Bob Odenkirk (Fargo/FX)

Fargo s01e05 « the six ungraspables »

(FX) saison 1 en 10 épisodes –
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La semaine précédente, Fargo la série se positionnait par rapport au film originel dans un épisode à la croisée des chemins.
Le cinquième volet intitulé « the six ungraspables » (première diffusion le 13 mai dernier sur FX), dont il est question ici, est morcelé par les digressions, donc motorisé sur un faux rythme et pourtant si puissant. Mon récapitulatif devrait me permettre de conclure que nous tenons là, pour l’instant, le meilleur épisode de la saison !

Avertissement : ceci est un résumé complet du cinquième épisode de Fargo. J’y dissèque tout dans le soucis d’être le plus exhaustif possible. Si vous n’avez pas vu l’épisode, passez votre chemin ou prenez vos responsabilités, uff da !


Débutons tout de suite en musique ! L’épisode s’ouvre avec ce morceau signé The Carter Family :


Voilà encore une ouverture en forme de beau contre-pied ! Un champs de céréales pas loin de la moisson, aucune trace de neige et si Lester porte toujours sa doudoune orange, il n’y a pas d’erreur, nous ne sommes pas au coeur de l’hiver rigoureux auquel nous étions habitués. On se demande forcément pourquoi ce changement d’époque et surtout quel peut bien être l’intérêt de nous y montrer un Lester achetant des paires de chaussettes. Et puis tout s’éclaire ! Le vendeur — qui a bien compris qu’il tenait là un pigeon de première — parvient à lui refourguer un fusil de chasse en plus des chaussettes. La même arme qui servira à refroidir Vern Thurman.
Remarquez au passage le mot doux de Pearl lorsque son mari expose la pétoire : “Well, if anyone could shoot theirselves with an unload firearm, it’s you !”. Il y aura finalement quelque chose de prémonitoire dans cette invective en cela que l’on nous rappelle ensuite, avec force détails, comment Lester a prit un plomb dans la main.
Contrairement au flashback qui ouvrait l’épisode précédent, nous ne savons pas précisément quand se déroule la scène. L’exactitude n’est pas importante. Mais le procédé est aussi réussi qu’il se révèle multi-usage ! Au premier degré, il nous explique comment Lester s’est retrouvé avec un fusil (on serait tenté de dire à la Richard Virenque, à l’insu de son plein grès). Ensuite il nous permet de bien expliquer comment s’est déroulé le meurtre de Vern, dans une sorte de “previously” intégré à l’épisode faisant écho à l’enquête de Molly un peu plus tard. Enfin, et surtout, il y a toute la substance de la série dans ces quelques scènes. Le grotesque de l’achat des chaussettes, l’esbroufe qu’il se donne ensuite arme à la main et le dénouement qui se conclue par une accélération pour le moins gore de l’infection sur la main de Lester.

Il est encore question de chaussette dans la séquence suivante. On retrouve Lester dans le présent, là où on l’avait laissé à la fin de l’épisode précédent, c’est à dire en cellule de dégrisement bien entouré par Barbu et Veste à franges. Le duo a enfin compris que Lester n’était pas leur homme. Avec un peu de persuasion et d’effluves plantaires, ils parviennent à obtenir un nom de notre Lester. Ce sera donc Lorne Malvo à Duluth !

Parallèlement, Molly fait encore des miracles ! Non seulement, elle a progressé dans son enquête mais elle parvient à convaincre son chef, Bill que l’on avait pourtant classé comme cas désespéré depuis belle lurette.
Il faut dire que sa démonstration est limpide et les facteurs aggravants pour le cas Lester s’accumulent. La facture téléphonique du vendeur d’assurances indique le motel où résidait Lorne, ce dernier y avait laissé des jetons du Lucky Penny, la fille de l’établissement qui était dans les bras de Hess ce soir là s’est souvenu qu’il s’était vanté d’avoir refait le nez d’un faible et qui avait le nez amoché à l’hôpital ce jour là ?! Bref c’en est trop, même pour Bill !
Toute la séquence est tendue. Molly peine d’abord pour se faire entendre auprès d’un Bill accaparé par la tempête à venir. Mais elle est en mission. On aura une magnifique piqûre avec Ida pour nous le rappeler ensuite. Sa tenacité est admirable et il est impossible de ne pas prendre fait et cause pour son combat. Tout cela réinstalle parfaitement les enjeux et la tension nécessaire.

