FARGO -- Pictured: Colin Hanks as Gus Grimley -- CR. Matthias Clamer/FX

Fargo s01e06 « Buridan’s ass »

(FX) saison 1 en dix épisodes –
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La semaine précédente, le cinquième volet se perdait en détours délicieux ! Rappelez-vous, il y eu notamment ce récit d’un philanthrope extrémiste conté par le voisin de Gus ; lequel récit est d’ailleurs l’objet d’une discussion entre Molly et le même Gus dans cet épisode.
Pour autant, l’inexorable destin de Fargo se poursuit. Ce “Buridan’s ass” donne alors une couleur tragique à la série. Laissez moi rédiger l’avertissement traditionnel et je dégaine l’arme lourde, for pete’s sake !

Ce qui suit est un récapitulatif très complet de l’épisode. Je m’adresse à une lectrice ou à un lecteur qui aurait vu l’épisode en question. Si ce n’était pas le cas, heck, c’est votre problème !


Une fois n’est pas coutume, l’épisode s’ouvre vraisemblablement à Fargo ! On y découvre qui sont les mafieux qui étaient de mèche avec Sam Hess alors qu’ils sont installés autour d’une table discrète dans les entrailles d’un restaurant chinois. Deux personnages se détachent : un chef pas commode et un sbire à l’accent australien qui fait le récit de la traque organisée par Barbu et Veste à franges. Et comme le chef n’est vraiment pas commode, il précise : “Not aprehend, Dead !

Mais le tueur de Sam Hess a d’autres chats à fouetter. Lorne retourne chez Don afin de superviser le rendez-vous pour la remise de rançon avec Stavros. On se doutait que le coach sportif aurait un rôle à jouer puisque Malvo avait pris la peine de l’enfermer chez lui, mais bien malin qui aurait pu prédire ce nouveau fait d’arme diabolique. Lorne souhaite se prémunir d’une présence policière lors de l’échange avec Stavros. Dans le cas où ce dernier aurait prévenu les forces de l’ordre, il a prévu une petite diversion. Et quelle diversion ! Il immobilise Don fusil à la main, tire des coups de feux par une fenêtre et dispose quelques pièges digne de Rambo pour faire croire à un forcené.
Lorsque la police intervient, il écoute tout cela tranquillement dans sa voiture — via son scanner des fréquences de la police qui n’est pas rose — et c’est un déluge de balles qui s’abat sur un Don, ironiquement crucifié sur un vélo d’appartement.
La séquence au ralenti, accompagné par des chants grégoriens qui dominent le bruit des balles, est aussi belle que tragique. Lorne s’est souvent appuyé sur la crédulité des forces de l’ordre locales. Mais cette mise en scène est funestement parfaite en soi.

Pour autant, on aurait tort de croire que Lorne marche sur l’eau ou plutôt sur la neige en l’occurrence. Barbu et Veste à franges l’immobilise avant d’arroser sa voiture à l’arme lourde. Lorne s’échappe miraculeusement, profitant de la fameuse tempête de neige annoncé. Malgré les événements contraires, Lorne sait s’adapter. Il s’entaille au poignet, s’arrange pour laisser une belle trace de sang dans la neige et trouve une cachette discrète ! C’est Barbu qui se fait piéger, avouant pour qui il travaille avant d’être égorgé.
La succession du carnage chez Don et de la fusillade orchestrée par le duo de Fargo est très spectaculaire. Il s’agit là sûrement du passage le plus brutal de la série. J’aime beaucoup la manière dont Lorne, malgré son génie effroyable, se trouve ensuite pris dans un engrenage qu’il n’a pas prévu. Jusqu’ici, il parvient toujours à rebondir, comme après l’accident au tout début du premier épisode, ou après son arrestation par Gus. Mais Fargo excelle pour ses circonstances. Ces mêmes circonstances qui on amené Lorne à Bemidji en premier lieu et qui auront certainement raison de lui d’ici le dixième épisode (mais ce sera là l’objet de théories futures…).

