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[Rétro 2013] Rectify

(Sundance) saison 1 comprenant 6 épisodes et saison 2 à venir –
Rectify (SundanceTV)

Ma rétrospective 2013 se termine donc avec Rectify ! Je vous avoue que j’aurai préféré vous la proposer de manière plus ramassée mais je consacre moins de temps à l’écriture de ce blog actuellement et puis il me tenait à coeur de ne pas bâcler ces notes concernant les nouveautés majeures de l’année écoulée.
Rectify n’est sûrement pas celle qui aura bénéficié du plan communication le plus important en 2013 et pourtant, la série aura beaucoup fait parler d’elle. De nombreux chroniqueurs l’on distinguée au sein de leurs bilans de fin d’année, couronnant une critique assez élogieuse dans l’ensemble. Au même titre que Girls, Rectify s’inscrit naturellement dans une tradition du cinéma indépendant et sa seule éloge de la lenteur en fait une série remarquable dans le contexte actuel !

Mais puisque j’évoque le cinéma indépendant, la transition est toute trouvée pour aborder Sundance Channel dont Rectify était la toute première série maison. La chaîne est née en 1996 sous l’impulsion de Robert Redford, dans le prolongement du fameux festival du film indépendant homonyme. Elle est alors détenue par Showtime Networks, Universal Studios et Redford lui-même. Elle est toutefois vendue en 2008 à Cablevision mais change à nouveau de pavillon en 2011 car les chaînes du cablo-opérateur prennent leur indépendance sous le nom d’AMC Networks (AMC en fait partie donc mais aussi IFC).
La chaîne tente alors de développer ses programmes originaux. Comme sa grande soeur (AMC), elle aborde le format sériel par la minisérie. En 2010, elle diffuse le Carlos d’Olivier Assayas en trois parties. Mais les choses s’emballent vraiment à partir de la fin 2012 avec Restless puis Top of the Lake (mars 2013), deux miniséries qu’elle coproduit avec la BBC.
En s’appuyant sur les liens désormais resserés avec AMC, Sundance y récupère une Rectify abandonnée. Mais contrairement aux miniséries précédentes, Sundance assume pour la première fois la totalité de la production. A mi-parcours dans la diffusion des 6 épisodes, la chaîne annonce la commande d’une saison 2 comportant 10 volets cette fois-ci.

L’année 2013 aura été fondamentale pour la chaîne ! En plus de Rectify, Top of the Lake a elle aussi marqué les esprits. Le travail de Jane Campion correspondait logiquement à l’univers Sundance. J’ai d’ailleurs longuement hésité à lui consacrer une place dans cette rétrospective mais il me semblait avoir déjà tout dit à son propos (voir mes avis). Et puis en fin d’année, la diffusion des Revenants (Canal+), en version française sous-titrée de surcroît, aura également généré un beau buzz, notamment porté par des personnalités comme Stephen King.
En 2014, la chaîne compte bien transformer l’essai. Il faut désormais l’appeler SundanceTV. Elle vient seulement d’annoncer la mise en production de la saison 2 de Rectify mais nous pourrons découvrir The Red Road, sa deuxième tentative sérielle entièrement de son cru, dès le 27 février. Enfin, une nouvelle minisérie coproduite avec la BBC, The honourable woman, nous permettra de retrouver Maggie Gyllenhaal dans un thriller d’espionnage confectionné par l’anglais Hugo Blick, déjà auteur de la magnifique The Shadow Line !

Je vous en parlais un petit peu plus haut, Rectify aurait pu voir le jour sur AMC. La série est une création de Ray McKinnon que l’on connaît surtout pour ses rôles dans Deadwood et Sons of Anarchy. Mais en plus d’être un acteur barbu et talentueux, il est aussi metteur en scène, notamment distingué par un oscar à l’occasion d’un premier court métrage (The Accountant).
AMC achète son projet à la fin 2008 et Walton Goggins qui vient tout juste de terminer The Shield est pressenti pour le rôle principal. Très ami avec McKinnon, il aurait eu également un rôle de producteur si le projet avait abouti. Car en effet, AMC délaisse Rectify qui renait de ses cendres trois ans plus tard chez Sundance. Entre temps Goggins s’est trouvé une autre très belle série du nom de Justified chez FX mais McKinnon parviendra à trouver un fantastique acteur pour le remplacer.

