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[Rétro. 2014] P’tit Quinquin

(Arte) minisérie en quatre parties
P'tit Quinquin

Le P’tit Quinquin est de loin l’objet sériel non identifié de l’année écoulée. On s’attendait à une proposition étonnante de la part du cinéaste Bruno Dumont mais il aura déjoué toutes les attentes notamment car il opère ici ces débuts sur le registre de la comédie.
On ne va pas se mentir, sa minisérie constitue un peu l’arbre qui cache la forêt sur le PAF sériel en 2014. Hormis cette production pour Arte, rien de consistant n’aura émergé durant l’année mais 2015 s’annonce déjà plus intéressante (j’y reviens prochainement…).
Le P’tit Quinquin n’aura pas fait l’unanimité et c’est pourquoi il me faut vous dire ici pourquoi je crois qu’il s’agit d’une oeuvre exceptionnelle aussi bien pour son ambition burlesque que pour ses enjeux.

Laissez moi préciser deux petites choses avant d’entre dans le vif du sujet. J’avais proposé une petite présentation de cette minisérie ici-même qui constitue une introduction adaptée si vous ne souhaitez pas allez trop loin dans l’attente de voir la chose. Et puis, le DVD/BR du P’tit Quinquin est en vente chez Arte via sa boutique en ligne.

C’est du Zola mon Commandant !
Tout commence avec un meurtre perpétré non loin d’un village côtier du Boulonnais. Deux enquêteurs sont dépêchés sur place. Ils sont très vite dépassé par un crime trop inhabituel pour leur pain quotidien.
Tout au long de leur enquête, ils sont confrontés à une galerie de personnages hauts en couleurs et notamment à une bande d’enfants menés par un certain P’tit Quinquin…


Ch’tiderman
Dans la bande annonce ci-dessus, il y a cet extrait tout à fait représentatif de la portée comique du P’tit Quinquin. Carpentier et Van der Weyden – le lieutenant et son commandant de police nationale – font le pied de grue à la sortie de l’église après la cérémonie en hommage à la défunte. Alors qu’ils se demandent à voix haute si l’assassin se trouve parmi les habitants, un individu patibulaire affublé d’une cagoule parade tranquillement au nez  et à la barbe des deux poulets !
Prise séparément, la séquence est grossière, bien qu’elle provoque invariablement un rire incontrôlé pour ma part. Dans le contexte, tout le passage m’a extirpé des larmes, notamment parce qu’il précède le passage dans l’église qui est absolument truculent de bout en bout.

Il faut dire que Bruno Dumont ne se refuse rien. Il envoie du gag de répétition avec la starlette locale qui chante toujours la même chanson. Son duo de flics est drôle sans discontinuer entre le Carpentier fou du volant adepte de la conduite sur deux roues et le commandant – surnommé “le brouillard” – capable de cascades invraisemblables (Starsky & Hutch peuvent aller se rhabiller). Enfin il y a cet éclair de génie humoristique, une apparition aussi saugrenue qu’indispensable. L’irruption du cousin d’Eve grossièrement déguisé en homme araignée et s’affublant bruyamment du titre de Ch’tiderman avant de s’emplafonner sur un mur…

Une performance travaillée
La question du regard que l’on porte sur ce groupe de personnages pas très fute-fute (comme dirait ma grand mère) est au coeur de la perception de chacun vis à vis de cette minisérie. Dans quelle mesure Dumont est-il sincère quand il filme ses acteurs, la plupart débutants ? Est-ce qu’il ne nous embarque pas finalement dans une posture de moquerie à leur encontre ? Je crois fermement qu’il n’en est rien et ces personnages criblés de défauts le prouvent en étant presque tous, à un moment ou un autre au cours des quatre épisodes, touchés par l’innocence qu’ils possèdent naturellement, et/ou en étant confronté à celle du groupe d’enfants.

Du reste le cas de Bernard Pruvost (le Commandant) est assez éloquent. Dumont, qui s’est arrangé pour recruter des personnes du cru sans emploi, a fait en sorte que sa participation au film ne vienne pas interférer avec ses missions de jardinier dans la vraie vie.
Les tics de visage qu’il semble l’accabler en permanence n’ont rien de naturels et ont été ajoutées plus ou moins volontairement par l’acteur. Sa démarche claudicante est quand à elle provoquée par un scotch placé sous sa chaussure et les exemples de ce types sont nombreux. Il en ressort que l’on assiste non pas à une simple captation malaisée mais bien à une performance pensée et écrite en amont pour être authentiquement risible.

Un regard subtil
On aurait pu s’attendre à un objet plus contemplatif. Bruno Dumont est un adepte des longs plans métaphysiques et les extérieurs du boulonnais (tout à fait sublimes au passage) auraient sans doute fait honneur à son art. Au lieu de cela, P’tit Quinquin vise la simplicité. Sa mise en scène est naturaliste et les plans sont directes. Tout juste remarque-t-on un deux plans séquences des enfants sur leurs vélos, un passage qui évoque étrangement l’ouverture de Top of the Lake.
Il y a toutefois ces raccords regard de toute beauté ! La technique qui consiste à enchaîner un plan de visage suivi d’un plan de décor représentant ce que voit le personnage est fascinante dans son utilisation tout au long des quatre parties. Le procédé sert complètement le propos qui consiste à montrer l’incompréhension des personnages face aux événements. La pureté de la vision du couple P’tit Quinquin / Eve évoque l’innocence enfantine, seule à même de triompher d’un chaos d’adulte.

p_tit_quinquin_51000079_ps_1_s-highLe P’tit Quinquin a été présenté à Cannes (à la quinzaine des réalisateurs). Dumont avait d’abord envisagé 6 épisodes avant de resserrer son récit en quatre volet et c’est assez naturellement qu’il a proposé une version cinématographique reprenant l’intégralité (et dont Arte a refusé la sortie en salles).
Malgré ces “réflexes” de cinéaste et un discours tendant à parler de film plutôt que d’une série, Bruno Dumont ne cache pas qu’il n’a pas su réduire son P’tit Quinquin au montage pour la version grand écran. Il reconnaît ici implicitement que son écriture s’est adaptée au format sériel. Plus intéressant encore, il semblerait que le terme “minisérie” ne s’applique plus très longtemps au P’tit Quinquin puisque une saison 2 serait en projet…
En attendant, Bruno Dumont nous a offert une drôle de série, de celles qui redéfinissent le paysage car elles ouvrent de belles perspectives dans une production française si coincée.

Visuels & Vidéo : P’tit Quinquin / Arte

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