde par excellence. Voilà un tueur à gage qui s’est évertué à tuer pour survivre en espérant gravir les échelons et de s’apercevoir, en définitive, qu’il a fait tout cela pour ne devenir qu’un vulgaire rouage.
De la même manière, le destin est cruel pour Hanzee. Celui dont la couleur de peau était moquée du côté de Sioux Falls, est dans l’obligation de changer complètement de visage pour échapper à un avis de recherche devenu fédéral. Il a toutefois encore suffisamment de ressources pour obtenir une nouvelle identité. Ce sera Tripoli comme le phoenix qui renaît de ses cendres…

Maybe leave that subtext… Chez les Solverson, Betsy a très vite fait de balayer cette philosophie de l’absurde chère à Camus que Noreen lui explique. Malgré l’imminence de son trépas, la force avec laquelle elle témoigne son amour pour sa fille Molly renvoie à la certitude de l’intérêt supérieur familial soutenu par Lou un peu plus tôt.
Betsy, Lou et même Hank (qui a survécu) se retrouvent dans le living room saturé des jouets de Molly et ne s’émeuvent pas plus que ça de l’interruption extra-terrestre au Motor Motel. D’ailleurs, ce que l’on avait un temps cru être comme des signes cabalistiques du troisième type dans le bureau d’Hank ne sont en fait qu’une tentative de créer un langage universel. On ne pouvait faire plus belle réponse à la thématique pessimiste de l’absurde que par cet homme, récent veuf, qui tente de trouver une parade à la plus grande cause de guerres dans l’histoire de l’humanité : le manque de communication !

La nuit tombe à Luverne.

« – Goodnight, Mr. Solverson. »
« – Goodnight, Mrs. Solverson, and all the ships at sea. »

Émancipation. Avouons le, il y avait comme une peur du vide avant de découvrir cette saison 2. Noah Hawley et ses scénaristes devaient enfin voler de leurs propres ailes et se défaire définitivement de l’épouvantail que constituait l’illustre film des frères Coen. Alors il est vrai que la saison 1 avait fait ses preuves et que cette saison 2 pouvait à nouveau jouer d’une collection de références à la filmographie des frangins cinéastes.
Mais nous n’espérions pas une telle réussite, non seulement dans sa capacité à réinventer le genre, mais surtout dans cette facilité à lui associer des thématiques de fond plus inattendues (le féminisme, la cause indienne…) et une réflexion philosophique (l’absurde bien sûr) au long cours.
Au jeu des comparaisons défavorables, cette saison 2 ne s’incline uniquement que sur une certaine linéarité de son récit. Hormis quelques facilités temporelles, tout s’enchaîne de façon très classique, là où la saison 1 offrait différents points de fuites plus ou moins connectés. On remarquera toutefois que le casting était ici plus conséquent – ceci explique peut être cela – et qu’il aura, d’ailleurs, affirmé encore un peu plus l’exigence élevée d’une série à comédiens hors norme (Dunst, Woodbine, Plemons, Offerman, etc).
A la tête de la série, Noah Hawley sort, plus que jamais, renforcé par cette saison. Il n’est pas difficile de se mettre à la place des pontes de la chaîne pour comprendre qu’ils tiennent, avec lui, une poule aux oeufs d’or. Le voici donc chargé de plusieurs projets de série et la première conséquence de ce succès concerne directement Fargo, dont la saison 3 ne serait pas diffusée avant le printemps 2017. Ce sera donc, peut encore un peu plus par la force des choses, une toute autre histoire !

 

Observations diverses :