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Car pendant ce temps là, Lorne est au four et au moulin ! Il retrouve son dealer — avec son van remplit de merveilles — et lui achète un scanner pour les fréquences de la police ainsi qu’un talkie walkie. C’est qu’il ne plaisante pas Lorne : “Do I look like I want a pink police scanner?”.
Il se rend chez Don ensuite pour appeler Stavros. Ce dernier est à bout. Il veut payer sont mystérieux extorqueur — qui se trouve être justement la personne qu’il a au bout du fil mais ça, il est très loin de s’en douter — et lui demande de venir faire le chauffeur pour lui.
S’en suit une scène absolument désopilante durant laquelle Lorne demande à Don de lui fournir tout ce qu’il faut pour l’enfermer dans un cagibi ! Quel benêt ce Don : “Poop !”

Mais Lorne doit avoir les oreilles qui sifflent ! Après avoir convaincu Bill, Molly apprend que Lester est justement en cellule ! Seulement voilà, il est dans un piteux état et elle est obligée de l’amener à l’hôpital. Sur le chemin dans l’ambulance, elle tente tout de même de lui soutirer des informations. Elle parle de Lorne mais Lester, à moitié conscient, se contente d’avouer qu’il ne l’a pas payé.
Au milieu de tout cela, Lester a mentionné Pearl faisant tourner une machine à laver. Cela aura son importance quelques instants plus tard même si tout cela est bien maigre pour Molly.

De son côté, Gus n’est pas mieux servi. Une recherche sur internet du dénommé Malvo ne donne pas grand chose et Gus ne parvient pas à trouver le sommeil. Rien de tel alors qu’une conversation en robe de chambre avec son voisin. Surtout si le dit voisin s’avère avoir de belles histoires à raconter. Enfin belle, c’est vite dit. La parabole qu’il décrit est plutôt sordide et sa conclusion pour le moins pessimiste : “Only a fool thinks he can solve the world’s problems.” Notre pauvre Gus est heureusement fait d’un autre métal : “Yeah, but you gotta try, don’t ya?”
L’histoire dans l’histoire est désormais un classique dans Fargo mais celle-ci se distingue par sa représentation presque incongrue. Sa justification est logique car pleine de sens mais fallait-il pour autant l’agrémenter d’acteurs organisés en une courte succession de scénettes ? La question se pose un peu plus lorsqu’on constate que le voisin (interprété par Byron Noble) a le talent nécessaire pour la déclamer avec force.
S’en suit un chassé croisé ! Gus retourne sur les lieux où il était parvenu à serrer Lorne. Sur le chemin, il croise — sans s’en rendre compte bien sûr — Lorne qui conduit Stavros à son bureau. Alors qu’il vide son coffre pour remplir une valise de biftons, Dmitri fait une entrée remarquée auprès de Stavros. Son fils n’est peut être pas une lumière mais il a tout compris pour les criquets. Il a fait sa petite enquête et sait désormais qu’une personne a vidé les stocks d’insectes dans les animaleries des environs. Mais, et c’est là toute l’ironie, Stavros ne l’écoute pas, persuadé qu’il est la cible du courroux divin.
Sur le retour, Lorne tente également de faire passer un message à Stavros. Il lui rappelle que Saint Laurent (si apprécié de Stavros) fut martyrisé par les Romains, un peuple que Lorne trouve admirable pour avoir été élevé par les loups. Et pour bien appuyer son propos, Lorne se lance lui aussi dans un récit sordide qui ne provoque malgré tout que l’incompréhension de son interlocuteur.
La philosophie de Lorne est décidément celle du prédateur. On se souvient de l’énigme des nuances de vert la semaine passée et tout cela est souligné par de subtils ajouts comme cette brève scène durant laquelle Molly fait son repassage en regardant un documentaire animalier dans les Everglades. A un certain point, on pouvait penser que Lorne se délectait d’en rajouter sur son comportement et pourtant, sa diatribe destinée à Stavros instille le doute. Ce dernier est défait sur toute la ligne et il n’y a plus pour Lorne aucun intérêt à l’enfoncer. Se pourrait-il que Lorne exprime là un quelconque remord ?

