blaogon

Blue Eyes s01e01&02

(SVT) saison 1 en dix épisodesf4ceae8e4ca7b5c7f449da0aaa3ba5a4-bla-ogon-simon Le Festival Séries Mania s’est donc achevé le week-end dernier. Alors que le palmarès reflète bien l’éclectisme de la programmation, je souhaite attirer votre attention sur les séries distinguées en catégorie dite “du monde”. Le jury de blogueurs* a choisi Deutschland 83 (j’y reviens sans faute) en y ajoutant une double mention pour Strikers (VTM/Belgique que je n’ai pas vu) et Blue Eyes. Cette dernière qui nous vient de Suède est un thriller politique pertinent qui examine de front les xénophobies contemporaines. Voilà un choix de sujet courageux qui démontre avec une sévère précision – si c’était encore nécessaire – combien nous nous trouvons à des années lumières derrière la production scandinave. Blue Eyes s’intéresse à deux femmes. Annika Nilson est une mère de famille (et même grand mère) qui décide de s’engager sur les listes du Parti de la sécurité (Trygghetspartiet) dans sa ville d’Uddevalla. Les positions “anti-immigration” du parti en question la place rapidement dans une position compliquée. Pendant ce temps là, Elin Hammar est approchée par son ancien employeur. Alors qu’elle travaille dans un restaurant, celui qui se trouve être l’actuel ministre de la justice, souhaite la réintégrer dans son ancien rôle de chef de cabinet. Elin s’aperçoit rapidement que sa prédécesseure a littéralement disparu dans la nature…

Blå ögon (titre original) est un animal à sang froid. Lentement, patiemment, on nous introduit auprès d’une succession de personnages sans liens apparents. Les premières séquences nous montrent ainsi le début d’une trame de thriller qui sera vite abandonnée avant de renaître très progressivement au fil des méandres du récit. Et puis l’action se divise entre les couloirs des bureaux impersonnels du ministère et les modestes quartiers d’une ville de province, qu’on devine moyenne, et qui se distingue par ses faubourgs maussades et froids. On a connu ouverture plus séduisante et la mélancolie – pour ne pas dire la tristesse – généralisée n’est pas en mesure de faire oublier ce faux départ narratif. Pourtant, le tableau est fascinant car il décrit et déconstruit méthodiquement les concepts de l’extrême droite par l’entremise de la famille Nilson. En se gardant bien de caricaturer les hommes et les femmes qui défendent la pensée xénophobe (à des degrés divers d’ailleurs), Blue Eyes introduit ses personnages dans leurs réalités sociales afin d’établir une compréhension parfaite de leurs points de vue. A tout moment, le téléspectateur est alors en mesure d’appréhender les mécanismes inhérents aux préjugés des protagonistes. Le regard porté trouve la distance parfaite pour un résultat limpide et magistrale ! Mais ce n’est pas tout. Au delà d’Olle Nordlöf, président pas très futé mais éloquent de ce parti de la sécurité, un groupe bien plus extrémiste, complètement dissimulé derrière l’écran de fumée officiel du Trygghetspartiet, semble agir en toute impunité (du moins lors de ces deux premiers épisodes). On devine alors l’enjeu plus profond qui consiste à soulever les responsabilité d’un courant de pensée face à ses dérives. Du reste le parti des Démocrates (sic) suédois s’est plaint de son équivalent télévisuel (à noter que leur logo floral jaune et bleu se rapproche beaucoup de celui du Trygghetspartiet fictif), obnubilé qu’il est de convaincre de sa solubilité dans la vie politique mainstream. Vous l’avez compris, ce récit n’est pas spécifiquement suédois. Il évoque au contraire une situation que nous connaissons trop bien. Les thèses du bouc émissaire étranger, de l’insécurité et du repli nationaliste n’ont pas de frontière. La diffusion de Blue Eyes que l’on espère chez nous (ARTE ?!) devient alors nécessaire dans un contexte français où ces idées semblent n’avoir jamais été aussi populaires. Visuels & vidéo : Blue Eyes / Strix Drama / Film Väst / SVT (*) : Le jury de blogueurs était composé de : Aïcha Kottmann (pErDUSA), Sophie Paulet (Séries Chéries), Stéphane Bernault (Les Plumes Asthmatiques), Jérémy Coifman (Time Of The Season), et Sam Stetson (Sur Nos Écrans).

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