  • Tout d’abord, merci d’avoir pris le temps de lire ces récapitulatifs concoctés avec amour. Peut être en avez-vous manqué certains. La navigation (en tête d’article) vous permettra de les retrouver.
  • Alan Sepinwall (Hitfix) a décelé un lien particulièrement délicieux entre cet épisode et la première saison. Hanzee s’apprête à changer d’identité et clame vouloir prendre sa revanche sur le syndicat du crime de Kansas City. Il prononce alors une phrase (« Not apprehend, dead. Don’t care heavily-guarded. Don’t care into the sea. Kill and be killed. Head in a bag, ») qui est exactement prononcé par un chef mafieux dans la saison 1 (s01e06). Il semblerait même que son nom d’emprunt (Tripoli) corresponde… Bravo aux scénaristes !
    Oh et puis, Hanzee va secourir deux jeunes garçons des griffes de deux brutes. L’un d’eux se trouve être sourd. Ne s’agit-il pas de Wrench et Numbers, le duo de tueurs burlesques de la saison 1 ?
  • Decider pousse un peu plus loin la conjoncture en allant jusqu’à évoquer que Malvo est aussi celui qui met fin aux jours de Milligan !
  • C’est Adam Arkin qui réalise cet épisode (ainsi que le précédent). Nous le connaissons mieux pour sa carrière d’acteur durant laquelle il a multiplié les apparitions mais aussi pour des rôles plus réguliers (Chicago Hope, Life). C’est également lui qui interprète le chef de Milligan. Celui qui l’installe dans un petit bureau avant de lui demander s’il joue au golf ! Arkin se confie justement sur cette double expérience du côté de Variety.

 

Un peu de lecture :

  • J’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans ces récaps mais le travail de Marguerite Phillips à la supervision musicale est fantastique cette saison. Elle commente très largement son travail du côté de The A.V. Club.
  • Pour le New York Times, Zahn McClarnon (Hanzee) revient sur la trajectoire d’un personnage qui sera progressivement sorti de l’ombre au cours de la saison. Il évoque un peu plus longuement sa carrière pour Uproxx.
  • Pour TVLine, Patrick Wilson avoue avoir croisé son alter ego de la saison 1, Keith Carradine qui effectue une brève scène en compagnie d’Allison Tolman pour ce final.
  • Celui qui est sans doute LA révélation de cette saison, l’acteur Bokeem Woodbine (Mike Milligan) revient longuement sur son personnage pour le THR.
  • Entertainment Weekly propose un reportage très intéressant au plus près du travail de Noah Hawley lors du tournage à Calgary.
  • Pour Esquire, Kirsten Dunst (Peggy) commente elle aussi les choix de son personnage.
  • Enfin, le dernier mot va au patron, Noah Hawley qui explique qu’il faudra être patient avant de pouvoir découvrir la saison 3 qui devrait arriver au printemps 2017.

 

Sources US :

  • De nombreuses recaps circulent mais si vous ne deviez en lire qu’une, je vous recommande la série de récap’ publiés par Vulture.
  • En ce qui concerne la musique, j’ai souvent eu recours aux excellents billets de Rich Kienzie, un chroniqueur musical spécialisé en Country qui décortique chaque morceau utilisé durant la saison sur son blog Get Rhythm.
  • Enfin, le podcast indispensable sur la série est l’oeuvre de Tracy Mumford et Jay Gabler de MPR (radio publique du Minnesota). Le duo livre une analyse complète, drôle et intelligente sur chaque épisode : Aw Jeez Podcast !

Visuels : Fargo / FXP / MGM
Musique :
Black Sabbath “War Pigs” (1970 Vertigo Rec.)
Bobby Womack “California Dreamin” (1968 Minit Rec.)

6 réflexions sur “Simplification du langage, Fargo s02e10 (récap.)

  1. Tout simplement merci pour la qualité des publications. Je me suis régalé semaine après semaine à la lecture de ces recaps. J’ai très souvent découvert des détails non vus. Sympa aussi les titres des musiques. Bravo donc et vivement la prochaine série. Quelle sera t elle d’ailleurs?

    Aimé par 1 personne

    1. Ah Merci beaucoup, ça me fait très plaisir de voir que mes récap’ plaisent ^^
      J’ai déjà du retard sur la prochaine qui sera la saison 2 de Transparent (diffusée depuis lundi sur OCS). C’est un tout autre genre !

      J'aime

      1. Quel choix judicieux. J’ai regardé les 2 premiers épisodes de la saison 2, et ils sont de nouveau d’une très belle qualité. Quelle famille attachante ! Un montage original, souligné là encore une fois par une bo impeccable.
        Au plaisir donc de découvrir ton ressenti dans tes prochaines recaps.

        J'aime

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