Une fois rentré chez lui, Stavros congédie Lorne et en termine là avec ses services. Mais juste avant d’arriver, Lorne avait aperçu Gus dans ses phares. Lorne doit sûrement prendre notre pauvre Gus très au sérieux désormais puisqu’il le file jusqu’à son domicile et tente alors d’écouter les conversation de sa fille au talkie walkie.
Alors qu’on se dit que Lorne prépare forcément un mauvais coup, revoilà le voisin de Gus ! Lorne a beau lui sortir son jeu passif / agressif avec une anecdote à faire froid dans le dos, le voisin lui demande de quitter les lieux avant qu’il ne prévienne la police : “You have black eyes. You’re trouble !”
Le voisin n’en mène pas large mais campe sur ses positions et Lorne s’en va.
Gus est donc définitivement la nouvelle cible de Lorne mais Molly l’appelle pour lui annoncer qu’elle sera à Duluth le lendemain afin d’examiner la voiture de Lester qui s’y trouve à la fourrière. Il aura bien besoin de son aide.

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Lester justement est dans de beaux draps, aux deux sens du terme ! Molly apprend par le médecin qui l’a soigné que sa blessure est due au plomb d’une balle de fusil de chasse. Elle a également fait une virée au domicile de Lester, s’intéressant de près à la fameuse machine à laver. On pense alors qu’elle va y trouver le marteau mais elle n’en sort rien. Il faut dire qu’elle est entré sans justification légale notre Molly et ce n’est pas joli joli de sa part.
Seulement voilà, elle profite de son passage à l’hôpital pour rendre visite à Ida — la veuve de Vern — qui vient d’accoucher. La scène, simple et touchante, se charge de nous rappeler que Molly est en mission ! une mission importante pour laquelle elle est déterminée à tout faire, y compris quelques entorses au règlement.
On ne saurait trop la comprendre alors que l’épisode se termine lorsqu’elle vient voir Lester, lequel fait semblant de dormir en masquant un regard inquiétant qu’on ne lui connaissait pas.

Cet épisode nous propulse à mi-saison bien que l’accélération du cas Stavros à Duluth semble indiquer un dénouement plus immédiat. Par conséquent, je me demande bien comment Noah Hawley va articuler cette seconde partie de saison.
L’épisode m’a laissé une forte impression. Les saillies du voisin sur le philanthrope extrême et de Lorne sur l’association Romains / Rottweiler renforcent paradoxalement un volet qui avait tout d’une transition sur le papier.
Si je devais formuler une critique, elle irait vers le personnage de Gus. Colin Hanks me parait au niveau mais c’est, pour l’instant, le membre un peu en retrait du quatuor principal. Nous en sommes à un point où tout le monde attend la formation d’un duo de choc qu’il pourrait constituer avec Molly. J’espère que la série saura répondre à cela.
Enfin, qui dit deuxième moitié, dit spectre du final. Le format de l’anthologie saisonnière — et on l’a particulièrement constaté avec True Detective — implique cet enjeu implacable du final. Impossible de l’escamoter avec un cliffhanger. Il faut conclure et là encore, l’ombre du film sera lourd à évacuer. Une grande partie du travail d’Hawley sera jugé sur sa capacité à bien négocier cette conclusion qui approche à grand pas.