Daniel Holden sort de prison après avoir passé 19 ans dans le couloir de la mort. Il avait été jugé coupable du viol et du meurtre de sa petite amie à l’âge de 18 ans. Alors que de nouvelles preuves ADN font surface, son avocat parvient à le faire libérer et Daniel retrouve brutalement sa liberté…


McKinnon fait d’emblée deux choix importants ! La peine de mort alimente largement les médias américains tout au long de l’année. Il a donc tout loisir de s’intéresser aux rares cas de ces hommes et femmes innocentés après avoir longtemps cru qu’ils vivaient leurs derniers jours. Pourtant, il choisit de ne pas se focaliser sur un cas en particulier et décide de créer son histoire en imaginant le parcours du relâché.
Alors que de nombreuses séries sont construites sur des franchises existantes ou sous la forme d’adaptations (parfois excellente d’ailleurs comme Orange is the New Black), il est plutôt rafraîchissant de voir quelqu’un s’emparer d’un sujet de société pour en faire son histoire originale et y apposer sa réflexion.
Et puis surtout, il se garde bien de vêtir son héros dans les habits trop manichéens du lavé de tout soupçon ! Il est au contraire aussi nuancé que bouleversé par son sort. Le doute s’amplifie à mesure que les épisodes se suivent, constituant ainsi une bonne part de l’intérêt de Rectify.

On se rend compte alors de toute la difficulté du rôle. McKinnon devait trouver la perle rare capable d’évoquer l’étonnement et l’innocence avec force tout en laissant affluer des émotions plus sombres. L’acteur australien Aden Young y parvient de manière admirable. Il nous livre un Daniel au comble du paradoxe entre sa liberté retrouvée et une vaste paralysie qu’il l’étreint devant une époque dont il ignore tout. Young est originaire de Toronto mais vit depuis l’âge de 9 ans en Australie. Son visage ne nous dit rien mais il a pourtant une filmographie très longue de l’autre côté du globe. Il est alors, en plus de son talent, un choix idéal puisque expérimenté tout en étant inconnu du public américain.
Autour de lui, on remarquera quelques très beaux personnages féminins. Abigail Spencer est sublime dans le rôle d’une soeur à la fois prévenante envers son grand frère et traversée d’une rage profonde à l’encontre d’une petite ville infesté par les vautours. Citons également Jean Smith Cameron en mère remariée durant l’absence de Daniel et qui contient difficilement ses émotions.
Enfin, il faut souligner la belle prestation d’Adelaide Clemens. Celle qui n’est qu’une belle soeur de Daniel va exercer une fascination constante aussi bien sur lui que sur le téléspectateur ébahi devant une douce innocence communicative !

En 2004, Ray McKinnon écrit, produit, réalise et fait l’acteur dans Chrystal. Son film sera présenté cette année là au festival du film indépendant de Sundance, ce qui démontre tout la logique de la relation entre son travail et la chaîne. Si McKinnon n’est crédité qu’à la réalisation du sixième épisode, il a toutefois écrit l’essentiel de la première saison en s’entourant de trois de scénaristes.
Avec une lenteur générale assumée, des échanges chargés d’émotion entre les personnages et une certaine évocation de la nature via un petit coin de l’état de Georgie, Rectify est une transposition parfaite de l’univers du cinéma indépendant vers le format sériel. Ils sont pourtant bien peu à s’aventurer sur ce terrain notamment lorsqu’il s’agit de se donner la possibilité de faire durer les scènes. Des séries comme Tell me you love me, Louie, Girls ou bien encore le pilote de Transparent (que j’adore et sur laquelle je reviens très vite) s’y aventurent, souvent sans briller au delà d’un succès critique mérité. Le sériephile exigeant est donc en mesure de se réjouir de voir une chaîne comme Sundance miser sur des projets pointus et en adéquation avec le cinéma qu’elle défend.

J’apprends aujourd’hui grâce à la toujours bien informée Marianne Levy que la série vient d’être acquise par Arte ! Vous n’aurez donc plus d’excuses pour ne pas avoir découvert ce petit bijou de poésie.
Pour conclure, je terminerai en vous confessant avoir pleurer à chaudes larmes sur une scène d’une intensité rare (la séparation avec Kerwin). l’événement est rarissime chez moi et j’espère vous avoir communiqué pour cela et pour ce qui précède mon bouleversement devant une série magistrale !

C’est ainsi que se termine cette rétrospective. J’entrevois déjà de belles années pour les séries qui la compose. 2013 est un bon cru !

Visuel & Vidéo : Rectify / SundanceTV

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