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Masters of Sex s01e12 “manhigh”

(SHO) saison 2 prévue cette année
Episode 101

Voilà une série que j’ai longtemps hésité à distinguer dans ma rétrospective 2013. Elle aura notamment été la seule à véritablement surnager dans une fin d’année en roue libre du câble américain. Bien soignée et sur une thématique chère à la chaîne, Showtime s’offre ainsi sa série d’époque, son « Mad Women » !
Seulement voilà, une excellente Lizzy Caplan sur une adaptation d’une belle biographie ne suffit pas pour convaincre le sériephile biberonné aux séries d’époque.

Avant d’être une série, Masters of Sex est donc un livre signé Thomas Maier (2009). Un long sous-titre explique déjà bien les contours de son texte : « The life and times of William Masters and Virginia Johnson, the couple who taught America how to love ».
Maier est journaliste depuis plus de 30 ans pour le quotidien Newsday (Long Island, NY) et Masters of Sex constitue sa quatrième biographie publiée. Il a pour la première fois l’idée de ce livre en 1994 alors qu’il est chargé d’interviewer William Masters quand ce dernier prend sa retraite. Le sexologue décédera en 2001 mais Maier entreprend l’écriture de son texte en 2006, s’appuyant sur un manuscrit non publié du gynécologue et de nombreux entretiens avec Virginia Johnson. Elle non plus, n’aura pu découvrir son personnage de fiction puisqu’elle disparaîtra en juillet dernier à Saint louis.

 Masters of Sex par Thomas MaierIntrigué par l’histoire de ce couple plutôt méconnu, en tout cas pour ma génération, je me suis lancé dans la lecture du récit de Thomas Maier parallèlement à la diffusion de la série. En préface, Maier souligne l’universalité de la chose sexuelle et l’on comprend rapidement que le midwest américain des années 50 va constituer un environnement particulièrement hostile à toute étude sur la question.
Maier prend le temps d’évoquer la jeunesse de ces deux personnages alors que la série débute directement dans le vif du sujet. Avant d’être un brillant gynécologiste, Masters a une enfance compliquée du côté de Cleveland et un premier amour qu’il ne parviendra pas exprimer à l’élue de son coeur dans sa jeunesse. Avant d’être engagée par ce même Masters comme secrétaire en 1954, Johnson a grandi dans une famille de fermiers du Missouri puis devient chanteuse durant la guerre.

A l’écran, tout commence avec la rencontre de ces deux personnages qui vont progressivement mettre en place l’une des études les plus poussée sur la chose sexuelle…


La comparaison avec Mad Men est inévitable ! Les époque son proches, la relation Bill/Virginia évoque celle entre Don et Peggy et puis surtout, malgré les univers différents, les thèmes se rejoignent souvent (la place de la femme sur le lieu de travail, l’homosexualité refoulée, l’éducation des enfants avec parents séparés, l’infidélité, etc…).
D’ailleurs Maier ne cache pas qu’il avait eu deux ou trois offres sérieuses concernant les droits de son oeuvre pour en faire un film mais que seuls les producteurs de la série sont parvenu à le convaincre en lui promettant un résultat à la “Mad Men” !
C’est Michelle Ashford qui s’est chargé d’adapter son récit pour le petit écran. Avant d’y faire ses débuts dans le rôle de Showrunner, Ashford a connu tous les petits jobs de l’industrie (Accueil, Assistante,…). Puis elle s’était fait connaître en collaborant sur une autre référence prestigieuse du registre d’époque basée sur des faits réels, à savoir la minisérie The Pacific (HBO), qui lui a valu d’ailleurs plusieurs récompenses.