Fargo nous a bel et bien livré un grand épisode ! Vivement la suite…

Quelques Théories :

  • La série avance et les supputations deviennent nombreuses. La création d’une petite rubrique les rassemblant s’imposait !
  • Stavros a donc décidé de payer. Il remplit une valise de billets qui ressemble étrangement à celle qu’il avait trouvé dans la neige (et qui est donc celle du film — voir mon précédent post). La semaine passée, je me demandais si elle ne serait pas abandonnée dans la nature pour reprendre l’esprit du film des Coen. Mais s’agissant d’une anthologie, ne serait-ce pas finalement le moyen d’imaginer un fil conducteur entre les saisons. Les personnages et l’histoire changeraient mais la valise reviendrait chaque année ?!
  • Alors oui, Lester semble inoffensif mais ce regard qu’il a sur son lit d’hôpital en toute fin d’épisode me fait froid dans le dos. Après tout, Molly qui était encore là où il faut, n’a pas mis la main sur le marteau. Lester pourrait-il définitivement basculer du côté obscur de la force et pourquoi pas devenir un padawan de Lorne ?! Ses hallucinations à la prison ne présage rien de bon.
  • Plus légèrement, les préparatifs de Bill pour la tempête à venir nous font bien rire. Il y  a toutefois fort à parier que la neige sera au rendez-vous pour le final !
  • Sinon, Barbu et Veste à franges ont semble-t-il le bras long puisqu’un inspecteur leur remet le dossier de Lorne. Malgré cet appui, ils ont quand même beaucoup de réussite d’être finalement sur la piste du bon tueur de Sam Hess. Pas sûr qu’ils parviennent à débusquer Lorne à Duluth sans une aide opportune, comme Molly de manière involontaire et sachant qu’elle doit justement s’y rendre, par exemple.

Observations supplémentaire :

  • Le titre de l’épisode est encore une référence à la philosophie Zen. Les “six insaisissables” seraient les cinq sens auquel s’ajoute l’esprit. A moins que ce soit, comme l’affirme Richard Vine sur The Guardian, cette parabole sur “les aveugles et l’éléphant”.
  • Ce cinquième épisode est l’occasion d’un second passage de témoin derrière la caméra. C’est Colin Bucksey qui succède à Randall Einhorn. A noter que les deux metteurs en scènes ont en commun d’avoir travaillé sur Breaking Bad !
  • “Lorne, like the fellow from Bonanza”. Il s’agit de Lorne Greene, acteur canadien qui interpréta le rôle de Ben Cartwright dans Bonanza donc et du Commandant Adams dans Galactica.
  • Le voisin de Gus appelle Lorne par le terme “Se’irin”. C’est un mot du folklore juif qui désigne démon. En faisant quelques recherches, j’ai même trouvé la traduction littérale de “créature poilue”, ce qui est assez savoureux quand on pense à la coupe de cheveu de l’olibrius. Notez d’ailleurs qu’on a eu vite de fait d’oublier cet attribut capillaire disgracieux. On pourrait même dire qu’il y a là une justification vis à vis des techniques de caméléon de Lorne
  • Pour en revenir au voisin de Gus, j’ai lu quelque part qu’il serait rabbin. Ce qui expliquerait le point ci-dessus et surtout pourquoi Gus lui demande un conseil spirituel. On aura peut être confirmation ensuite.
  • On me susurre également dans l’oreillette que cette parabole déclamée par le voisin fait écho à une scène assez proche dans A Serious Man des frères Coen.

Autres épisodes, autres récaps :
s01e01: The Crocodile Dilemma
s01e02: The Rooster Prince
s01e03: A Muddy Road
s01e04: Eating the Blame
s01e06: Buridan’s Ass
s01e07: Who shaves the Barber?
s01e08: The Heap
s01e09: A Fox, A Rabbit and a Cabbage
s01e10: Morton’s Fork

Visuels : Fargo / FX
Musique : The Carter Family “wildwood flower” (Bluebird Rec.)

9 réflexions sur “Fargo s01e05 « the six ungraspables »

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