Mathieu Kassovitz (Guillaume Debailly,  nom de code : Malotru)

Un bien trop sombre Bureau des Légendes

(Canal+) saison 1 en dix épisodes
Le Bureau des Legendes - photo 2

Les services de renseignements et leurs moyens d’actions sont au centre de l’actualité ces jours-ci. Les américains allègent leur “Patriot Act” et une Loi sur le renseignement est aussi débattue au Parlement sous nos latitudes.
Le Bureau des Légendes tombe donc à pic même si son récit aborde pour l’instant le seul renseignement extérieur. De surcroît, le décalage va plus loin puisqu’il n’est pas ou peu question d’une surveillance technologique mais bien d’une approche plus traditionnelle et humaine de l’espion. Ce choix est relativement audacieux et s’avère, au final, plus ou moins convaincant.

Guillaume Debailly est un agent de la DGSE. Il revient d’une mission en Syrie et retrouve son poste au « Bureau des Légendes », une entité dédiée aux clandestins. Son retour est très réglementé, il est d’usage qu’il abandonne alors sa fausse identité dont il usait en Syrie mais il passe outre et les ennuis débutent…

Entre la très convenue Spotless et la très attendue Versailles (Automne) – toutes deux tournées en anglais – les “créations originales” de chez Canal+ nous proposaient une nouveauté un peu plus franco-française avec Eric Rochant (Mafiosa) aux manettes et Mathieu Kassovitz à l’écran.
Lors de la promotion de sa série, Rochant a dévoilé son mode de fonctionnement pour LBDL en expliquant avoir reproduit une structure “à l’américaine” dont il avait pu observer le mode opératoire auprès de Todd Kessler (Damages) – lequel sera présent à Série Series cette année soit dit en passant –. Rochant est donc bombardé Showrunner (il est producteur, scénariste et réal.), il dispose de 4 scénaristes pour l’aider et quelques assistants, plusieurs réalisateurs lui succèdent après la mise en place et la saison 2 est dores et déjà sur les rails de telle sorte que si commande il y avait, la diffusion serait programmée un an plus tard.
Tout cela nous remplit d’aise et, indépendamment du produit fini, c’est avec une certaine satisfaction que l’on constate que, oui, chez nous aussi, on peut le faire !

Quand on évoque le sujet du renseignement et qu’on y ajoute en plus une ambition “Lo-Fi”, je pense immédiatement à ma série de chevet, la trop courte Rubicon (AMC). Pourtant, et comme précisé un peu plus haut, Le bureau des légendes s’intéresse à des hommes et femmes infiltrés là où Rubicon se concentrait sur le renseignement et son analyse.
Le choix de s’intéresser à l’humain est justifié. A mon sens, les enjeux du renseignements n’ont rien de spectaculaires même si Rubicon y était parvenu ! Plus intéressant, la série de Rochant ne cherche pas l’esbroufe justement. Les équipes de la DGSE sont sciemment représenté dans toute leur simplicité. Pas de gros muscles ni de coup d’éclat mais un professionnalisme et une rigueur élevée au rang de règle d’or, ce qui rend les immanquables petites fautes délicieuses à découvrir.
Le Bureau des Légendes trouve alors son rythme lorsqu’elle décrit l’organisation minutieuse et collective d’un service fascinant parce qu’il cherche constamment à ne rien laisser au hasard.

Les aventures – ou plutôt les mésaventures – de Debailly visent également juste pour leurs champs d’action. Le Moyen Orient (La Syrie, l’Iran), l’Algérie, le Sahel et même Paris sont des théâtres bien amenés et parfaitement traités dans la série. La dimension géopolitique n’a pas été négligé et sa proximité avec l’actualité transcende l’oeuvre de Rochant. C’est important de le souligner car c’est un écueil fréquent sur le format sériel, toute origine confondue.

Maintenant, le caractère restreint des activités décrites est à double tranchant. Ce soucis louable de ne pas déformer la normalité d’une profession injecte une ambiance qu’il faut bien qualifier de morne au récit. Le parcours de Marina Loiseau (Sara Giraudeau), cette future “légende” est assez symptomatique. On parvient difficilement à comprendre comment cette jeune femme, tout juste sortie de Polytechnique, va se donner tant de mal pour abandonner sa compassion et une certaine naïveté afin de partir pour une mission floue dans le meilleur des cas.
Dans son ensemble, la série déploie une ambiance déprimante ou ses personnages sont condamnés au sourire jaune et aux blagues coincées. Cette réalité sûrement authentique n’en est pas moins cafardeuse et acablante.

Je terminerai toutefois en glissant un mot pour la distribution solide et inspirée. Léa Drucker est impeccable en psychiatre calme et directe. Mathieu Kassovitz fait preuve d’une grande classe dans un rôle tout en retenue. Enfin, Jean-Pierre Darroussin est parfait un directeur “papa-poule” qui bichonne ses ouailles.

Malgré ces réserves, je serai curieux de voir comment Le Bureau des Légendes pourrait évoluer. Il me semble que les bases sont plutôt intéressantes pour provoquer une évolution positive et encore plus en phase avec le tourbillon du renseignement qui nous guette.

Visuels & vidéo : Le Bureau des Légendes / The Oligarchs Productions / Federation Ent. / H Films

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