Avec tout cela, Lorne n’a pas pu se rendre à l’échange prévu avec Stavros. Mais il n’a rien manqué. Là encore, son plan n’a pas fonctionné. Il avait envisagé que Stavros prévienne la police mais il n’avait pas pensé aux hallucinations provoquées par l’Adderall. Stavros reçoit l’illumination : il doit remettre l’argent là où il l’avait trouvé en premier lieu.
Mais Fargo est implacable. Alors qu’il a le coeur léger après s’être enfin débarrassé de son fardeau, Stavros retrouve son fils et son garde du corps sans vies dans les décombres d’un accident provoqué par une pluie de poissons ! La scène est, là encore, digne d’une catastrophe biblique mais, pour une fois, Lorne n’y est pour rien. Le tragique n’épargne décidément pas Stavros qui avait pourtant tout fait pour protéger son fils.

La tempête du siècle s’avère également fatale pour le couple Molly/Gus. Je parle de couple car il est évident que ces deux là on trouvé une relation qui dépasse désormais largement le professionnel. Gus se confie auprès d’elle : il voulait être facteur et s’est enrôlé dans la police presque par hasard. Grâce au voisin de Gus, ils ont en leur possession la plaque d’immatriculation de Lorne mais cette piste mène au seul supermarché de Stavros, ce qui en l’état ne les avance pas beaucoup. Toutefois, le sort va les placer sur la piste toute fraîche de celui qu’ils recherchent éperdument. Installés dans un restaurant, ils sont tout prêt lorsque la fusillade déclenchée par Barbu et Veste à franges éclate. Cette même tempête qui facilite la fuite de Lorne rend la tâche compliquée pour nos deux policiers. Molly et Gus sont séparés. Ce dernier l’entend crier, puis des coups de feu retentissent. L’instant suivant, il abat une ombre spectrale devant lui qui s’avère n’être autre que… Molly.

Le destin est cruel pour Stavros tout comme pour Molly et Gus. Pourtant, cette tempête atténue un dénouement qui aurait dû assombrir toute cette séquence. La saturation du blanc lors des scènes qui voient la mise à terre de Barbu puis de celle Molly enveloppe tous ces événements d’une ambiance ouatée, presque apaisée. Même la scène où Don est abattu confine à une clarté dépourvue de couleurs chaudes.
C’est un choix esthétique fort pour une série qui avait jusqu’ici respecté scrupuleusement une certaine neutralité de l’éclairage. Il est révélateur d’une volonté de garder un équilibre. Oui, Fargo est un récit absurde, noir et ironique mais il ne doit pourtant pas glisser vers l’obscurité.

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Lester is the new Lorne !
Après tout, certains personnages savent tout aussi bien créer la laideur nécessaire. C’est le cas notamment de notre Lester national, définitivement séduit par le côté obscur de la force !
L’étau se resserre autour de lui. Il est sous surveillance policière, même à l’hôpital. Et surtout, son frère Chaz vient le trouver pour le placer face à ses responsabilités : “you’re lying. […] There’s something wrong with you.” et Chaz de lui suggérer : “you gotta give them someone.” Le frère de Lester regrettera sûrement de lui avoir dit ça.
Car en effet, Lester parvient à s’échapper, empruntant une voiture au passage. Il passe ainsi chez lui pour récupérer le fameux marteau — celui avec lequel il avait refait le visage de sa femme — qu’il avait dissimulé habilement, des photos de Pearl en tenue légère et même un de ses sous-vêtements. On ne comprend pas tout de suite quelles sont ses intentions mais tout cela devient clair comme de l’eau du Minnesota lorsqu’il dépose tout cela dans l’armurerie de son frère.
Plus inquiétant, en apercevant une photo de la famille de Chaz, Lester n’est absolument pas pris de remords et a l’idée, au contraire, de glisser un pistolet — non chargé il est vrai, mais tout de même — dans le sac à dos de son neveu !
Décidément plein de ressources, Lester parvient finalement à retourner dans sa chambre d’hôpital incognito.

On pressentait qu’il n’allait pas faire le bien, qu’il allait déraper dans les grandes largeurs. En revanche, on découvre un Lester presque doué pour la manigance et, en y réfléchissant bien, il y avait des signes annonciateurs. Rappelez-vous comment il avait imaginé piéger Lorne avec son fusil avant que Vern ne vienne frapper à sa porte, sans oublier la manière assez astucieuse dont il était parvenu à échapper au duo de Fargo dans un premier temps. Jusqu’ici, ces éclairs de génie n’avaient pas été récompensés. Il faut croire que le vent à tourné, Lester peut enfin exprimer un sourire final et la musique enjouée qui suit semble souligner sa première victoire :


J’ai encore les paroles de Chaz (l’acteur Joshua Close) en tête ! Il est intéressant de voir comment Noah Hawley dépeint ses seconds rôles. Don Chumph, Dmitri et Barbu (aka Mr Numbers dans le script) nous ont quitté et on les regrette déjà. Malgré leurs comportements binaires, ils ont démontré qu’ils étaient susceptibles de prendre le pas sur les personnages principaux si l’intrigue le requiert. Il participent en cela à un soucis du détail qui caractérise si bien la série. Chaz est un personnage pour lequel je n’avais pas vraiment consacré beaucoup de place jusqu’ici et pourtant, il lâche dans cet épisode une diatribe courte mais remarquable.

