L to R, John Boyd West and Aden Young - in the SundanceTV original series "Rectify" - Photo Credit: Daniel McFadden

Distillation sélective, Rectify saison 3

(SundanceTV) saison 3 en 6 épisodes et saison 4 déjà prévue,
à voir chez nous sur Sundance Channel Fr dès le 4 Oct.
J. Smith-Cameron - in the SundanceTV original series

Rectify est une série au rythme particulier, si particulier que même SundanceTV semble hésiter quand à la durée adéquat de ses saisons. Après une entrée en matière longue de 6 épisodes, la chaîne avait cru bon de prolonger à dix unités (saison 2) avant de revenir à 6 pour cette saison 3.
Qu’importe la durée, Rectify continue d’être une approche sensorielle remarquable qui trouve, malgré ces ruptures temporelles, une belle dynamique de récit.

La série bénéficie d’une excellente bande son originale signée Gabriel Mann. J’aurais sûrement l’occasion d’y revenir car celui qui est aussi membre de The Rescues trouve encore un peu plus d’espaces d’expression dans cette saison 3. En attendant, place à la supervision musicale toujours aussi pointue de la série et à un certain Jim White :

Jim White est un musicien idéal pour l’ambiance de Rectify. Son folk sudiste éclectique correspond parfaitement à l’univers d’une série qui attache beaucoup d’importance aux spécificités de ses origines. White a connu plusieurs vies avant de vivre de son art. Il aurait notamment été mannequin mais aurait également exercé la profession beaucoup moins glamour de chauffeur de taxi à New York. Avec sa musique il ne triche pas et évoque pêle-mêle ses origines floridiennes (Pensacola), ses influences littéraires sudistes elles aussi (Faulkner, Flannery O’Connor) et sa passion de jeunesse pour le Gospel. Ce titre – qui accompagne le final de l’épisode 5 – aurait presque un ton enjoué mais les textes désabusés rappellent que son auteur affectionne plutôt un registre dramatique pour une écriture qui, une fois de plus, correspond bien à Rectify.

Rectify nous raconte l’histoire de Daniel Holden alors qu’il est subitement libéré de prison et rendu à la liberté après 19 ans passés dans le couloir de la mort. Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de découvrir la série, vous bifurquerez ici vers ma présentation de la série.
Mais si vous êtes à jour, rappelez vous, nous avions laissé Daniel en fin de saison 2 alors qu’il venait de confesser à nouveau afin de bénéficier d’une remise de peine. Il doit quitter l’état de la Georgie et les poursuites à son encontre doivent donc en principe s’arrêter là mais le corps de Georges Melton vient justement d’être retrouvé….

Recentrage
La saison passée – plus longue comme je le rappelais en préambule – excellait par ses détours, ses méandres qui nous emmenaient vers d’autres personnages. Je me souviens notamment d’une escapade délicieuse et impromptue sous la férule d’un dénommé Lezley (s02e05) qui s’achevait par une soirée mémorable. Cette saison 2 élevait aussi le personnage de Teddy Jr (Clayne Crawford) dont le parcours, bouleversant en tout point, offrait un contrepoint magistral à Daniel.
Avec une saison plus courte, cette troisième année est l’occasion pour Rectify de se recentrer sur Daniel et son entourage immédiat. Sa famille est à nouveau ébranlée par l’imminence du départ de Daniel et son passage – relativement bref – a créé de profondes fissures. On redécouvre alors Amantha (l’excellente Abigail Spencer) en prenant vraiment conscience du sacrifice qu’elle s’est imposé durant toutes ses années pour obtenir la libération de son frère.
Et puis la relation très forte qui unit Janet (Jean Smith-Cameron), la mère de Daniel, et son fils trouve un beau point d’orgue. Les liens forts qui les rapprochent éclatent au grand jour pour une symbiose mère-fils au fond assez rare dans le contexte contemporain.

“You have to bend to this life Daniel. It does not bend to you.” (Sondra Person, DA)

Tout cela amène Rectify à la croisée des chemins. Car malgré son rythme nonchalant assumé, la série de Ray McKinnon (créateur et showrunner de la série) est profondément instable. Les mauvaises langues diront que ce dernier écrit en ayant aucune certitude sur l’avenir de son oeuvre mais, après trois saisons, il est plus vraisemblable qu’il ne souhaite surtout pas prolonger indéfiniment ce récit (il le confirme d’ailleurs en entretien sur Variety).
Rectify repose essentiellement sur le décalage de Daniel avec une société qu’il lui ait complètement étrangère. Je ne vois pas McKinnon perpétuer son destin en l’accompagnant alors qu’il réapprend à vivre “normalement”. J’entrevois plutôt une fin très ouverte qui interviendrait avant cette adaptation. Si cela se confirmait, la disparition de l’épée de Damoclès judiciaire pesant sur les épaules de Daniel pourrait constituer un autre écueil à éviter pour la série.
En définitive, la “normalisation” de Daniel et la confirmation de sa liberté forment deux tournants d’importance qu’il faudra bien négocier. McKinnon a sûrement ces deux obstacles en tête dans l’optique d’envisager une fin prochaine.

De son côté, SundanceTV ne semble plus douter puisque la commande d’une saison 4* avait été annoncée juste avant la diffusion de ces épisodes. Quoi qu’il en soit, Rectify reste jusqu’ici cette série inspirée et remarquable qui marque durablement le téléspectateur.

Visuels : Rectify / SundanceTV / Gran Via Prod. / Zip Works

A noter que la première saison de ce petit bijou est à voir ou à revoir du côté de chez Netflix !

* : Le nombre d’épisodes n’a toutefois pas été annoncé !

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