Ashford et la production ont souhaité associer Maier dès le départ. Ce dernier a suivi le projet en tant que conseiller et nul doute que sa connaissance du couple aura été précieuse.
La comparaison entre la biographie et la série permet de mesurer toute l’ampleur du travail d’Ashford et de sa writing room. Il en ressort qu’elle a souhaité donner une direction feministe plus prononcée à sa série. Le matériau de base allait effectivement dans ce sens en relatant notamment les avancées de Masters/Johnson sur l’orgasme fémimin. Toutefois, le trait est grossi dans la série et je trouve que c’est au détriment de l’ensemble.
Il faut l’avouer, la tentation était grande de stigmatiser une époque d’après-guerre encore marquée par la supériorité masculine. Je trouve que le propos est d’ailleurs parfaitement justifié mais il me gène lorsqu’il dénature en partie la réalité du texte de Maier. L’essentiel du décalage se concentre sur la personnalité de Masters qui devient alors dans la série, non plus le brillant et avisé praticien qui avait su nouer des liens forts avec la communauté de Saint-Louis au fil d’années de consultations mais un personnage rongé de l’intérieur et asocial qui apparaît désemparé.

Cette distorsion est par contre au bénéfice de Johnson ! On découvre progressivement une femme incroyablement moderne au sein d’une société figée. Elle parvient à concilier l’éducation de ses enfants avec un travail aux trop nombreuses heures supplémentaires et, comme si ce n’était pas suffisant, se permet de dominer toute sa classe dans des cours qu’elle suit parallèlement. Alors, bien sûr, tout n’est pas facile pour la secrétaire, deux fois divorcée et aspirant à un autre statut. Pourtant, rien ne semble résister à sa volonté de fer, accompagnée par moment d’une confiance en elle presque surréaliste.

L’aubaine s’avère idéale pour Lizzy Caplan ! Sa carrière jusqu’ici surtout dominée par la comédie trouve ici un point d’inflexion majeur avec un rôle dramatique magnifique. Toujours juste quelque soient les circonstances, elle délivre une performance des plus abouties sur le petit écran contemporain.
A ses côté, il faut tout le talent de Michael Sheen pour lui permettre d’exister. Mais n’oublions pas que Masters of Sex peut également s’enorgueillir d’un beau trio de seconds rôles aussi expérimenté que talentueux. Alors qu’ils sont tous les deux à l’affiche de sitcoms via d’autres networks, Allison Janney (Mom) et Beau Bridges (The Millers) excellent dans leur interprétation du couple Scully. Leur présence donne une profondeur incontestable à la série et de l’équilibre vis à vis d’un casting relativement jeune par ailleurs.
Enfin, je voulais signaler le talent de Julianne Nicholson sous les traits du Dr Lillian DePaul. L’actrice, qui me fascine également ces jours-ci dans The Red Road, est brillante à chacune de ses scènes.

Tout comme Mad Men, la prépondérance du lieu de travail facilite le travail des équipes chargées de constituer les décors. Quelques extérieurs agrémentés d’automobiles de collection permettent de nous évader un peu des couloirs d’hôpital. Nous sommes toutefois bien loin ici de l’opulence d’une Magic City qu’il sera bien difficile à surpasser.
Dans la même lignée, la mise en scène est continuellement en retrait, et j’irai même jusqu’à dire d’un classicisme désuet pour une chaîne comme Showtime où la tendance habituelle est inverse.

Après la diffusion de quatre épisodes, le network n’a pourtant pas hésité à renouveler la série. On aprenait récemment que cette saison 2 serait programmée dès la mi-juillet, ce qui relativise de manière significative l’intérêt de Showtime pour la série.
Michelle Ashford et son équipe ont donc fort à faire pour relancer leur histoire et ne pas se contenter de s’appuyer sur un casting impressionnant. Mais plus encore, il faudra convaincre ainsi que le récit de ces sexologues de renom méritait plus qu’une minisérie !

Visuels : Masters of Sex / Showtime

2 réflexions sur “Masters of Sex s01e12 “manhigh”

  1. Pile le doigt où ça fait mal! Je n’arrivais pas vraiment à comprendre pourquoi cette série me semblait un Mad Men édulcoré plutôt qu’une réalisation indépendante construite autout d’un livre. Les acteurs ne font pas tout malheureusement…
    (Je suivrai malgré tout la saison 2 avec attention. Qui sait peut-être que la writing room nous auras entendu)

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    1. De Mad Men à Magic City en passant par Playboy ou Pan Am, on a eu de nombreuses tentatives ces dernières années sur le registre d’époque et bien peu ont réussi à s’imposer. Comme toi, je serai au rendez vous de la s2 et, si j’espère un rebond, je ne suis pas optimiste pour Masters of Sex.

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