Fargo est décidément un drôle d’animal ! La série a su trouver la bonne distance avec le film et parvient à surprendre à chaque épisode. En témoigne ce porte manteau à écaille savoureux : l’épisode commençant par un poisson tué à la casserole avant qu’une armée de ces congénères ne tuent en provoquant l’accident de Dmitri et Wally.

Quelques théories :

  • Les nombreuses victimes de cet épisode vont forcément avoir des conséquences auprès de leurs proches. On savait combien son simplet de fils comptait aux yeux de Stavros. Comment va-t-il réagir ? Peut être va-t-il enfin ouvrir les yeux et comprendre le rôle de Lorne. Gus devrait sans doute revenir le voir à son supermarché…
    Et Gus, justement, doit faire face à de nouveaux remords. Difficile de dire, en l’état, s’il a vraiment tué Molly mais, quoi qu’il en soit, tout cela devrait décupler son envie de coincer Lorne.
    Enfin, Veste à franges, malgré ses différents avec son partenaire de Barbu, devrait sûrement être le plus virulent pour retrouver Malvo. On imagine que le syndicat de Fargo le soutiendra dans cet entreprise, plus que jamais.
    Cela commence à faire beaucoup d’ennemis aux trousses de Lorne
  • Je le pressentais la semaine passée : la valise de billet est donc à nouveau dans la nature. Pour autant, il lui reste encore quatre épisodes afin de continuer à jouer un rôle dans cette saison. A ce point du récit, je suis tenté de penser que Stavros ouvrira les yeux et retournera chercher l’argent. Mais je crois toujours dans ma théorie qui veut que la valise serve de fil conducteur à une éventuelle saison 2.
  • Lorne s’est retrouvé coincé par Barbu et Veste à franges. Le premier lui a indiqué qui commanditait réellement cette embuscade. Il réalise désormais pleinement les conséquences de ses actes concernant Sam Hess. J’ai l’impression qu’il va délaisser notre pauvre Gus, qu’il avait pourtant dans le viseur, et se retourner vers les mafieux de Fargo.

Autres observations :

  • Le titre de l’épisode, “Buridan’s ass”, est un dilemme classique qui fait référence au philosophe français Jean Buridan. La légende de l’âne de Buridan voudrait qu’il soit mort de faim parce qu’il n’avait pas réussi à choisir entre son foin et un sceau d’eau. Cela renvoie au déterminisme et à la nécessité de choisir le plus grand bien.
    On peut se demander quel personnage se trouve dans cette position. Lester ? Gus ? Stavros ?
  • Je ne m’étais pas attardé sur le “Turkish Delight” ! C’est ainsi que Don souhaitait nommer le hammam qu’il rêvait d’ouvrir avec l’argent du chantage. Pour ceux d’entre vous qui l’ignorerait, c’est aussi l’appellation anglaise pour les Loukoum. Ces derniers ne semblent pas du tout être le met préféré de Lorne
  • L’échange est fixé dans un parking. Ce parking ne se nomme pas Gustafson par hasard. C’est le nom d’un personnage du film des Coen qui trépasse justement dans un parking du même genre. A noter que le parallèle va un peu plus loin puisque la scène où Stavros négocie avec l’employé de l’entrée en repartant y est également présente dans une version très proche.

Autres épisodes, autres récaps :
s01e01: The Crocodile Dilemma
s01e02: The Rooster Prince
s01e03: A Muddy Road
s01e04: Eating the Blame
s01e05: The Six Ungraspables
s01e07: Who shaves the Barber?
s01e08: The Heap
s01e09: A Fox, A Rabbit and a Cabbage
s01e10: Morton’s Fork

Visuels : Fargo / FX
Musique : Adriano Celentano “piccola” (1960 Jolly Rec.)

12 réflexions sur “Fargo s01e06 « Buridan’s ass »

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